Les tentatives de madame la duchesse de Berry, son emprisonnement,
ses aventures, ses désastres, ses ruptures et ses réconciliations
avec la famille royale mécontente, furent l'occasion de quelques
nouvelles missions officielles de M. de Chateaubriand; il fut le
premier ministre de ces domesticités délicates de la cour proscrite,
l'homme de confiance de la royauté de l'exil, chargé de jeter le
manteau de la dignité et du respect sur des cicatrices de famille.
Cette confiance il la méritait par ses sentiments, mais il ne la
justifia pas assez par sa discrétion au retour de ces ambassades
d'intimité aux foyers errants de Charles X. Nous nous souvenons, en
effet, et bien d'autres se souviennent avec nous, de lectures
semi-confidentielles de chapitres de ses _Mémoires_, lectures faites
avec un certain apparat aux bougies chez madame Récamier.
L'ambassadeur, à peine de retour à Paris, révélait dans ces
chapitres des nullités ou des ridicules de princes qui ressemblaient
moins à des hommages de chevalier qu'à des stigmates de satiriste.
Il appelait la pitié sur cette noble ruine de la monarchie, mais il
la livrait en même temps au sourire du siècle; on voyait qu'il avait
voulu écrire des pages de haute comédie parmi les pages tragiques de
ses _Mémoires_. Le talent du peintre de moeurs abondait dans ces
pages, mais la convenance et la piété manquaient; nous souffrions
profondément à ces lectures d'entendre ridiculiser le trône, la
table et le foyer, par celui qui avait été appelé pour en relever la
sainteté et la considération devant l'Europe. Les passages les plus
risqués de ces manuscrits un peu délateurs ont été adoucis ou
retranchés dans les _Mémoires d'Outre-Tombe_: il ne faut pas fondre
en bronze des caricatures, mêmes royales.