XII

Machiavel commençait à rentrer en grâce auprès des Médicis quand

Léon X mourut.

La mort de ce pape le laissa de nouveau sans espoir. Les amis et les

élèves de Machiavel, dans les jardins Ruscelaï, conspirèrent, à

l'exemple des Brutus, pour le rétablissement de la république; ils

furent trahis, suppliciés ou proscrits. Machiavel, qui les

fréquentait, et qui les inspirait du fanatisme classique de la

liberté romaine, n'avait trempé que son génie, mais non sa main,

dans la conjuration. Soupçonné, mais non accusé, il fut obligé de

renoncer à tout espoir de rentrer dans le gouvernement, et dut se

retirer plus que jamais dans sa retraite indigente.

Il en occupa les loisirs en écrivant son _Histoire de Florence_.

Avant de l'avoir poussée jusqu'à son temps, trop difficile à toucher

sans offenser le maître de Florence, il porta son histoire à Rome au

pape Clément VII. Ce pape, aussi parcimonieux que Léon X était

libéral, lui donna cent ducats pour toute récompense d'un si

magnifique travail. Machiavel, indigné, brisa sa plume; elle

nourrissait la postérité de son génie, et elle ne le nourrissait

lui-même que d'amertume!

Et cependant il s'amusait toujours à aimer et à chanter entre deux

détresses. Ainsi on le voit, à ce retour de Rome, en correspondance

avec son célèbre contemporain Guiciardini sur des représentations de

_la Mandragore_, que Guiciardini veut faire jouer à Modène.

«J'ai fait huit ou dix chansons gaies de plus pour la pièce,

écrit-il à Guiciardini. J'irai avec la _Barbera_, belle chanteuse de

Florence: préparez-nous, à moi et à la Barbera, une chambre chez

ces moines.»

Le pape, rougissant enfin de négliger un tel serviteur de ses

intérêts, le charge de surveiller et d'achever les fortifications de

Florence.

Il trouva à peine du pain dans cet emploi. Les Florentins, menacés

par l'armée de la confédération des ennemis du pape et des Médicis,

se gouvernent un moment par les conseils de ce grand politique.

Machiavel écarte avec une habileté consommée l'armée des confédérés

de Florence. Il suit cette armée pour y poursuivre ses négociations

dans leur camp sous les murs de Rome; il assiste à la mort du

connétable de Bourbon et à la prise de Rome. Les Médicis, pendant

cette éclipse de leurs papautés à Rome, sont de nouveau expulsés de

Florence. Machiavel espère y rentrer pour reprendre son ascendant

sur la république restaurée par ses amis; mais les républicains lui

reprochent avec indignation ses complaisances pour Laurent de

Médicis et les conseils d'usurpation qu'il a donnés à ce dictateur

de Florence dans le livre _du Prince_. Il est destitué, menacé,

obligé de se cacher de nouveau dans sa chaumière de San-Casciano.

Cours familier de Littérature - Volume 09 · 第 122 / 215 题