Les Ḥaddâd Gourân sont nombreux et ils sont, tout comme les autres

Ḥaddâd, méprisés des populations avec lesquelles ils vivent. Nabi

Djibrila[274] — racontent les indigènes — donna autrefois à deux frères

respectivement une enclume et un filet, en leur disant : « O vous,

hommes d’une race méprisable, allez et gagnez votre vie à l’aide de ce

que je viens de vous remettre ». Et ce sont leurs descendants — paraît-

il — qui constituent les deux principales fractions des Ḥaddâd Gourân :

les Ḥaddâd _Siyâd sandala_ (forgerons), et les Ḥaddâd _Siyâd cherek_

(chassant au filet).

Les premiers — en gourân : _Azâ aguildâ_ — sont les moins nombreux. Ils

travaillent le fer. On les trouve chez tous les Gourân, d’une façon

générale, mais aussi chez d’autres populations. Au Kanem, presque tous

les forgerons sont des Ḥaddâd Gourân — en kanembou : _Dogoâ

touôbé_[275]. Ils sont considérés comme formant une caste inférieure.

Nous avons déjà vu, d’ailleurs, que, dans toute la région qui nous

occupe, le travail du fer était jugé dégradant.

Passons aux Ḥaddâd chasseurs — en gourân : _Azâ séguidâ_. Ils

sembleraient devoir être des Ḥaddâd Kreda et, plus spécialement, des

Ḥaddâd Ngalamiya. Ils comprennent trois fractions : Ḥaddâd Brokhara,

Ḥaddâd Kodera et Ḥaddâd Bedossa (Oulâd Béchené). Les Ngalamiya nient

toute parenté avec eux et disent que ce sont simplement des Ḥaddâd de

Brokhara, de Kodera, de Bedossa (Ḥaddâd hana Brokhara, hana Kodera,

hana Bedossa).

Ces Ḥaddâd sont tout aussi méprisés que les forgerons. Leur nom de

Ḥaddâd — quoiqu’ils ne travaillent pas le fer — est d’ailleurs

caractéristique à cet égard. Les indigènes racontent, sur ces pauvres

chasseurs, l’anecdote suivante : Moḥammed avait une petite biche

apprivoisée, à laquelle il tenait beaucoup. Comme il la laissait errer

en liberté, il avait demandé aux _siyâd cherek_ de ne pas la prendre

dans leurs filets. Mais ceux-ci avaient refusé et, malgré toute la

vigilance du Prophète, ils capturèrent la biche et l’égorgèrent.

Mahomet, furieux, les avait alors maudits : _Allah isill

barkatou !_[276]

Ces Ḥaddâd sont les plus nombreux et on les trouve, exerçant leur

industrie, dans tout le pays qui s’étend entre le Kanem et la région

des Maḥâmid. Leurs filets ont environ 2m,50 de longueur et sont, à leur

extrémité, fixés à deux bâtons de 1m,50 à 1m,60 de hauteur. Ces bâtons

sont enfoncés peu profondément dans le sol et le filet se trouve ainsi

placé verticalement. Un grand nombre de filets sont dressés de la

sorte, les uns à côté des autres, sur une longueur considérable. A

partir des deux extrémités de la ligne des filets, les Ḥaddâd disposent

dans la brousse des espèces d’épouvantails — _khayâl ech cherek_ : ce

sont des peaux de mouton, noires,que l’on accroche aux arbres. Quand

tout est installé, les Ḥaddâd s’en vont au loin, se dispersent et se

mettent à battre la brousse, en poussant de grands cris. Les animaux,

effrayés par les cris et par les épouvantails, sont rabattus sur la

ligne des engins de chasse. Ils viennent donner dans les filets, qu’ils

renversent et dans lesquels ils se prennent les pattes. Sauf les gros

pachydermes (éléphant, rhinocéros, girafe), qui, eux, brisent tout,

tous les autres animaux sont capturés : toutes les variétés d’antilopes

(ouaḥch, ariél, têtel, etc.), les phacochères[277], les autruches, les

pintades[278], etc. Les Ḥaddâd les assomment à coups de bâton, pour ne

pas abîmer les peaux. Il arrive aussi fréquemment que des animaux comme

le lion, la panthère, la hyène, le chacal, etc., se prennent dans les

filets. Inutile de dire que ceux qui sont dangereux sont tués de loin,

à coups de sagaie.

