XXII

Cette dualité, tantôt concordante, tantôt rivale, est la clef de

tous les événements de l'Italie jusqu'à nos jours. La France et

l'Espagne seules viennent immiscer leur épée et leurs prétentions

entre ces deux maîtres de l'Italie, les papes et les empereurs

d'Allemagne; mais l'Italie elle-même n'existe que par tronçons sous

leurs pieds, comme les serpents coupés par le soc de ces laboureurs

d'hommes. Les Normands, peuplades maritimes du Nord, conquérants

d'une province française, de l'Angleterre et de la Sicile, se mêlent

à ces débordements de barbares septentrionaux ou sarrasins, et

s'établissent solidement dans la Campanie et dans Naples. Voisins de

Rome, tantôt ils la menacent, tantôt ils la protégent contre les

empereurs d'Allemagne. La jalousie entre les papes et ces empereurs

produit dans les deux Italies les factions des Guelfes et des

Gibelins, si célèbres dans l'histoire; factions dont l'une est

germanique et l'autre papale, mais dont aucune n'est réellement

italienne. Les Guelfes étant les partisans de la papauté souveraine,

les Gibelins étant les partisans des empereurs; les Guelfes rêvant

l'indépendance de ce qui restait d'Italie, les Gibelins soutenant

l'indépendance des rois et des peuples, on voit qu'il était

difficile de savoir lequel était le parti de la liberté; aussi tous

les grands hommes de l'Italie furent-ils tour à tour Guelfes et

Gibelins, selon qu'ils avaient besoin de l'indépendance des papes ou

de l'indépendance des peuples. Dante, Pétrarque, Machiavel lui-même,

flottèrent entre ces nécessités de parti: Gibelins quand les papes

pesaient trop sur l'Italie, Guelfes quand les empereurs, qui étaient

à leurs yeux les libérateurs du joug des papes, pesaient trop sur

Rome.

Comment de tels peuples n'auraient-ils pas contracté l'habitude

d'osciller, comme leurs grands patriotes, d'une servitude à une

autre servitude? L'Italie de cette époque était le balancier du

pendule marquant alternativement l'heure des papes, l'heure des

empereurs, jamais l'heure de l'Italie. L'aiguille de ce cadran ne

rétrograde pas.

Cours familier de Littérature - Volume 09 · 第 132 / 215 题