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Le nom de famille de madame Récamier était Julie-Adélaïde Bernard;

son père était membre de la bonne et riche bourgeoisie de Lyon. Sa

beauté était remarquable, son esprit ordinaire. M. Bernard avait

épousé Julie Matton, femme d'une figure qui présageait celle de sa

fille. Le Lyonnais est une espèce d'Ionie française où la beauté des

femmes fleurit en tout temps sous un ciel tempéré, entre les feux

trop ardents du Midi et les formes trop frêles du Nord; les yeux y

ont en général la teinte azurée du Rhône, qui baigne la ville, la

langueur de la Saône, la douceur du ciel. De belles tailles, des pas

nonchalants, des épaules statuaires, des cheveux soyeux et abondants

comme les écheveaux de soie qu'on y tisse, des voix caressantes pour

l'oreille, des sourires vagues qui enchantent sans provoquer, nulle

prétention à séduire tant elles sont sûres de charmer, des choeurs

de vierges de Raphaël descendues de leurs cadres et ignorantes de

leurs pudiques attraits, voilà les salons ou les promenades de Lyon

un jour de fête. Négligées des hommes affairés, ces femmes vivent

généralement à l'ombre comme les odalisques d'Orient; il faut les

découvrir soit dans les églises, soit aux fenêtres hautes de leurs

maisons noires, semblables à des monastères espagnols. C'est ainsi

qu'étant encore enfant je découvris, en face de la maison

qu'habitait en passant ma mère, la céleste apparition de

mademoiselle Virginie Leroy (depuis madame Pelaprat), compatriote de

madame Récamier, plus jeune qu'elle et aussi accomplie en charmes.

La puissance d'une première apparition de la parfaite beauté est

telle que, sans avoir jamais revu madame Pelaprat, cette vision

m'éblouit encore. Elle éblouit, dit-on, plus tard un maître du monde

du même charme dont elle avait fasciné l'oeil d'un enfant.

Cours familier de Littérature - Volume 09 · 第 32 / 215 题