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On voit par ce passage, écrit bien longtemps après son enfance, que

la foi de cette jeune fille était tempérée comme son âme, et que la

religion fut toute sa vie une douce habitude de ses sens plutôt

qu'une passion de son intelligence. Elle semblait prédestinée par là

à être un jour l'amie de M. de Chateaubriand, le poëte des

sensations religieuses plus que des convictions théologiques. C'est

cette température de l'âme qui conserve la beauté du corps comme la

sérénité de l'esprit.

La beauté aussi harmonieuse que précoce de la jeune fille faisait déjà

l'orgueil de sa mère. Pour jouir de cet orgueil maternel elle

conduisit, un jour, son enfant à Versailles, à ce spectacle de la cour

qu'on appelait le Grand Couvert. M. de Calonne, qui protégeait la

mère, fit sans doute placer la fille de manière à attirer les regards

de la cour.--Le roi et la reine en furent, en effet, si ravis qu'ils

firent entrer, après le dîner, l'enfant dans les appartements

intérieurs pour l'admirer de plus près. Marie-Antoinette s'extasia sur

cette ravissante figure; elle la compara à celle de sa propre fille

(depuis madame la duchesse d'Angoulême, captive du Temple), du même

âge que Juliette Bernard et d'une figure trop tôt flétrie par des

deuils éternels.

Cours familier de Littérature - Volume 09 · 第 34 / 215 题