Ce jour-là, j'entrai dans le salon de la duchesse de Devonshire sans
avoir été annoncé: je la croyais seule; une femme inconnue était
debout à côté d'elle, le bras appuyé sur la tablette de la cheminée
et chauffant ses petits pieds transis au brasier à demi éteint dans
l'âtre. C'était au mois de février; elle avait mouillé ses souliers
de soie puce en descendant dans la neige à la porte de l'hôtel. Mon
arrivée interrompit la conversation entre ces deux femmes,
conversation qui paraissait être animée, quoique à voix basse, car
l'une d'elles (l'inconnue) avait sur les joues cette coloration
fugitive du sang en mouvement sur un fond de pâleur qui prouve
qu'on a poussé tête à tête un entretien jusqu'à la lassitude.
La duchesse me nomma seulement à elle et me fit asseoir; après les
premières interrogations sur mon voyage, sur Rome, sur nos amis
communs d'Italie, l'inconnue, qui paraissait prête à partir, se
rassit sans rien dire à l'autre coin de la cheminée en face de moi;
c'était sans doute une politesse de quelques minutes qu'elle
s'imposait pour ne pas avoir l'air de manquer d'égards au nouveau
venu; mais après cette courte halte sur le canapé elle se leva de
nouveau, _et vera incessu patuit dea_!