Les Ḥaddâd vont ensuite vendre les peaux et la viande séchée dans les

différents marchés. Ils y vendent également les diverses variétés de

sacs en peau qu’ils fabriquent :

_dabia_, sac à ouverture étroite (riz, haricots, mil).

_kourtâla_, musette pour le cheval.

_kefâoua_, sac de chargement pour le chameau.

_djourab_, grand sac pour le mil.

Autrefois, les Ḥaddâd de l’Ouest étaient parfois malmenés et pillés par

les autres indigènes. Ils n’avaient alors qu’une peau de bête autour des

reins. Depuis que nous sommes dans le pays, ils jouissent en paix du

fruit de leur travail et ils ont des boubous, comme tout le monde. Mais

les indigènes prétendent que les Ḥaddâd conservent toujours, sous leur

vêtement, la peau de bête d’autrefois.

Les Ḥaddâd mènent généralement la vie nomade. On les rencontre en grand

nombre chez les Gourân du Kanem, les Kreda, les Kecherda, au Mourtcha,

chez les Bornouans de l’Ouadi Rima et chez les Maḥâmid. Plus au Sud, on

en trouve aussi un village à Massaguet (sur la route de Fort-Lamy à

Massakory).

Quand les Ḥaddâd partent en chasse, ils mettent leurs filets sur des

bœufs porteurs et des ânes, et tout le monde suit, même les petits

enfants, lesquels vont ainsi apprendre à gagner leur pitance dans la

brousse.

Il y a aussi des Ḥaddâd cherek dans les pays du Sud, et ils ne sont pas

tous Gourân : certains d’entre eux se disent Arabes. Signalons, par

exemple, les Ḥaddâd arabes de la région d’Ourel, les Maskéa (près de

Gouêno, dans le Médogo), les Oulâd Ḥammad (à Tchalaga, près de Bédanga),

les Ḥaddâd cherek du Baguirmi, etc.

On trouve également des Azâ chasseurs à l’ouest du lac. Citons, en

particulier, le groupe important qui nomadise dans le Koutous, au nord

de Gouré (chef Taïba).

* * * * *

[Note 274 : L’ange Gabriel.]

[Note 275 : Généralement originaires du Chitati.]

[Note 276 : Que Dieu vous retire sa bénédiction ! (الله يسل بركته) Cette

légende se retrouve chez les Arabes, soit avec Jésus (ʿIsa) pour héros

(Aḥmed El Qalyoubi, _Kitâb en Naouâdir_. Le Qaire, 1302 hég., in-8, p.

16), soit avec le prophète Moḥammed (Moḥi eddin ibn el ʿArabi, _Kitâb el

Mosâmarât_. Le Qaire, 1305 hég., 2 vol. in-8, t. II, p. 135 ; Tamisier,

_Voyage en Arabie_. Paris, 1840, 2 vol. in-8, t. I, p. 330-334 ;

338-339). Cf. René Basset, _Contes et légendes arabes_, no CXX, _Jésus

et la Gazelle_ (_Revue des Traditions populaires_, t. XIII, 1898, p.

486-487).]

[Note 277 : Les musulmans ne peuvent pas manger la viande de phacochère.

Aussi les Ḥaddâd se contentent-ils de recueillir la graisse, qui sert

d’onguent pour certaines maladies des chevaux.]

[Note 278 : Il y a des filets spéciaux pour la chasse aux pintades.]

PETITE ÉTUDE PRATIQUE

DE LA LANGUE TOUBOU

(DIALECTE DES DAZAGADA)[279]

* * * * *

La langue toubou ne présente, au point de vue de la prononciation, aucun

caractère particulier. Elle n’est pas gutturale comme l’arabe, elle

n’est pas nasillarde comme le kanembou et elle n’a pas l’accentuation

exagérée du tar lis (Kouka, Médogo, Boulala). L’accent tonique est sur

l’une des trois dernières syllabes. Il peut d’ailleurs varier, pour un

même mot, avec la place de ce mot dans la phrase.

Nous ferons tout d’abord quelques remarques au sujet de la prononciation

de certaines lettres.

Les lettres _d_ et _t_ sont parfois employées l’une pour l’autre[280] :

{ _tantaï brantergé_[281] ;

nous voulons, {

{ _tantaï brandergé_.

Même remarque pour _i_ et _é_, pour _k_ et _g_, _tch_ et _dj_ :

je, moi, | _tani, tané_.

{ _tani kessergé_ ;

je fais, {

{ _tani guessergé_.

{ _tané tchoassergé_ ;

je vends, {

{ _tané djoassergé_.

