VII

C'était son cousin Adrien de Montmorency, devenu depuis duc de

Laval et ambassadeur à Rome, qui avait introduit Mathieu de

Montmorency chez Juliette. Celui-là aussi était enivré du charme de

madame Récamier, mais, plus ardent, plus léger, plus étourdi que son

cousin, il ne se déguisait pas à lui-même ses sentiments sous une

sainte amitié; il tournait franchement autour du flambeau de ces

beaux yeux, ne demandant qu'à y brûler ses ailes. Son esprit

paraissait peu parce qu'il était dénué de toute prétention, mais il

était juste et modéré, réfléchi, autant que son coeur était bon et

solide. La diplomatie loyale et habile, parce qu'elle était loyale,

ne pouvait pas avoir un meilleur négociateur à Vienne ou à Rome. La

modestie du duc de Laval était son seul défaut; très-capable des

premiers rôles, il n'aspirait jamais qu'aux seconds; il plaçait son

ambition dans son cousin; son amitié ne désirait point un succès

pour lui-même. Homme excellent, aimable, aimant, dont le nom ne

laisse pas une seule amertume sur les lèvres quand on en parle, j'ai

eu le bonheur d'être en correspondance diplomatique avec lui pendant

un an dans des circonstances très-difficiles, et je n'ai eu qu'à

m'éclairer de ses lumières et à me féliciter de sa confiance. Il dit

un mot sur moi dans une de ses lettres à madame Récamier, mot à la

fois flatteur et injuste que je suis bien loin de lui reprocher.

Cours familier de Littérature - Volume 09 · 第 47 / 215 题