Oh! parle! ravis-nous, poète! chante encore,

Effaçant nos malheurs, nos deuils, l'antique affront;

Et donne-nous l'immense orgueil de voir éclore

Les chefs-d'oeuvre futurs qui germent sous ton front!

Mmes Croizette, Bartet, Barretta, Dudlay, MM. Mounet-Sully,

Lafontaine, Worms, Maubant, Porel, Albert Lambert, lisent des vers

de Victor Hugo. M. Faure chante le _Crucifix_. Et ce sont des

acclamations et des rappels sans fin.

Dans la soirée, la louange du poète a retenti sur toutes les grandes

scènes de Paris: poésie d'Ernest d'Hervilly à l'Odéon, d'Émile Blémont

à la Gaîté, de Gustave Rivet au Châtelet, de Bertrand Millanvoye au

théâtre des Nations.

A la maison de Victor Hugo, ce sont des vers d'Armand Silvestre et

d'Henri de Bornier qui arrivent, avec les adresses de toutes les

villes de la France, de l'Europe et du Nouveau-Monde.

NOTE XVII.

PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES

DU SÉNAT, DE LA CHAMBRE ET DD CONSEIL MUNICIPAL.

SÉNAT

_Séance du_ 22 _mai_ 1883.

PRÉSIDENCE DE M. LE ROYER

La nouvelle de la mort de Victor Hugo était connue au Luxembourg un

peu avant l'ouverture de la séance.

M. le président se lève et dit:

Messieurs les sénateurs, Victor Hugo n'est plus! (_Mouvement

prolongé_.)

Celui qui, depuis soixante années, provoquait l'admiration du monde et

le légitimé orgueil de la France, est entré dans l'immortalité. (_Très

bien! très bien_!)

Je ne vous retracerai pas sa vie; chacun de vous la connaît; sa

gloire, elle n'appartient à aucun parti, à aucune opinion (_Vive

approbation sur tous les bancs_); elle est l'apanage et l'héritage de

tous. (_Nouvelle approbation_.)

Je n'ai qu'à constater la profonde et douloureuse émotion de tous et,

en même temps, l'unanimité de nos regrets.

En signe de deuil, j'ai l'honneur de proposer au Sénat de lever la

séance. (_Approbation unanime_.)

M. BRISSON, président du conseil, garde des sceaux, ministre de la

justice.--Je demande la parole.

M. LE PRESIDENT.--La parole est à M. le président du conseil.

M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL.--Messieurs, le gouvernement s'associe aux

nobles paroles qui viennent d'être prononcées par M. le président du

Sénat.

Comme il l'a dit, c'est la France entière qui est en deuil. Demain, le

gouvernement aura l'honneur de présenter aux chambres un projet de

loi pour que des funérailles nationales soient faites à Victor Hugo.

(_Très bien! très bien_!)

La séance est immédiatement levée.

_Séance du 23 mai_.

M. HENRI BRISSON, président du conseil:

Messieurs, Victor Hugo n'est plus. Il était entré vivant dans

l'immortalité. La mort elle-même, qui grandit souvent les hommes, ne

pouvait plus rien pour sa gloire.

Son génie domine notre siècle. La France, par lui, rayonnait sur le

monde. Les lettres ne sont pas seules en deuil, mais aussi la patrie

et l'humanité, quiconque lit et pense dans l'univers entier.

Pour nous, Français, depuis soixante-cinq ans, sa voix se mêle à notre

vie morale intérieure et à notre existence nationale, à ce qu'elle eut

de plus doux ou de plus brillant, de plus poignant et de plus haut, à

l'histoire intime et à l'histoire publique de cette longue série

de générations qu'il a charmées, consolées, embrasées de pitié

ou d'indignation, éclairées et échauffées de sa flamme.

(_Applaudissements_.) Quelle âme en notre temps, ne lui a été

redevable et des plus nobles jouissances de l'art et des plus fortes

émotions?

Notre démocratie le pleure: il a chanté toutes ses grandeurs, il

s'est attendri sur toutes ses misères. Les petits et les humbles

chérissaient et vénéraient son nom; ils savaient que ce grand homme

les portait dans son coeur. (_Nouveaux applaudissements_.) C'est tout

un peuple qui conduira ses funérailles. (_Applaudissements_.)

