M. Allos et moi, pour le représenter aux funérailles de l'immense
génie que quinze années de séjour à Hauteville-House ont rendu cher à
la population guernesiaise, et il a cru qu'il appartenait a l'un des
obscurs ouvriers de l'idée qui souffrent et qui luttent sur le rocher
séculaire de l'exil de dire en son nom un dernier adieu au plus
illustre de ces proscrits auxquels la terre libre de Guernesey, a
toujours offert un inviolable asile.
Je me sens bien au dessous de la tâche honorable qui m'est dévolue
et l'émotion naturelle qui nous gagne tous, messieurs, à l'heure
solennelle où l'Europe, que dis-je? l'humanité tout entière, se courbe
avec douleur devant la dépouille mortelle du plus grand poète du
dix-neuvième siècle, me rend impuissant à exprimer les sentiments de
vénération, de respect et d'amour du peuple de Guernesey pour ce grand
mort.
Permettez-moi, sans rien ôter a la France de ce qui lui appartient en
propre dans la gloire de Victor Hugo, d'en réclamer une partie pour
la petite île de Guernesey, épave normande au milieu de la Manche,
demeurée aussi française par le coeur, les moeurs, les traditions et
le langage qu'elle est politiquement attachée à l'Angleterre, dont les
souverains ont respecté à travers les siècles, en dépit de toutes les
suggestions contraires, son autonomie et ses franchises, sans lui
imposer d'autre joug qu'une suzeraineté nominale.
A Guernesey, tout en se tenant en dehors des querelles et des
compétitions locales, le Maître a attaché son nom à des labeurs
charitables et humanitaires qui ne périront point avec lui. Il faisait
le bien sans ostentation, s'efforçant d'arracher les humbles à la
détresse et les petits enfants à cette épouvantable misère morale qui
s'appelle l'ignorance.
La sainte, digne et courageuse compagne du poète, la vaillante femme
qui l'a précédé dans l'éternel repos, le seconda dans son oeuvre
paternelle avec un zèle qui lui acquit l'affection du peuple
guernesiais, et le nom de Madame Victor Hugo sera toujours confondu
dans l'archipel avec celui de son mari dans une même pensée de
reconnaissance émue et de respectueuse admiration.
Lorsque l'illustre Maître dédia, au plus fort des douleurs d'un long
exil, les _Travailleurs de la mer_ à la vieille terre normande dont
l'éternel honneur sera de lui avoir donné l'hospitalité, il avait le
pressentiment d'une fin prochaine, et il appelait Guernesey: «Mon
asile actuel, mon tombeau probable».
Le suprême arbitre de nos destinées à tous, Dieu, que ce grand esprit
proclame sans cesse et dont il eut la constante et éblouissante
vision, n'a pas voulu que cette prophétie se réalisât; les portes de
la France se sont rouvertes pour Victor Hugo, et il est mort dans ce
Paris qu'il a tant aimé et qui le lui rendait avec usure, témoin
cet hommage sans précédent de la capitale du monde, cette douleur
populaire, ce deuil général, qui constituent un spectacle consolant et
unique et réhabiliteront aux yeux de l'étranger ce grand Paris tant
calomnié et pourtant si patriotique et si jaloux de ses gloires.
Que Paris garde ta dépouille mortelle, ô Maître, Guernesey conservera
précieusement ta mémoire et, longtemps après que nous ne serons
plus, ses enfants se découvriront devant cette sombre demeure
de Hauteville-House, que tu as immortalisée et qui deviendra le
pèlerinage obligé des littérateurs et des poètes de toutes les
nations.
Victor Hugo, au nom du peuple de Guernesey, je te dis adieu!
DISCOURS DE M. EM. ÉDOUARD AU NOM DE LA RÉPUBLIQUE D'HAÏTI.
Elle peut être fière, elle peut s'enorgueillir, la nation qui nous
donne le majestueux spectacle que nous avons aujourd'hui sous les
yeux.
Ils ont menti ceux qui, il y a quelques années, à propos de la France,
après une crise terrible subie par ce pays, ont prononcé le mot de
décadence; la France est bien debout!
