XXIII

Les tentatives de madame la duchesse de Berry, son emprisonnement,

ses aventures, ses désastres, ses ruptures et ses réconciliations

avec la famille royale mécontente, furent l'occasion de quelques

nouvelles missions officielles de M. de Chateaubriand; il fut le

premier ministre de ces domesticités délicates de la cour proscrite,

l'homme de confiance de la royauté de l'exil, chargé de jeter le

manteau de la dignité et du respect sur des cicatrices de famille.

Cette confiance il la méritait par ses sentiments, mais il ne la

justifia pas assez par sa discrétion au retour de ces ambassades

d'intimité aux foyers errants de Charles X. Nous nous souvenons, en

effet, et bien d'autres se souviennent avec nous, de lectures

semi-confidentielles de chapitres de ses _Mémoires_, lectures faites

avec un certain apparat aux bougies chez madame Récamier.

L'ambassadeur, à peine de retour à Paris, révélait dans ces

chapitres des nullités ou des ridicules de princes qui ressemblaient

moins à des hommages de chevalier qu'à des stigmates de satiriste.

Il appelait la pitié sur cette noble ruine de la monarchie, mais il

la livrait en même temps au sourire du siècle; on voyait qu'il avait

voulu écrire des pages de haute comédie parmi les pages tragiques de

ses _Mémoires_. Le talent du peintre de moeurs abondait dans ces

pages, mais la convenance et la piété manquaient; nous souffrions

profondément à ces lectures d'entendre ridiculiser le trône, la

table et le foyer, par celui qui avait été appelé pour en relever la

sainteté et la considération devant l'Europe. Les passages les plus

risqués de ces manuscrits un peu délateurs ont été adoucis ou

retranchés dans les _Mémoires d'Outre-Tombe_: il ne faut pas fondre

en bronze des caricatures, mêmes royales.

Cours familier de Littérature - Volume 09 · 第 95 / 215 题