Le gouvernement de la République a l'honneur de vous présenter le

projet de loi suivant:

PROJET DE LOI

Le président de la République française,

Décrète:

Le projet de loi dont la teneur suit sera présenté à la chambre des

députés par le président du conseil, ministre de la justice, et par

les ministres de l'intérieur et des finances, qui sont chargés d'en

exposer les motifs et d'en soutenir la discussion.

Art. premier.--Des funérailles nationales seront faites à Victor Hugo.

Art. 2.--Un crédit de vingt mille francs est ouvert à cet effet au

budget du ministère de l'intérieur sur l'exercice 1885.

Fait à Paris, le 23 mai 1885.

_Le président de la République_,

Signé: JULES GREVY.

Par le président de la République:

_Le président du conseil, ministre de la justice_,

Signé: HENRI BRISSON.

_Le ministre de l'intérieur_,

Signé: ALLAIN-TARGÉ.

_Le ministre des finances_,

Signé: SADI CARNOT.

Le président du conseil demande l'urgence et la discussion immédiate.

La commission des finances se réunit immédiatement.

Quelques instants après, elle revient, et M. Dauphin fait en son nom

le rapport suivant:

Messieurs, le génie qui fut et qui restera la grande gloire du

dix-neuvième siècle vient, suivant la belle expression de M. le

président du conseil, d'entrer dans l'immortalité.

Le gouvernement vous propose de décider que des funérailles nationales

seront faites à Victor Hugo aux frais l'État.

Ce n'est qu'un faible témoignage du double sentiment de douleur et de

fierté qui anime le pays.

Mais la France, plus puissante que ses représentants, rend à cette

heure, par un deuil public, un solennel hommage au poète inimitable,

au profond penseur, au grand patriote qu'elle a perdu. (_Vive

approbation_.)

Votre commission des finances vous propose à l'unanimité de voter

le projet de loi dont lecture a été donnée par M. le président du

conseil.

Le projet est voté par 219 voix sur 220 votants.

M. DE FREYCINET, ministre des affaires étrangères:

Je crois devoir donner lecture au Sénat d'un télégramme que j'ai reçu

hier de notre ambassadeur à Rome à l'occasion de notre deuil national.

«Rome, 22 mai 1885.

«La mort de Victor Hugo a donné lieu, à la Chambre des députés

d'Italie, à une imposante manifestation.

«M. Crispi, après avoir fait l'éloge du grand poète que la France a

perdu, a dit que la mort de Victor Hugo était un deuil pour toutes

les nations civilisées. (_Applaudissements_.) Il a demandé que M. le

président de la Chambre voulût bien associer la nation italienne au

deuil de la France.

«M. Biancheri, président de la Chambre, a dit que le génie de Victor

Hugo n'illustre pas seulement la France, mais honore aussi l'humanité,

et que la douleur de la France est commune à toutes les nations. Il a

ajouté que ce ne serait pas le dernier titre de gloire de Victor Hugo

d'avoir été toujours le défenseur de la liberté et de l'indépendance

des peuples, et que l'Italie n'oubliera pas que, dans ses jours de

malheur, elle eut toujours en Victor Hugo un ami bienveillant et un

ardent défenseur de la sainteté de ses droits.» (_Applaudissements_.)

Je crois être l'interprète du Sénat et du Parlement tout entier, en

déclarant que la France est profondément sensible à ces témoignages

de sympathie de l'Italie et qu'elle l'en remercie solennellement.

(_Acclamations prolongées_.)

CHAMBRE DES DÉPUTÉS

_Séance du 23 mai_.

A l'ouverture de la séance, M. Charles Floquet, président de la

Chambre, se lève et dit:

Mes chers collègues, le monde vient de perdre un grand homme; la

France pleure un de ses meilleurs citoyens, un fils qui a enrichi

l'antique trésor de notre gloire nationale. (_Très bien! très bien_!)

Le dix-neuvième siècle n'entendra plus la voix de son contemporain,

de celui qui a été l'écho sonore de ses joies et de ses douleurs, le

témoin passionné de ses grandeurs et de ses désastres.

Le poète, celui qu'on appelait l'enfant sublime, avait charmé jusqu'au

ravissement la jeunesse brillante de ce siècle. Aux heures sombres,

le penseur avait soutenu les consciences, relevé les courages.