Presque tous les peuples civilisés, librement, spontanément, ont
envoyé ici des délégations. Athènes, Rome, n'ont jamais été le théâtre
d'une si imposante solennité. Paris dépasse Athènes et Rome!
Je représente ici la délégation de la république d'Haïti. La
république d'Haïti a le droit de parler au nom de la race noire; la
race noire, par mon organe, remercie Victor Hugo de l'avoir beaucoup
aimée et honorée, de l'avoir raffermie et consolée.
La race noire salue Victor Hugo et la grande nation française.
PARIS
1867
I
L'AVENIR
Au vingtième siècle, il y aura une nation extraordinaire. Cette
nation sera grande, ce qui ne l'empêchera pas d'être libre. Elle sera
illustre, riche, pensante, pacifique, cordiale au reste de l'humanité.
Elle aura la gravité douce d'une aînée. Elle s'étonnera de la gloire
des projectiles coniques, et elle aura quelque peine à faire la
différence entre un général d'armée et un boucher; la pourpre de l'un
ne lui semblera pas très distincte du rouge de l'autre. Une bataille
entre italiens et allemands, entre anglais et russes, entre prussiens
et français, lui apparaîtra comme nous apparaît une bataille entre
picards et bourguignons. Elle considérera le gaspillage du sang humain
comme inutile. Elle n'éprouvera que médiocrement l'admiration d'un
gros chiffre d'hommes tués. Le haussement d'épaules que nous avons
devant l'inquisition, elle l'aura devant la guerre. Elle regardera
le champ de bataille de Sadowa de l'air dont nous regarderions le
quemadero de Séville. Elle trouvera bête cette oscillation de
la victoire aboutissant invariablement à de funèbres remises en
équilibre, et Austerlitz toujours soldé par Waterloo. Elle aura pour
«l'autorité» à peu près le respect que nous avons pour l'orthodoxie;
un procès de presse lui semblera ce que nous semblerait un procès
d'hérésie; elle admettra la vindicte contre les écrivains juste comme
nous admettons la vindicte contre les astronomes, et, sans rapprocher
autrement Béranger de Galilée, elle ne comprendra pas plus Béranger en
cellule que Galilée en prison. _E pur si muove_, loin d'être sa peur,
sera sa joie. Elle aura la suprême justice de la bonté. Elle sera
pudique et indignée devant les barbaries. La vision d'un échafaud
dressé lui fera affront. Chez cette nation, la pénalité fondra et
décroîtra dans l'instruction grandissante comme la glace au soleil
levant. La circulation sera préférée à la stagnation. On ne
s'empêchera plus de passer. Aux fleuves frontières succéderont les
fleuves artères. Couper un pont sera aussi impossible que couper une
tête. La poudre à canon sera poudre à forage; le salpêtre, qui a pour
utilité actuelle de percer les poitrines, aura pour fonction de percer
les montagnes. Les avantages de la balle cylindrique sur la balle
ronde, du silex sur la mèche, de la capsule sur le silex, et de la
bascule sur la capsule, seront méconnus. On sera froid pour les
merveilleuses couleuvrines de treize pieds de long, en fonte frettée,
pouvant tirer, au choix des personnes, le boulet creux et le boulet
plein. On sera ingrat pour Chassepot dépassant Dreyse et pour Bonnin
dépassant Chassepot. Qu'au dix-neuvième siècle, le continent, pour
l'avantage de détruire une bourgade, Sébastopol, ait sacrifié la
population d'une capitale, sept cent quatrevingt-cinq mille hommes
[1] cela semblera glorieux, mais singulier. Cette nation estimera un
tunnel sous les Alpes plus que la gargousse Armstrong. Elle poussera
l'ignorance au point de ne pas savoir qu'on fabriquait en 1866 un
canon pesant vingt-trois tonnes appelé _Bigwill_. D'autres beautés et
magnificences du temps présent seront perdues; par exemple, chez ces
gens-là, on ne verra plus de ces budgets, tels que celui de la France
