M. de Chateaubriand est à Vérone, caressé, admiré, enivré de
l'accueil des empereurs, des rois, des ministres; il a emporté
l'intervention française en Espagne, il touche de l'oeil au
ministère, sans trop de scrupule d'en précipiter son ami Mathieu de
Montmorency. Voyez cependant combien son âme sent le vide et se
torture elle-même dans le néant des désirs satisfaits! Sa tristesse
reprend le ton de la tendresse.
«Au milieu de tout cela je suis triste, et je sais pourquoi. Je vois
que les lieux ne font plus rien sur moi. Cette belle Italie ne me
dit plus rien. Je regarde ces grandes montagnes qui me séparent de
ce que j'aime, et je pense, comme Caraccioli, qu'une petite chambre
à un troisième étage à Paris vaut mieux qu'un palais à Naples. Je ne
sais si je suis trop vieux ou trop jeune; mais enfin je ne suis plus
ce que j'étais, et vivre dans un coin tranquille auprès de vous est
maintenant le seul souhait de ma vie.»
Ce coin tranquille, c'étaient le ministère et la tribune!
«À bientôt,» écrit-il quelques jours après; «ce mot me console de
tout! À bientôt; le coeur me bat de joie!»
On dirait l'amour, ce n'est que la lassitude des versatilités de son
âme.