(_Applaudissements_.) Et, dans les dernières années, le vieillard

auguste nous était revenu, apportant au milieu de nos malheurs et de

nos luttes l'esprit de concorde et la tolérance de celui qui peut tout

comprendre et tout concilier, ayant tout souffert pour la République.

(_Vifs applaudissements_.)

Nous nous étions habitués à le croire immortel dans sa laborieuse et

indomptable vieillesse; désormais il vivra dans l'éternelle admiration

de la postérité, dans le cercle lumineux des esprits souverains qui

imposent leur nom à leur âge. (_Applaudissements_.)

Victor Hugo n'a pas seulement ciselé et fait resplendir notre langue

comme une merveille de l'art; il l'a forgée comme une arme de combat,

comme un outil de propagande. (_Nouveaux et vifs applaudissements_.)

Cette arme, il l'a vaillamment tournée, pendant plus de soixante

années, contre toutes les tyrannies de la force. (_Applaudissements_.)

Pendant plus de soixante années, la propagande de ce héros de

l'humanité a été en faveur des faibles, des humbles, des déshérités,

pour la défense du pauvre, de la femme, de l'enfant, pour le respect

inviolable de la vie, pour la miséricorde envers ceux qui s'égarent

et qu'il appelait à la lumière et au devoir. (_Applaudissements

répétés_.)

C'est pourquoi le nom de Victor Hugo doit être proclamé, non seulement

dans l'enceinte des académies où s'inscrit la renommée des artistes,

des poètes, des philosophes, mais dans toutes les assemblées où

s'élabore la loi moderne, à laquelle l'illustre élu de Paris voulait

donner pour règles supérieures les inspirations de son génie

prodigieux fait de toute puissance et de toute bonté. (_Double salve

d'applaudissements.--Acclamations prolongées_.)

Je vais donner la parole au gouvernement qui l'a demandée et, après

que la Chambre aura statué sur les résolutions qui lui seront

proposées, je pense que je répondrai au voeu de toute la Chambre

en lui demandant de lever la séance en signe de deuil national.

(_Applaudissements_.)

Le président du conseil présente, dans les mêmes termes qu'au Sénat,

la proposition de funérailles nationales.

Elle est votée par 415 voix contre 3.

M. Anatole de La Forge dépose alors la proposition qui suit:

«Le Panthéon est rendu à sa destination première et légale.

«Le corps de Victor Hugo sera transporté au Panthéon.»

Il demande l'urgence, qui est votée.

La discussion est remise à mardi.

CONSEIL MUNICIPAL DU PARIS

_Séance du 22 mai_.

La nouvelle de la mort de Victor Hugo est apportée au milieu de la

séance.

M. LE PRÉSIDENT.--Messieurs, j'apprends comme vous tous, le deuil que

frappe la patrie.

Victor Hugo est mort! Je vous propose de lever la séance.

(_Assentiment unanime_.)

M. PICHON.--Messieurs, je n'ajoute qu'un mot aux paroles que vous

venez d'entendre.

Je demande que le conseil municipal décide qu'il se rendra en corps,

et immédiatement, à la demeure de Victor Hugo, pour exprimer à la

famille du plus grand de tous les poètes les sentiments de sympathie

et de condoléance profonde des représentants de la ville de Paris.

(_Très bien! très bien_!)

La proposition de M. Pichon est adoptée.

M. DESCHAMPS.--J'ai l'honneur, au nom de plusieurs de mes amis et au

mien de déposer la proposition suivante:

«Le conseil,

«Émet le voeu:

«Que le Panthéon soit rendu à sa destination primitive et que le corps

de Victor Hugo y soit inhumé. (_Assentiment sur un grand nombre de

bancs_.)

«Signé: Deschamps, Cattiaux, Boué, Rousselle, Chassaing, Guichard,

Muzet, Voisin, Mesureur, Jacques, Maillard, Mayer, Cernesson,

Simoneau, Dujarrier, Braleret, Songeon, Delhomme, Hubbard, Navarre,

Marsoulan, Millerand, Dreyfus, Curé, Chantemps, Darlot, Monteil,

Strauss, Pichon.»

Je demande l'urgence.

L'urgence, mise aux voix, est adoptée.

La proposition de M. Deschamps est adoptée.

