Quoi qu'il en soit, la seconde duchesse de Devonshire m'avait
recherché à mon premier séjour dans cette capitale du monde, comme
un jeune homme dont le nom promettait plus qu'il ne devait tenir.
Elle m'avait présenté au cardinal Consalvi et par lui au pape Pie
VII, dont les malheurs et les bontés éclataient sur sa gracieuse
physionomie plus que la tiare sur son front. Malgré mon extrême
timidité, qui ne m'a jamais permis de me mettre en avant que dans
les grandes circonstances publiques, je vivais dans son intimité la
plus journalière. Elle me traitait en fils plus qu'en protégé; à sa
mort elle porta mon nom dans son testament, pour me prouver que sa
pensée survivait en elle à la vie; je lui garde de mon côté un
souvenir où la reconnaissance et l'attrait se complètent;
excusez-moi d'en avoir parlé un peu longuement à propos de madame
Récamier, son amie; ces deux figures se confondent, bien qu'elles ne
se ressemblent pas. L'une, génie inquiet et politique, consacra sa
vie à se grandir, l'autre à plaire; belles toutes deux, l'une fut
belle pour posséder les esprits, l'autre pour entraîner les coeurs.