Napoléon, exilé à l'île d'Elbe, envahit de nouveau le trône de
France; Murat, indécis entre ses nouveaux alliés et son beau-frère,
dont il craint les ressentiments, se perd en armements équivoques
qui menacent les deux partis. Il appelle vainement l'Italie à
l'indépendance sous le drapeau napolitain; l'Italie ne répond que
par l'inertie et le doute. Son armée se débande au premier choc
contre les Autrichiens; il revient à Naples découronné et en sort le
lendemain en fugitif. Errant en Corse, il tente une descente sur les
côtes de Calabre; il y trouve le peuple aliéné contre lui, et la
mort; il accepte sa fortune en vaincu et le supplice en héros.
La reine Caroline était morte de douleur à Vienne, où elle avait
cherché un asile contre l'humiliation du patronage impérieux des
Anglais. Le vieux roi Ferdinand, son mari, était revenu seul à
Naples; il y régna avec douceur et modération jusqu'en 1820. À ce
moment le carbonarisme s'emparait souterrainement de son armée; le
carbonarisme était une société secrète, une conspiration permanente
dont il est difficile de définir les doctrines: c'était un
jacobinisme modéré, mais ténébreux, qui couvait dans l'ombre et qui
affiliait dans le vague; son cri de guerre était la _Constitution
espagnole_ arrachée à Ferdinand VII par l'insurrection soldatesque
de l'armée de Cadix. Cette constitution, qui n'était ni républicaine
ni monarchique, mais insurrectionnelle à tous ses articles, rendait
également impossibles la monarchie et la république; elle était
l'anarchie organisée.
Naples, foyer du carbonarisme aristocratique et militaire, répondit
sans le comprendre au cri de l'armée; cette armée marcha sur Naples
et présenta à la pointe des baïonnettes la constitution espagnole au
vieux roi Ferdinand. Nous assistâmes nous-même à ces événements. Le
roi plia sous la volonté de l'armée. L'aristocratie et la
bourgeoisie simulèrent l'enthousiasme; le peuple, étonné, murmura et
resta en observation hostile contre le carbonarisme. La constitution
espagnole fut proclamée sur parole, car il n'en existait pas même un
exemplaire à Naples.
Le parlement fut convoqué; ce parlement, composé en majorité
d'hommes de sens et de talent, montra dans ses délibérations combien
le royaume de Naples était à la hauteur des institutions libres; des
orateurs aussi éclairés qu'éloquents, tels que le comte Riciardi dei
Camalduli, le baron Poerio et ses émules, égalèrent les Cazalès et
les Mirabeau de notre Assemblée constituante.
Cette courte période de gouvernement représentatif laisse une
glorieuse trace de lumière et de raison sur le royaume de Naples. Le
parlement aurait régularisé la constitution des carbonari si le joug
de l'armée n'avait pas pesé à la fois sur lui et sur le trône.
La coalition monarchique de la France, de l'Angleterre, de
l'Autriche, de la Prusse et de la Russie, se prononça au congrès de
Laybach contre le carbonarisme de l'Italie. Les troupes de
l'Autriche furent chargées de rétablir le roi Ferdinand dans sa
toute-puissance. L'armée napolitaine de quatre-vingt mille hommes se
dispersa aux premiers coups de canon; elle marchait sans unité et
sans conviction pour une cause inconnue; elle était humiliée d'obéir
à une secte sous le drapeau trop étroit d'une conjuration
triomphante.
Naples rentra dans la monarchie absolue pendant trois règnes.