M. MONTEIL.--J'ai l'honneur de déposer la proposition suivante, pour

laquelle je demande l'urgence:

«Le conseil délibère:

«Article premier.--Le nom de Victor Hugo sera donné à la place d'Eylau

jusqu'à l'Arc de Triomphe.

«Art. 2.--Les plaques seront posées immédiatement. (_Approbation_.)

«Signé: Monteil Deschamps, G. Hubbard, Strauss, Michelin.»

L'urgence, mise aux voix, est adoptée.

La proposition de M. Monteil est adoptée.

M. SONGEON.--Messieurs, vous venez d'arrêter que vous vous rendriez

immédiatement en corps auprès de la famille du grand citoyen qui vient

de disparaître. Je vous propose de décider que tous, également en

corps, vous assisterez aux obsèques.

Cette proposition est adoptée.

La séance est levée et le conseil municipal se rend en corps à la

maison mortuaire.

NOTE XVIII.

LES DÉCRETS SUR LE PATHÈON.

Le _Journal officiel_ du 28 mai 1885 publie le rapport suivant adressé

au président de la République par les ministres de l'intérieur, de

l'instruction publique et des finances:

Monsieur le président,

Le Panthéon, commencé sous le règne de Louis XV et terminé seulement

sous la Restauration, a subi, même avant son achèvement définitif, des

affectations diverses.

Par le décret-loi des 4-10 avril 1791, l'Assemblée nationale décida

que «le nouvel édifice serait destiné à recevoir les cendres des

grands hommes à dater de l'époque de la liberté française»; elle

décerna immédiatement cet honneur à Mirabeau.

En 1806, le décret du 20 février décida que l'église Sainte-Geneviève

serait affectée au culte et confia au chapitre de Notre-Dame, augmenté

à cet effet de six chapelains, le soin de desservir cette église.

Il en remit la garde à un archiprêtre choisi par les chanoines.

Il ordonnait la célébration de services solennels à certains

anniversaires, notamment à la date de la bataille d'Austerlitz.

Toutefois, ce décret, qui ne devait entrer en vigueur qu'après

l'achèvement complet de la construction, ne fut pas exécuté.

L'ordonnance du 12 décembre 1821 rendit l'église au culte public et la

mit à la disposition de l'archevêque de Paris pour être provisoirement

desservie par des prêtres que ce prélat était chargé de désigner. La

même ordonnance portait qu'il serait ultérieurement statué sur le

service régulier et perpétuel qui devrait être fait dans ladite église

et sur la nature de ce service. Cependant aucune décision n'intervint

à cet égard, et l'église ne fut érigée ni en cure ni en succursale de

la cure voisine. Elle n'avait donc encore reçu aucun titre légal lors

de la révolution de 1830.

L'ordonnance du 26 août 1830 statua en ces termes:

«Louis-Philippe,

«Vu la loi des 4-10 avril 1791;

«Vu le décret du 20 février 1806 et l'ordonnance du 12 décembre 1821;

«Notre conseil entendu,

«Considérant qu'il est de la justice nationale et de l'honneur de la

France que les grands hommes qui ont bien mérité de la patrie, en

contribuant à sa gloire, reçoivent après leur mort un témoignage

éclatant de l'estime et de la reconnaissance publiques;

«Considérant que, pour atteindre ce but, les lois qui avaient affecté

le Panthéon à une semblable destination doivent être remises en

vigueur,

«Décrète:

«Article premier.--Le Panthéon sera rendu à sa destination

primitive et légale; l'inscription: _Aux grands hommes, la Patrie

reconnaissante_, sera rétablie sur le fronton. Les restes des grands

hommes qui ont bien mérité de la patrie y seront déposés.

«Art. 2.--Il sera pris des mesures pour déterminer à quelles

conditions et dans quelles formes ce témoignage de la reconnaissance

nationale sera décerné au nom de la patrie.

«Une commission sera immédiatement chargée de préparer un projet de

loi à cet effet.

«Art. 3.--Le décret du 20 février 1806 et l'ordonnance du 12 décembre

1821 sont rapportés.»

Ainsi, l'ordonnance qui précède faisait du Panthéon un lieu de

sépulture non confessionnel, comme l'avait voulu l'Assemblée

nationale. L'édifice était laïcisé.

Au lendemain du coup d'État, le décret du 6 décembre 1851 vint encore

une fois rendre au culte l'ancienne église.

