Au-dessous du tableau de Corinne figurait, comme un Oswald vieilli,
M. de Chateaubriand; cette place dissimulait, derrière les paravents
et les fauteuils des femmes, la disgrâce de ses épaules inégales,
de sa taille courte, de ses jambes grêles; on n'entrevoyait que le
buste viril et la tête olympienne.
Cette tête attirait et pétrifiait les yeux; des cheveux soyeux et
inspirés sous leur neige, un front plein et rebombé de sa plénitude,
des yeux noirs comme deux charbons mal éteints par l'âge, un nez fin
et presque féminin par la délicatesse du profil; une bouche tantôt
pincée par une contraction solennelle, tantôt déridée par un sourire
de cour plus que de coeur; des joues ridées comme les joues du Dante
par des années qui avaient roulé dans ces ornières autant de
passions ambitieuses que de jours; un faux air de modestie qui
ressemblait à la pudeur ou plutôt au fard de la gloire, tel était
l'homme principal au fond du salon, entre la cheminée et le tableau;
il recevait et il rendait les saluts de tous les arrivants avec une
politesse embarrassée qui sollicitait visiblement l'indulgence. Un
triple cercle de femmes, presque toutes femmes de cour, femmes de
lettres ou chefs de partis politiques divers, occupait le milieu du
salon. On y avait laissé un vide pour le lecteur.