La lettre _k_ prend quelquefois un son nasal, intermédiaire entre _k_ et

_tch_.

il a tué, _kidô, tchidô_ ;

travail, _kida, tchîda_ ;

nez, _kiâ, tchâ_.

D’ailleurs, d’une façon générale, il ne faudra point s’étonner si un mot

toubou n’est pas toujours rendu de la même façon. On n’en comprendra que

mieux quelle doit être la prononciation exacte de ce mot.

Comme beaucoup de langues africaines, le toubou a une syntaxe

rudimentaire. Quelques exemples le montreront facilement.

Cet homme est allé chasser dans la brousse. _agné_ {homme} _aï_ {cet}

_ouôno_ {brousse} _îni_ {viande} _tchêdégé_ {il tue}

Quand les Kreda n’ont pas de mil, ils mangent du doum. _Karra_ {Kreda}

_ngaéla_ {mil} _béï_ {ne pas} _sôou_ {doum} _ouôdégé_ {ils mangent}

Chez les Kreda, l’intérieur des cases est tapissé en haut de peaux de

mouton afin d’empêcher le soleil de rentrer. _Karra_ {Kreda} _aroué_

{peau} _arkôou_ {de mouton} _yegé_ {case} _derô_ {dedans} _ngouli_ {en

haut} _dintou_ {ils mettent} _ezeï_ {soleil} _yegé_ {case} _zodogé_

{rentre} _beï_ {ne pas}

Les Tedâ, ces mauvaises bêtes mortes, mangent le goar _Tedâ_ {Tedâ}

_agafrâ_ {bêtes mortes} _zentâ_ {mauvaises} _goâr_ {goar} _ntoda_

{mangent}

Les Baguirmiens de la forteresse de Massnia se sont levés _Bagreï_

{Baguirmiens} _Massnia_ {Massnia} _karnak_ {forteresse} _iertchentô_

{se sont levés}

Et sont venus prendre nos troupeaux _Erdo_ {Ils sont venus} _ferâ_

{vaches} _tantâ_ {nos} _gouyênto_ {ils ont pris}

Ils les ont emmenés dans leur pays marécageux[282] _Dettou_ {Ils ont

emmené} _lôou_ {argile} _doro_ {dedans} _dintou_ {ils ont mis}

L’article n’existe pas. Le verbe « être » se rend au moyen du pronom

personnel.

Je parle la langue des chrétiens. _Tani_ {Moi} _médi_ {langue}

_nessara_ {chrétiens} _hanandregé_ {je sais}

Je suis malade _Tani_ {Moi} _ouoché_ {malade}

Les Kanembou font un grand usage de _ôô_ et les Boulala de _éé_[283].

Ces sons explétifs servent à bien mettre en relief certains mots ou

certaines phrases. En toubou, on emploie _é_[284] et _a_.

Un homme du Borkou _aou Borkou_

Des gens du Borkou _ammâ Borkouâ_

Les Ḥaddâd Bedossa tuent beaucoup de gibier _Azâ_ {Ḥaddâd} _berossâa_

{Bedossa} _oudâni_ {gibier} _bodo_ {beaucoup} _tchetegé_ {tuent}

Les Kanembou et les Bornouans ont un même ancêtre _Aoussâé_ {Kanembou}

_agâé_ {Bornouans} _dezé_ {ancêtre} _sontô_ {leur} _tron_ {un}

Les Toubou emploient souvent le mot _dé_ qui, ajouté à un mot, est

parfois influencé par le son de la dernière voyelle de ce mot et devient

alors _da_, _di_, _dou_. Ce mot peut servir à indiquer :

1o L’origine, la provenance, le but :

homme du Dagana, _Daganadé_ ;

homme du Borkou, _Borkoudé_.

L’ancêtre des Kreda est venu du Borkou _Karra_ {Kreda} _dezé_

{ancêtre} _sontô_ {leur} _Borkoudé_ {du Borkou} _ré_ {vint}

Les Oulâd Slimân se sont levés de leur pays ; _Ouachîla_ {Oulâd

Slimân} _iertchentô_ {se sont levés} _bi_ {pays} _sonto-do_ {leur}

Les Touareg se sont levés de leur pays et sont venus à

Fadalassou..... ; _Kinina_ {Touareg} _zaïla_ {pays} _iertchentô_ {se

sont levés} _Fadalassou-dou_ {à Fadalassou}

Les Ouadaïens de Ouara se sont levés[285]..... _Kouga_ {Ouadaïens}

_Ouara-do_ {de Ouara} _iertchentô....._ {se sont levés}

2o Une idée de relation :

père, _abba_ ;

oncle paternel, _abba-dé_ ;

diable, démon, _miché_ ;

fou, idiot (possédé du démon), _michi-dé_[286] ;

faux, inexact, _mou_ ;

menteur, _médé_ ;

grand, _bô_ ;

beaucoup, très, _bodo_ ;

force, _dona_ ;

fort, _donadé_ ;

froid, _kiri_ ;

qui a froid, _kiridé_.

