Au milieu de ces vicissitudes d'influence entre les papes et les
empereurs, des tyrannies féodales se fondent partout dans les petits
États de la basse Italie. Le rapt et l'assassinat fondent et
transmettent ces dynasties d'une maison à une autre. Des chefs de
bandes, enrôleurs de troupes mercenaires, la plupart étrangères,
passent, selon le poids de l'or qu'on leur paye, du service d'un
prince au service d'une république. Princes ou républiques se
liguent tantôt avec les papes, tantôt avec les empereurs, tantôt
avec les Suisses, tantôt avec les Français. Une république étrangère
d'origine représente seule l'indépendance de l'Italie sur un groupe
de soixante îlots dans les lagunes de l'Adriatique: c'est Venise,
phénomène maritime abrité par les flots, et grandissant pendant que
tout se rapetisse autour d'elle sur le continent italien. Gênes,
également protégée par ses rochers d'un côté, par la mer de l'autre,
se constitue aussi une puissance carthaginoise de commerce et de
liberté, patrie flottante sur les vaisseaux, à l'abri des tyrannies
italiennes.
Les Génois, aussi bien que les Pisans, ne sont pas des Italiens de
Rome; ce sont des Liguriens, des Vénètes, des Étrusques, des
Esclavons, des pirates de terre ferme devenus des peuples. Pise,
aussi maritime que Gênes et que Venise, confie sa liberté
républicaine à ses galères, s'allie avec ses rivaux de Venise et de
Gênes, et brave ainsi Rome, Naples, Milan, Florence. Le territoire
italien était divisé comme le patriotisme. Les républiques grecques
de la Campanie, comme Amalfi, Tarente, Salerne, Crotone, s'étaient
fondues dans le royaume de Naples; les Visconti régnaient à Milan;
Ferrare, Modène et Reggio étaient soumis à la maison d'Este; Faënza,
aux Manfredi; Imola, aux Alidosi; Rimini et Pesaro, aux Malatesti;
la Lombardie, moitié aux Vénitiens, moitié aux ducs de Milan;
Mantoue, à la maison de Gonzague; les Florentins ne possédaient que
les vallées de l'Arno; Pise, Lucques et Sienne florissaient en
républiques. L'habile diplomatie de Florence se tenait en équilibre
entre ces puissants voisins; la mer avait créé Gênes, Venise et
Pise; le commerce, l'industrie, les lettres, les arts, maintenaient
Florence au premier rang des capitales de l'Italie, mais Florence
aussi était étrusque et non romaine.
Les Étrusques durent leur capitale à un grand marché fondé sur la
colline escarpée de Fiesole; d'où Florence descendit dans la plaine;
de là ce caractère mercantile qui resta l'âme de ce doux pays, et
qui finit par lui donner pour magistrats des cardeurs de laine et
pour maîtres une dynastie de marchands (les Médicis).