actuelle, lequel fait tous les ans une pyramide d'or de dix pieds
carrés de base et de trente pieds de haut. Une pauvre petite île comme
Jersey y regardera à deux fois avant de se passer, comme elle l'a fait
le 6 août 1866, la fantaisie d'un pendu [2] dont le gibet coûte deux
mille huit cents francs. On n'aura pas de ces dépenses de luxe. Cette
nation aura pour législation un fac-simile, le plus ressemblant
possible, du droit naturel. Sous l'influence de cette nation motrice,
les incommensurables friches d'Amérique, d'Asie, d'Afrique et
d'Australie seront offertes aux émigrations civilisantes; les huit
cent mille boeufs, annuellement brûlés pour les peaux dans l'Amérique
du Sud, seront mangés; elle fera ce raisonnement que, s'il y a des
boeufs d'un côté de l'Atlantique, il y a des bouches qui ont faim de
l'autre côté. Sous son impulsion, la longue traînée des misérables
envahira magnifiquement les grasses et riches solitudes inconnues; on
ira aux Californies ou aux Tasmanies, non pour l'or, trompe-l'oeil et
grossier appât d'aujourd'hui, mais pour la terre; les meurt-de-faim et
les va-nu-pieds, ces frères douloureux et vénérables de nos splendeurs
myopes et de nos prospérités égoïstes, auront, en dépit de Malthus,
leur table servie sous le même soleil; l'humanité essaimera hors de la
cité-mère, devenue étroite, et couvrira de ses ruches les continents;
les solutions probables des problèmes qui mûrissent, la locomotion
aérienne pondérée et dirigée, le ciel peuplé d'air-navires, aideront
à ces dispersions fécondes et verseront de toutes parts la vie sur
ce vaste fourmillement des travailleurs; le globe sera la maison de
l'homme, et rien n'en sera perdu; le Corrientes, par exemple, ce
gigantesque appareil hydraulique naturel, ce réseau veineux de
rivières et de fleuves, cette prodigieuse canalisation toute faite,
traversée aujourd'hui par la nage des bisons et charriant des arbres
morts, portera et nourrira cent villes; quiconque voudra aura sur un
sol vierge un toit, un champ, un bien-être, une richesse, à la
seule condition d'élargir à toute la terre l'idée patrie; et de se
considérer comme citoyen et laboureur du monde; de sorte que la
propriété, ce grand droit humain, cette suprême liberté, cette
maîtrise de l'esprit sur la matière, cette souveraineté de l'homme
interdite à la bête, loin d'être supprimée, sera démocratisée et
universalisée. Il n'y aura plus de ligatures; ni péages aux ponts, ni
octrois aux villes, ni douanes aux états, ni isthmes aux océans, ni
préjugés aux âmes. Les initiatives en éveil et en quête feront le même
bruit d'ailes que les abeilles. La nation centrale d'où ce mouvement
rayonnera sur tous les continents sera parmi les autres sociétés ce
qu'est la ferme modèle parmi les métairies. Elle sera plus que nation,
elle sera civilisation; elle sera mieux que civilisation, elle sera
famille. Unité de langue, unité de monnaie, unité de mètre, unité de
méridien, unité de code; la circulation fiduciaire à son haut degré;
le papier-monnaie à coupon faisant un rentier de quiconque a vingt
francs dans son gousset; une incalculable plus-value résultant de
l'abolition des parasitismes; plus d'oisiveté l'arme au bras; la
gigantesque dépense des guérites supprimée; les quatre milliards que
coûtent annuellement les armées permanentes laissés dans la poche
des citoyens; les quatre millions de jeunes travailleurs qu'annule
honorablement l'uniforme restitués au commerce, à l'agriculture et à
l'industrie; partout le fer disparu sous la forme glaive et chaîne
et reforgé sous la forme charrue; la paix, déesse à huit mamelles,
majestueusement assise au milieu des hommes; aucune exploitation, ni
des petits par les gros, ni des gros par les petits, et partout la
