En quelques lignes voici l'analyse de ce livre.
Machiavel divise les princes en princes héréditaires et en princes
nouveaux.
Il se déclare pour le principe des gouvernements héréditaires et
légitimes, comme infiniment plus faciles à posséder et à régir
innocemment que les autres pouvoirs. Son bon sens est légitimiste.
Quant aux républiques, il en a traité, dit-il, dans le _Commentaire
sur Tite-Live_; là il est républicain avec l'intelligence des
diverses crises des républiques: il se prononce tantôt pour
l'aristocratie conservatrice, tantôt pour la démocratie progressive,
aujourd'hui pour le sénat, demain pour le peuple, selon le temps,
mais toujours pour l'honnête et pour le bien public.
Les provinces annexées aux États du prince nouveau, dit-il, ne
peuvent y rester longtemps attachées tant que la race de leurs
anciens souverains n'est pas éteinte. On en a conclu que Machiavel
conseillait le meurtre des anciennes familles des princes vaincus.
«Il faut de plus, ajoute-t-il, que le nouveau prince vienne résider
dans ses nouvelles conquêtes, et que les conquérants parlent la même
langue que les conquis. Le roi de France Louis XII fit cinq fautes
en Italie: il y ruina les puissances faibles, il y accrut la
puissance d'un prince puissant, il y introduisit un prince étranger
très-fort, il n'y vint pas résider, et il n'y établit pas la
domination française.»
Ces cinq fautes reprochées par Machiavel à Louis XII ne
semblent-elles pas prophétiquement s'appliquer à la politique de la
France d'hier relativement à l'Italie? La France y laisse tomber les
puissances faibles et secondaires, la Toscane, Parme, Modène, les
États romains, bientôt Naples; elle y introduit un prince
très-puissant déjà, le roi de Sardaigne, et l'Angleterre, alliée
désormais de la maison de Savoie, au détriment de la France; elle
n'y fonde aucun patronage français sur aucune partie de l'Italie.
«Jamais, dit Machiavel, le roi de France n'aurait dû consentir à
affaiblir ou à laisser absorber ces petites puissances, parce que,
tant qu'elles auraient existé, elles auraient empêché les ennemis de
la France devenus trop puissants de trop grandir. La France,
conclut-il, a donc perdu son influence en Italie pour ne s'être
conformée à aucune des règles de ceux qui veulent conserver une
possession. Il n'y a là aucun miracle, c'est une chose toute logique
et toute naturelle. Les Italiens, poursuit-il, n'entendent rien aux
affaires de guerre, et les Français rien aux affaires d'État!»