XXIII

Au milieu de ces vicissitudes d'influence entre les papes et les

empereurs, des tyrannies féodales se fondent partout dans les petits

États de la basse Italie. Le rapt et l'assassinat fondent et

transmettent ces dynasties d'une maison à une autre. Des chefs de

bandes, enrôleurs de troupes mercenaires, la plupart étrangères,

passent, selon le poids de l'or qu'on leur paye, du service d'un

prince au service d'une république. Princes ou républiques se

liguent tantôt avec les papes, tantôt avec les empereurs, tantôt

avec les Suisses, tantôt avec les Français. Une république étrangère

d'origine représente seule l'indépendance de l'Italie sur un groupe

de soixante îlots dans les lagunes de l'Adriatique: c'est Venise,

phénomène maritime abrité par les flots, et grandissant pendant que

tout se rapetisse autour d'elle sur le continent italien. Gênes,

également protégée par ses rochers d'un côté, par la mer de l'autre,

se constitue aussi une puissance carthaginoise de commerce et de

liberté, patrie flottante sur les vaisseaux, à l'abri des tyrannies

italiennes.

Les Génois, aussi bien que les Pisans, ne sont pas des Italiens de

Rome; ce sont des Liguriens, des Vénètes, des Étrusques, des

Esclavons, des pirates de terre ferme devenus des peuples. Pise,

aussi maritime que Gênes et que Venise, confie sa liberté

républicaine à ses galères, s'allie avec ses rivaux de Venise et de

Gênes, et brave ainsi Rome, Naples, Milan, Florence. Le territoire

italien était divisé comme le patriotisme. Les républiques grecques

de la Campanie, comme Amalfi, Tarente, Salerne, Crotone, s'étaient

fondues dans le royaume de Naples; les Visconti régnaient à Milan;

Ferrare, Modène et Reggio étaient soumis à la maison d'Este; Faënza,

aux Manfredi; Imola, aux Alidosi; Rimini et Pesaro, aux Malatesti;

la Lombardie, moitié aux Vénitiens, moitié aux ducs de Milan;

Mantoue, à la maison de Gonzague; les Florentins ne possédaient que

les vallées de l'Arno; Pise, Lucques et Sienne florissaient en

républiques. L'habile diplomatie de Florence se tenait en équilibre

entre ces puissants voisins; la mer avait créé Gênes, Venise et

Pise; le commerce, l'industrie, les lettres, les arts, maintenaient

Florence au premier rang des capitales de l'Italie, mais Florence

aussi était étrusque et non romaine.

Les Étrusques durent leur capitale à un grand marché fondé sur la

colline escarpée de Fiesole; d'où Florence descendit dans la plaine;

de là ce caractère mercantile qui resta l'âme de ce doux pays, et

qui finit par lui donner pour magistrats des cardeurs de laine et

pour maîtres une dynastie de marchands (les Médicis).

Cours familier de Littérature - Volume 09 · 第 133 / 215 题