XXIII

Presque entièrement ruinée par la ruine de son mari, ruine qu'elle

avait voulu partager, elle pourvut à l'existence séparée de ce

compagnon vieilli de sa jeunesse, et elle se retira, dans une

modique aisance, à l'Abbaye-aux-Bois, dans la rue de Sèvres.

M. de Chateaubriand, qui n'y fut pas moins assidu que dans la rue

d'Anjou, décrit ainsi la cellule haute du couvent qui y fut son

premier asile.

«La chambre à coucher était ornée d'une bibliothèque, d'une harpe,

d'un piano, du portrait de madame de Staël et d'une vue de Coppet au

clair de lune. Sur les fenêtres étaient des pots de fleurs. Quand,

tout essoufflé, après avoir grimpé trois étages, j'entrais dans la

cellule aux approches du soir, j'étais ravi: la plongée des fenêtres

était sur le jardin de l'Abbaye, dans la corbeille verdoyante duquel

tournoyaient des religieuses et couraient des pensionnaires. La cime

d'un acacia arrivait à la hauteur de l'oeil, des clochers pointus

coupaient le ciel, et l'on apercevait à l'horizon les collines de

Sèvres. Le soleil couchant dorait le tableau et entrait par les

fenêtres ouvertes. Quelques oiseaux se venaient coucher dans les

jalousies relevées. Je rejoignais au loin le silence et la solitude

par-dessus le tumulte et le bruit d'une grande cité.» Mais ce qu'il

y retrouvait surtout, c'était une amitié bien impossible, comme on

l'a vu, à distinguer de l'amour.

Cours familier de Littérature - Volume 09 · 第 62 / 215 题