C'était son cousin Adrien de Montmorency, devenu depuis duc de
Laval et ambassadeur à Rome, qui avait introduit Mathieu de
Montmorency chez Juliette. Celui-là aussi était enivré du charme de
madame Récamier, mais, plus ardent, plus léger, plus étourdi que son
cousin, il ne se déguisait pas à lui-même ses sentiments sous une
sainte amitié; il tournait franchement autour du flambeau de ces
beaux yeux, ne demandant qu'à y brûler ses ailes. Son esprit
paraissait peu parce qu'il était dénué de toute prétention, mais il
était juste et modéré, réfléchi, autant que son coeur était bon et
solide. La diplomatie loyale et habile, parce qu'elle était loyale,
ne pouvait pas avoir un meilleur négociateur à Vienne ou à Rome. La
modestie du duc de Laval était son seul défaut; très-capable des
premiers rôles, il n'aspirait jamais qu'aux seconds; il plaçait son
ambition dans son cousin; son amitié ne désirait point un succès
pour lui-même. Homme excellent, aimable, aimant, dont le nom ne
laisse pas une seule amertume sur les lèvres quand on en parle, j'ai
eu le bonheur d'être en correspondance diplomatique avec lui pendant
un an dans des circonstances très-difficiles, et je n'ai eu qu'à
m'éclairer de ses lumières et à me féliciter de sa confiance. Il dit
un mot sur moi dans une de ses lettres à madame Récamier, mot à la
fois flatteur et injuste que je suis bien loin de lui reprocher.