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Une seconde catastrophe de la fortune de son mari, qui s'était un

peu relevée par le crédit, enlève à madame Récamier ce reste

d'opulence. Elle ne sauve que le nécessaire le plus strict à une

obscure existence. Mais elle était elle-même ce luxe de la nature

qui n'a pas besoin des luxes de la société. Malgré tout ce que dit

de délicat madame Lenormant sur la nature purement éthérée de la

passion de madame Récamier et de M. de Chateaubriand à cette époque,

il est certain pour moi que cette passion avait ses accès, comme

toute fièvre des âmes qui communique sa fièvre aux paroles.

Madame Récamier, soit par le goût naturel de piété qu'elle avait

contracté au couvent dans son enfance, soit sous l'influence de son

ami Mathieu de Montmorency, était très-assidue tous les jours et de

très-grand matin aux offices religieux dans l'église de Saint-Thomas

d'Aquin. Elle y entendait la messe avec recueillement dans un coin

reculé de l'église. Un de mes amis, M. de Genoude, protégé alors par

la femme célèbre, et très-assidu dès l'aurore aux devoirs de

l'amitié, l'accompagnait tous les jours à l'église; il m'a raconté

souvent, avant l'époque où lui-même entra dans les ordres sacrés,

que M. de Chateaubriand ne manquait jamais de se rencontrer dans

l'église à l'heure où madame Récamier s'y rendait, qu'il

s'agenouillait pour entendre la messe derrière la chaise de son

amie, et qu'il oubliait quelquefois l'ardeur de ses prières pour

s'extasier à demi-voix sur tant de charmes.

«Cette scène d'église espagnole importunait vivement la pieuse

Juliette, me disait le confident de ces rencontres; mais l'habitude,

la dévotion ou l'amitié l'y ramenaient pour s'y exposer encore. On

est indulgente pour les fautes qu'on inspire; que ne pardonne-t-on

pas à la passion dont on est l'objet!...»

Cours familier de Littérature - Volume 09 · 第 61 / 215 题