M. de Chateaubriand, impatienté et humilié d'entendre ânonner ses
vers par un lecteur qui avait peine à les lire, arracha, à la fin,
le manuscrit des mains du grand acteur et voulut lire lui-même.
Malgré la faiblesse et la monotonie de sa propre voix, l'effet fut
plus saisissant, mais non plus heureux. Les vers, balbutiés par
l'auteur lui-même, tombaient essoufflés dans l'oreille. On souffrait
de ce que devait souffrir le poëte lui-même; on assistait à un
supplice d'amour-propre, supplice presque aussi pénible à contempler
qu'une torture physique; on détournait la tête, on baissait les
yeux. M. de Chateaubriand, excédé de vains efforts, rejeta enfin le
manuscrit à l'acteur, qui acheva la lecture au bruit des
applaudissements.