II

Quant à la belle duchesse de Devonshire, véritable reine de Rome en

ce moment, elle avait vieilli, mais elle régnait encore tant que

vivait le cardinal Consalvi. Voici le portrait vrai, d'une touche

très-fine, qu'en fait madame Lenormant à cette date:

«Madame Récamier trouvait d'ailleurs dans la duchesse de Devonshire

la douceur d'une société intime et les plus agréables sympathies de

goût et d'humeur. La duchesse avait été remarquablement belle; en

dépit d'une maigreur qui donnait à sa personne un faux air

d'apparition, elle conservait des traces d'une régularité fine et

noble, des yeux magnifiques et pleins de feu. Sa taille était

droite, élevée; elle avait une démarche d'impératrice, et son teint

blanc et mat achevait cet ensemble harmonieux et frappant. Ses beaux

bras et ses belles mains, réduits pour ainsi dire à l'état de

squelette, avaient la blancheur de l'ivoire; elle les couvrait de

bracelets et de bagues. La grâce et la distinction de ses manières

ne pouvaient être surpassées. Sa jeunesse n'avait pas été sans

troubles, et les agitations de son âme, les circonstances

romanesques de sa vie avaient laissé sur toute sa personne une

empreinte de mélancolie et quelque chose de caressant.»

Le duc de Laval, dans un billet, parle ainsi d'elle à madame

Récamier:

«Je m'entends avec la duchesse (de Devonshire) pour vous admirer.

Elle a quelques-unes de vos qualités, qui ont fait le succès de

toute sa vie. C'est la plus liante de toutes les femmes, qui

commande par la douceur, et elle s'est fait constamment obéir; ce

qu'elle a fait à Londres dans sa jeunesse, elle le recommence ici.

Elle a tout Rome à sa disposition: ministres, cardinaux, peintres,

sculpteurs, société, tout est à ses pieds.»

Et quelques jours plus tard, au moment où le pape expire et où le

cardinal Consalvi meurt moralement avec le pontife son ami:

«Nous sommes ici dans les plus tristes agitations. Le pape est

expirant, et j'attends à chaque instant la nouvelle de son dernier

soupir pour expédier mon courrier.

«La duchesse est revenue d'Albano abîmée, désolée de la douleur de

son cher cardinal. Vous pensez s'il est malheureux; il perd son

maître, et dans son maître son ami!»

Cours familier de Littérature - Volume 09 · 第 76 / 215 题