3o Le moyen :

Les Kouri tuent l’hippopotame avec la sagaie _Koura_ {Kouri} _grinti_

{hippopotame} _édi-di_ {sagaie} _tchitou_ {ils tuent}

Le mot _dé_ est encore employé pour donner l’apparence toubou à des mots

d’origine arabe.

tu es ivre, _entadé sekrantédé_ [_enta_, toi ; _sekrantédé_ (du mot

arabe : _sekrân_), ivre] ;

je suis très fâché, _tané bodo deloumtédé_ [_deloumtédé_ (arabe :

_mazhloum_), lésé, fâché].

Les mots _dé, da, do, di_ sont enfin employés comme explétifs.

La peau de cette femme est très sale _kassar_ {peau} _adéou_ {femme}

_aï_ {cette} _djêno_ {sale} _monto-dé_ {beaucoup} _di_ {elle a}

Le mot _né_ ou _neï_ est parfois employé à la place de _dé_ :

noble, _maï-na_ (de _maï_, sultan) ;

humide, _inneï_ (de _î_, eau) ;

Il s’approche de la case _yégé_ {case} _téde[287]-ni_ {il s’approche}

Il lui lança une flèche _féré_ {flèche} _tchobô-ni_ {il frappa}

J’ai beaucoup de bétail : des chevaux, des vaches et des moutons.

_reuzô_ {bétail} _monto_ {nombreux} _taré_ {j’ai} _askâ-né,_

{chevaux,} _forâ-ni,_ {vaches} _arkoâ-ni._ {moutons.}

Le suffixe _ou, ôou_ est parfois employé pour indiquer une idée de

relation et correspond aux mots français : du, des ; de, en.

_koueï_, endroit — _ouni_, feu — _aké, akké_, bois.

le feu (endroit), _koueï ouniou_ ;

le bois à brûler, _aké ouniou_ ;

la bride du cheval, _lidjom_ (ar.) _askéou_.

_merdjan_ (ar.), corail — _lefêlla_ (ar.), argent — _aoué_, doigt

corde de corail, _azi merdjanôou_ ;

vase d’argent, _djoundou leféllôou_ ;

bague (argent du doigt), _lefêlla aouéou_.

_yégé_, case — _kaoué_, natte — _Aroua_, Arabes.

case en nattes, _yégé kaouéou_.

Les cases des Kreda sont plus grandes que celles des Arabes. _yégé_

{case} _Karraou_ {des Kreda} _kaouéou_ {en nattes} _Arouaou_ {des

Arabes} _dou bo_ {case grande}

Le mot _gé_ sert aussi à indiquer une idée de relation.

_ié, î_, eau ;

_igé_, puits ;

_Aroua_, Arabes ;

_araga_, langue arabe ;

_Daza_, les Toubou du sud ;

_dazaga_, langue des Toubou du sud ;

_Dazagada_, ceux qui parlent le dazaga,

Celui qui ne possède pas un cheval de Ganastou est semblable au

piéton. _Ganastounga_ {cheval de Ganasto} _danna_ {ne pas} _bidi_ {à

pied}

moi, _tani_ ;

de moi, mon, _tango_ ;

grand, âgé, _bô_ ;

vieillard, chef, _bougoudi_.

Le mot _gé_ peut aussi avoir le sens de : semblable, pareil, comme.

_ouni_, feu ;

_oungo_, blessure (qui brûle, semblable au feu).

* * * * *

=VERBES=

Les verbes n’ont guère que deux temps : le présent et le passé.