Ce décret porte:

«L'ancienne église de Sainte-Geneviève est rendue au culte,

conformément à l'intention de son fondateur, sous l'invocation de

sainte Geneviève, patronne de Paris.

«Il sera pris ultérieurement des mesures pour régler l'exercice

permanent du culte catholique dans cette église.»

Un décret du 22 mars 1852 remit en vigueur les dispositions de

celui de 1806 et reconstitua la communauté des chapelains de

Sainte-Geneviève recrutée au concours avec traitement alloué par

l'État.

A la suite de la loi de finances du 29 juillet 1831, qui supprima

cette allocation, le chapitre a cessé de se compléter lors des

vacances et ne contient plus que trois membres, lesquels ne reçoivent

aucun traitement de l'État.

En résumé, le Panthéon n'est, comme la basilique de Saint-Denis, ni un

édifice diocésain, ni un édifice paroissial. Il ne rentre pas dans

la catégorie de ceux qui, aux termes de l'article 75 de la loi du 18

germinal an X, ont dû être mis à la disposition des évêques à raison

d'un édifice par cure et par succursale. Le culte ne s'y célèbre

pas d'une manière régulière et légale. Ce n'est la paroisse d'aucun

citoyen français. Il n'a aucune existence comme circonscription

ecclésiastique.

Comme monument, il appartient incontestablement au domaine de l'État

et, dès lors, il rentre dans vos attributions, monsieur le président,

conformément aux dispositions de l'arrêté des consuls du 13 messidor

an X et à l'ordonnance du 14 juin 1833, d'affecter cet édifice à un

nouveau service public.

Il nous a paru que le moment était venu de donner satisfaction au voeu

déjà formulé par le Parlement en 1881 et de restituer au Panthéon sa

destination première. Si ces vues sont agréées par vous, monsieur le

président, nous avons l'honneur de vous prier de vouloir bien revêtir

de votre signature le décret ci-joint.

Nous vous prions d'agréer, monsieur le président, l'hommage de notre

profond respect.

Le ministre de l'instruction publique,

des beaux-arts et des cultes,

RENÉ GOBLET.

Le ministre de l'intérieur,

H. ALLAIN-TARGÉ.

Le ministre des finances,

SADI CARNOT.

A la suite de ce rapport, le _Journal officiel_ publie le décret

suivant, rendu sur les conclusions conformes des ministres:

Le président de la République française,

Sur le rapport des ministres de l'instruction publique, des beaux-arts

et des cultes, de l'intérieur et des finances,

Vu la loi des 4-10 avril 1791;

Vu le décret du 20 février 1806;

Vu l'ordonnance du 12 décembre 1821;

Vu l'ordonnance du 26 août 1830;

Vu le décret des 6-12 décembre 1851;

Vu les décrets des 22 mars 1852 et 26 juillet 1867;

Vu l'arrêté du gouvernement du 13 messidor an X et l'ordonnance du 4

juin 1833;

Considérant que la France a le devoir de consacrer, par une sépulture

nationale, la mémoire des grands hommes qui ont honoré la patrie, et

qu'il convient, à cet effet, de rendre le Panthéon à la destination

que lui avait donnée la loi des 4-10 avril 1791,

Décrète:

Article premier.--Le Panthéon est rendu à sa destination primitive et

légale. Les restes des grands hommes qui ont mérité la reconnaissance

nationale y seront déposés.

Art. 2.--La proposition qui précède est applicable aux citoyens à

qui une loi aura décerné les funérailles nationales. Un décret du

président de la République ordonnera la translation de leurs restes au

Panthéon.

Art. 3.--Sont rapportés le décret des 6-12 décembre 1851, le décret du

26 février 1806, l'ordonnance du 12 décembre 1821, les décrets des

23 mars 1852 et 26 juillet 1867, ainsi que toutes les dispositions

réglementaires contraires au présent décret.

Art. 4.--Les ministres de l'instruction publique, des beaux-arts et

des cultes, de l'intérieur et des finances sont chargés, chacun en ce

qui le concerne, de l'exécution du présent décret,

Fait à Paris, le 26 mai 1885.

JULES GRÉVY,

Par le président de la République:

Le ministre de l'instruction publique,

des beaux-arts et des cultes,

RENÉ GOBLET.

Le ministre de l'intérieur,

H. ALLAIN-TARGÉ.

Le ministre des finances,

SADI CARNOT.

