XVIII

Le livre finit par une éloquente invocation aux Médicis pour qu'ils

délivrent l'Italie des barbares. C'était alors, comme aujourd'hui,

l'exhortation habituelle de tous les orateurs, hommes d'État,

poëtes, tels que Dante, Pétrarque, Machiavel, tant qu'ils étaient

satisfaits des républiques, des papautés et des princes qu'ils

servaient en Italie; le lendemain du jour où ils étaient méconnus ou

exilés par ces États ou par ces princes, ils invoquaient l'empereur

d'Allemagne pour qu'il vînt _remettre la selle et le mors à la

cavale indomptée_ de l'Italie, selon le fameux tercet du Dante; ou

bien ils allaient, comme Pétrarque, jusqu'en Allemagne implorer le

secours armé des barbares pour la cause de Naples, de Rome ou de

Florence; litanie de la servitude qui demande plutôt le changement

de maître que la liberté.

Quant à Machiavel, il ne fut point coupable de cette inconséquence

de tant de grandes âmes italiennes; il ne conseille ni ne conspire

jamais l'asservissement de sa patrie à des maîtres étrangers; en

cela, seul entre tous, son patriotisme au moins lui servit de vertu.

C'est ce qui fait dire à J.-J. Rousseau «que Machiavel, dont on a

fait le bouc émissaire de la politique, n'avait pas été compris dans

le véritable esprit de ses oeuvres; que _le Prince_, au lieu d'être

le livre des tyrans qu'il rend odieux, était en réalité le livre des

républicains; que Machiavel était un honnête homme et un bon

citoyen, mais obligé de masquer sous les Médicis son amour de la

liberté.»

Cours familier de Littérature - Volume 09 · 第 128 / 215 题