dignité de l'utilité de chacun sentie par tous; l'idée de domesticité
purgée de l'idée de servitude; l'égalité sortant toute construite
de l'instruction gratuite et obligatoire; l'égout remplacé par
le drainage; le châtiment remplacé par l'enseignement; la prison
transfigurée en école; l'ignorance, qui est la suprême indigence,
abolie; l'homme qui ne sait pas lire aussi rare que l'aveugle-né; le
_jus contra legem_ compris; la politique résorbée par la science;
la simplification des antagonismes produisant la simplification des
événements eux-mêmes; le côté factice des faits s'éliminant; pour
loi, l'incontestable, pour unique sénat, l'institut. Le gouvernement
restreint à cette vigilance considérable, la voirie, laquelle a deux
nécessités, circulation et sécurité. L'état n'intervenant jamais que
pour offrir gratuitement le patron et l'épure. Concurrence absolue des
à peu près en présence du type, marquant l'étiage du progrès. Nulle
part l'entrave, partout la norme. Le collège normal, l'atelier normal,
l'entrepôt normal, la boutique normale, la ferme normale, le théâtre
normal, la publicité normale, et à côté la liberté. La liberté du
coeur humain respectée au même titre que la liberté de l'esprit
humain, aimer étant aussi sacré que penser. Une vaste marche en avant
de la foule Idée conduite par l'esprit Légion. La circulation décuplée
ayant pour résultat la production et la consommation centuplées; la
multiplication des pains, de miracle, devenue réalité; les cours d'eau
endigués, ce qui empêchera les inondations, et empoissonnés, ce qui
produira la vie à bas prix; l'industrie engendrant l'industrie, les
bras appelant les bras, l'oeuvre faite se ramifiant en innombrables
oeuvres à faire, un perpétuel recommencement sorti d'un perpétuel
achèvement, et, en tout lieu, à toute heure, sous la hache féconde
du progrès, l'admirable renaissance des têtes de l'hydre sainte du
travail. Pour guerre l'émulation. L'émeute des intelligences vers
l'aurore. L'impatience du bien gourmandant les lenteurs et les
timidités. Toute autre colère disparue. Un peuple fouillant les
flancs de la nuit et opérant, au profit du genre humain, une immense
extraction de clarté. Voilà quelle sera cette nation.
Cette nation aura pour capitale Paris, et ne s'appellera point la
France; elle s'appellera l'Europe.
Elle s'appellera l'Europe au vingtième siècle, et, aux siècles
suivants, plus transfigurée encore, elle s'appellera l'Humanité.
L'Humanité, nation définitive, est dès à présent entrevue par les
penseurs, ces contemplateurs des pénombres; mais ce à quoi assiste le
dix-neuvième siècle, c'est à la formation de l'Europe.
Vision majestueuse. Il y a dans l'embryogénie des peuples, comme dans
celle des êtres, une heure sublime de transparence. Le mystère consent
à se laisser regarder. Au moment où nous sommes, une gestation auguste
est visible dans les flancs de la civilisation. L'Europe, une, y
germe. Un peuple, qui sera la France sublimée, est en train d'éclore.
L'ovaire profond du progrès fécondé porte, sous cette forme dès à
présent distincte, l'avenir. Cette nation qui sera palpite dans
l'Europe actuelle comme l'être ailé dans la larve reptile. Au prochain
siècle, elle déploiera ses deux ailes, faites, l'une de liberté,
l'autre de volonté.
Le continent fraternel, tel est l'avenir. Qu'on en prenne son parti,
cet immense bonheur est inévitable.
Avant d'avoir son peuple, l'Europe a sa ville. De ce peuple qui
n'existe pas encore, la capitale existe déjà. Cela semble un prodige,
c'est une loi. Le foetus des nations se comporte comme le foetus
de l'homme, et la mystérieuse construction de l'embryon, à la fois
végétation et vie, commence toujours par la tête.
Notes
[1]: Morts à la suite
Années. Tués. de blessures Total.
ou de maladies.
