Comme pontife, le pape actuel était un second Pie VII; comme homme
de prière, il vivait sans voir la terre, les yeux au ciel; comme
souverain politique, c'était un Italien amoureux de l'indépendance
et de la dignité de l'Italie.
Il la réveilla trop en sursaut par ses premières paroles et par ses
premiers actes du haut de son trône. «Quand l'Italie fut debout, il
ne sut qu'en faire.»
Son patriotisme lui disait de la lancer contre l'Autriche.
Sa conscience lui disait que la guerre n'était pas chrétienne, et
qu'il valait mieux être un pontife de paix irréprochable devant
Dieu qu'un grand tribun armé de l'Italie devant les hommes.
Il écouta sa conscience.
Il refusa des armes à l'Italie qu'il avait soulevée.
De là, sa vertu méconnue et ses malheurs.
Naples s'était levée, et s'était donné une constitution pour
conquérir sous les auspices de la papauté la liberté et
l'indépendance.
Le roi de Sardaigne Charles-Albert, le plus papal et le plus
autrichien des souverains jusque-là, avait profité de l'heure du
pape et de l'heure de Naples pour se poser en champion du
gouvernement populaire et de l'émancipation de l'Italie. Il était
déjà sous les armes, prompt à se désavouer comme à envahir.
X
Ces trois événements, provoqués involontairement par le pape,
avaient précédé de plusieurs mois la révolution de 1848 et
l'avénement de la république à Paris. L'ébranlement donné au monde
libéral par le pape ne fut pas sans contre-coup sur la France. Cet
ébranlement hâta la chute de la monarchie de 1830.
Le contre-coup de la république de 1848, à son tour, eut son
retentissement naturel et non artificiel partout: Vienne, Berlin,
Francfort, Milan, Venise, Naples, Florence, Rome, se soulevèrent
d'elles-mêmes; les souverains et le pape se hâtèrent de jeter des
constitutions plus populaires pour amortir le choc des peuples
contre les trônes.
L'Italie, réveillée imprudemment un an avant par le pape, voulut
entraîner le pontife et le prendre pour chef dans la guerre contre
l'Autriche.
La conscience du pape s'y refusa une seconde fois à tout risque; son
ministre modérateur Rossi fut assassiné.
Le pape s'évada et s'enferma à _Gaëte_, dans le royaume de Naples.
La république romaine, ou plutôt la république municipale de Rome,
fut proclamée.
La république française, gouvernée alors par un dictateur à vue
droite mais courte, au lieu de se borner à offrir un asile sûr et
respectueux au pontife, intervint à main armée pour la souveraineté
temporelle du pape à Rome.
La révolution romaine fut prise d'assaut dans Rome par l'armée
française.