Presque entièrement ruinée par la ruine de son mari, ruine qu'elle
avait voulu partager, elle pourvut à l'existence séparée de ce
compagnon vieilli de sa jeunesse, et elle se retira, dans une
modique aisance, à l'Abbaye-aux-Bois, dans la rue de Sèvres.
M. de Chateaubriand, qui n'y fut pas moins assidu que dans la rue
d'Anjou, décrit ainsi la cellule haute du couvent qui y fut son
premier asile.
«La chambre à coucher était ornée d'une bibliothèque, d'une harpe,
d'un piano, du portrait de madame de Staël et d'une vue de Coppet au
clair de lune. Sur les fenêtres étaient des pots de fleurs. Quand,
tout essoufflé, après avoir grimpé trois étages, j'entrais dans la
cellule aux approches du soir, j'étais ravi: la plongée des fenêtres
était sur le jardin de l'Abbaye, dans la corbeille verdoyante duquel
tournoyaient des religieuses et couraient des pensionnaires. La cime
d'un acacia arrivait à la hauteur de l'oeil, des clochers pointus
coupaient le ciel, et l'on apercevait à l'horizon les collines de
Sèvres. Le soleil couchant dorait le tableau et entrait par les
fenêtres ouvertes. Quelques oiseaux se venaient coucher dans les
jalousies relevées. Je rejoignais au loin le silence et la solitude
par-dessus le tumulte et le bruit d'une grande cité.» Mais ce qu'il
y retrouvait surtout, c'était une amitié bien impossible, comme on
l'a vu, à distinguer de l'amour.