Armée française 1854-1856 10,240 85,375 95,615
---- anglaise 1854-1856 2,755 19,427 22,182
---- piémontaise 1855-1856 12 2,182 2,194
---- turque 1853-1856 10,000 25,000 35,000
---- russe 1853-1856 30,000 600,000 630,000
-------- --------- ---------
53,007 731,984 784,991.
[2]: Bradley. On croit en ce moment s'apercevoir qu'il était
innocent.
II
LE PASSÉ
I
Il y a des points du globe, des bassins de vallées, des versants de
collines, des confluents de fleuves qui ont une fonction. Ils se
combinent pour créer un peuple. Dans telle solitude, il existe une
attraction. Le premier pionnier venu s'y arrête. Une cabane suffît
quelquefois pour déposer la larve d'une ville.
Le penseur constate des endroits de ponte mystérieuse. De cet oeuf
sortira une barbarie, de cet autre une humanité. Ici Carthage,
là Jérusalem. Il y a les villes-monstres de même qu'il y a les
villes-prodiges.
Carthage naît de la mer, Jérusalem de la montagne. Quelquefois le
paysage est grand, quelquefois il est nul. Ce n'est pas une raison
d'avortement.
Voyez cette campagne. Comment la qualifierez-vous? Quelconque. Çà et
là des broussailles. Faites attention. La chrysalide d'une ville est
dans ces broussailles.
Cette cité en germe, le climat la couve. La plaine est mère, la
rivière est nourrice. Cela est viable, cela pousse, cela grandit. A
une certaine heure, c'est Paris.
Le genre humain vient là se concentrer. Le tourbillon des siècles
s'y creuse. L'histoire s'y dépose sur l'histoire. Le passé s'y
approfondit, lugubre.
C'est là Paris, et l'on médite. Comment s'est formé ce chef-lieu
suprême?
Cette ville a un inconvénient. A qui la possède elle donne le monde.
Si c'est par un crime qu'on l'a, elle donne le monde à un crime.
II
Paris est une sorte de puits perdu.
Son histoire, microcosme de l'histoire générale, épouvante par moments
la réflexion.
Cette histoire est, plus qu'aucune autre, spécimen et échantillon.
Le fait local y a un sens universel. Cette histoire est, pas à pas,
l'accentuation du progrès. Rien n'y manque de ce qui est ailleurs.
Elle résume en soulignant. Tout s'y réfracte, mais tout s'y réfléchit.
Tout s'y abrége et s'y exagère en même temps. Pas d'étude plus
poignante.
L'histoire de Paris, si on la déblaie, comme on déblaierait
Herculanum, vous force à recommencer sans cesse le travail. Elle a
des couches d'alluvion, des alvéoles de syringe, des spirales de
labyrinthe. Disséquer cette ruine à fond semble impossible. Une cave
nettoyée met à jour une cave obstruée. Sous le rez-de-chaussée, il y
a une crypte, plus bas que la crypte une caverne, plus avant que la
caverne un sépulcre, au-dessous du sépulcre le gouffre. Le gouffre,
c'est l'inconnu celtique. Fouiller tout est malaisé. Gilles Corrozet
l'a essayé par la légende; Malingre et Pierre Bonfons par la
tradition; Du Breul, Germain Brice, Sauval, Béquillet, Piganiol de La
Force par l'érudition; Hurtaut et Marigny par la méthode; Jalliot par
la critique; Félibien, Lobineau et Lebeuf par l'orthodoxie; Dulaure
par la philosophie; chacun y a cassé son outil.
Prenez les plans de Paris à ses divers âges. Superposez-les l'un à
l'autre concentriquement à Notre-Dame. Regardez le quinzième siècle
dans le plan de Saint-Victor, le seizième dans le plan de tapisserie,
le dix-septième dans le plan de Bullet, le dix-huitième dans les plans
de Gomboust, de Roussel, de Denis Thierry, de Lagrive, de Bretez,
de Verniquet, le dix-neuvième dans le plan actuel, l'effet de
grossissement est terrible.
Vous croyez voir, au bout d'une lunette, l'approche grandissante d'un
astre.
III