Le _Journal officiel publie également le décret suivant:

Le président de la République française,

Sur le rapport des ministres de l'intérieur, de l'instruction

publique, des beaux-arts et des cultes,

Vu le décret du 26 mai 1885;

Vu la loi du 24 mai 1885, décernant à Victor Hugo des funérailles

nationales,

Décrète:

Article premier.--A la suite des obsèques ordonnées par la loi du 21

mai 1885, le corps de Victor Hugo sera déposé au Panthéon.

Art. 2:--Le ministre de l'intérieur et le ministre de l'instruction

publique, des beaux-arts et des cultes sont chargés, chacun en ce qui

le concerne, de l'exécution du présent décret.

Fait à Paris, le 26 mai 1885.

JULES GRÉVY.

Par le président de la République:

Le ministre de l'intérieur,

H. ALLAIN-TARGÉ.

Le ministre de l'instruction publique,

des beaux-arts et des cultes,

RENÉ GOBLET.

NOTE XIX.

DISCOURS PRONONCÉS AUX FUNÉRAILLES

A l'Arc de Triomphe.

DISCOURS DE M. LE ROYER

PRÉSIDENT DU SÉNAT.

Messieurs,

En présence du spectacle grandiose de cette foule immense, de toute

une nation respectueusement inclinée devant ce cercueil, aux échos

retentissants de la commotion éprouvée, à la nouvelle de la mort de

Victor Hugo, par tout ce qui pense et lit dans le monde civilisé,

je me demande ce que le langage humain, dans son expression la plus

élevée, peut ajouter aux témoignages de regret et d'admiration

prodigués à ce prodigieux génie.

Le sénat, dont Victor Hugo a été le plus illustre membre, qu'il a

honoré d'un reflet de sa gloire, ne saurait cependant rester muet.

D'autres, mieux qualifiés, vous diront ce qu'a été l'oeuvre littéraire

et poétique de Victor Hugo. A moi, un rôle plus modeste: celui de

rappeler en quelques paroles la marche ascensionnelle et progressive

de ce grand esprit dans son évolution politique, son influence sur ses

contemporains et les services qu'il a rendus.

Victor Hugo vint au monde à l'heure où la France, après une longue et

douloureuse lutte entre le passé et l'avenir, s'était donné un maître,

à l'heure où elle avait abdiqué sa volonté et ses destinées entre des

mains puissantes et implacables. Un compromis tacite et fatal était

intervenu entre les entraînements de la veille et les nécessités du

jour. Victor Hugo grandit dans une famille où régnaient les traditions

monarchiques unies au souvenir tragique, mais imposant, de l'épopée

révolutionnaire. L'enfant subit nécessairement l'influence de cette

atmosphère. Aussi voua-t-il une admiration de poète au génie de

Napoléon; puis, par une pente naturelle, il célébra le retour

des Bourbons comme une espérance de repos, comme une promesse

d'épanouissement intellectuel et libéral.

A ce moment, commencèrent pour Victor Hugo ces mémorables luttes

littéraires qu'il ne m'appartient pas de vous décrire. Il n'entra dans

la vie politique active que vers les dernières années du régime de

Juillet. Dans les remarquables harangues qu'il prononça alors devant

la Chambre des Pairs, on discerne facilement la transformation qui

devait le conduire à des croyances démocratiques et républicaines

s'affermissant à chaque pas pour ne plus se démentir jusqu'à son

dernier soupir. On sent déjà dans la parole de Victor Hugo un amour

passionné de la patrie, un esprit altéré d'idéal et de grandeur,

s'enivrant des gloires de la France, pleurant ses défaites, élevant

toujours la voix en faveur des opprimés, des exilés et des vaincus.

A son tour, il fut proscrit et c'est surtout dans les douleurs de

l'exil qu'il se montra vaillant et superbe. Sous les humiliations qui

accablaient la France, son vers vengeur retentit comme le clairon de

ralliement et d'espérance.

Rentré le 4 septembre, Victor Hugo partagea toutes les angoisses de

la lutte gigantesque qui aboutit au démembrement de la patrie; mais,

après la paix, le poète rendit à nos morts un solennel hommage et

releva les courages par ce cri de suprême consolation: Gloire aux

vaincus!

Actes et Paroles, Volume 4: Depuis l'Exil 1876-1885 · 第 14 / 24 段