_Impératif._ — La racine du verbe forme généralement l’impératif.

prends, _gon, gouôn_ ;

chante, _douônou_ (chanson) _gon_ ;

donne, _tén_ ;

place, mets, _nak, naou_ ;

frappe, blesse, tire _ouöb_ ;

(un coup de fusil),

tue, _ii_ ;

dis, parle, _fa_ ;

mange, _ouô_ ;

bois, _iâ_ ;

va, pars, _der, sotto_ ;

enlève, ôte ; _ter, der_ ;

viens, _ir, iourrou_ ;

achète, _iob_ ;

vends, _djoas_ ;

regarde, _ra, ran_ ;

laisse, _sop, sob, soor_ ;

cours, _iak_ ;

emmène, _déd_ ;

écris, _rôno_ ;

apporte, _korto, kourtou_ ;

verse, _dok, dokk_ ;

dors, _niango, gnango_

lève-toi, _iero, ierro_ ;

ajoute, _zinnou_ ;

veux, veuille, aime, _brano, dak_ ;

reste, assieds-toi, patiente, _douboussou_.

Le pluriel peut s’obtenir par l’adjonction de _dou, to_ au singulier.

_ouô_, mange ; _ouodou_, mangez ;

_gouôn_, prends ; _gouênto_, prenez ;

_sop_, laisse ; _sôppo_, laissez.

_Présent._ — Le présent s’obtient, d’une façon générale, en ajoutant

certains suffixes à la racine du verbe.

Singulier : Pluriel :

--- ---

1re personne — _rgé_ ; 1re personne — _trgé_ ;

2e — — _ngé_ ; 2e — — _tngé_ ;

3e — — _egé, égé_ ; 3e — — _tegé, tégé_.

Nous allons donner comme exemple le présent du verbe _djoas_, vends.

je vends, _djoassergé_ ; nous vendons, _djoassedergé_ ;

tu vends, _djoassengé_ ; vous vendez, _djoassedengé_ ;

il vend, _djoasségé_ ; ils vendent. _djoassedégé_.

PREMIÈRE PERSONNE DU SINGULIER. — D’une façon générale, on peut dire que

le suffixe _rgé_ (_ergé, regé, régé_) est la caractéristique de la

première personne du singulier du présent du verbe.

je prends, _tani gonergé_,

je chante, _gouendergé_ ;

je crie, je chante, _doôn gouendergé_ ;

j’emporte, _dounergé_ ;

j’emmène, _tani dédergé_ ;

je donne, _tani énergé, iendergé,

adôwandergé_ ;

j’apporte, _tani kourtergé_ ;

je veux, je cherche, _tani branergé, brandergé_[288] ;

je veux, j’aime, _dakergé, daregé_ ;

je sais, _tani hanandregé_ ;

je vois, _tani dôdergé_ ;

je dis, je parle, _tani fadrégé_ ;

je me tais, _tani dangergé_ ;

je dis vrai, _tani djéré fadrégé_ ;

je mens, _tani mou fadrégé_ ;

je pleure, _tani yodergé_ ;

je ris, _tani gazergé_ ;

je mange, _tani bôregé, bourgé_ ;

je bois, _tani iargé_ ;

je reste, je m’assieds, je _tani doubouzergé, bouzergé_ ;

patiente,

je vais, je pars, _tani darégé, deregé_ ;

j’enlève, _tani térergé, tregé_ ;

je viens, _tani roregé_ ;

je sors, _tani tchorergé, tani agâ roregé_ ;

j’achète, _tani iobergé_ ;

je regarde, _tani randergé_ ;

je salue, _tani kallahandregé_ ;

je vole, _tani oundirgé_ ;

j’attache, _tani tounergé, tondergé_ ;

j’ai peur, _tani aouzergé_ ;

je fais, _tani kessergé_ ;

je peux, _tani rangergé_ ;

je compte, _tani ketergé_ ;

j’écris, _tani roonergé, roondregé_ ;

je laisse, _tani sobergé, sorgé, soorgé_ ;

je change, _tani forozergé_ ;

je tranche, je coupe, je _tani kobergé, korgé_ ;

casse,

je passe le baḥr, _tani fôdi kobergé_ ;

je pisse, _tani kossozombregé_ ;

je place, je mets, je pose, _tani nakergé, tindrigé_ ;

je mets un vêtement, _tani algué mosrogé_ ;

je me déshabille, _algué térergé_ ;

je lave, _touloudergé_ ;

je dors, _niangregé (gnangregé)_ ;

je tue, _nidrigé, idrigé_ ;

je tue un homme, _tani agné idrigé_ ;

je frappe, je blesse, je tire _babergé, ioubergé, ébourgé, bourgé,

(un coup de fusil), tani (ouni) baargé_ ;

je réussis, j’apprends, _tani hangregé, fangregé_[289] ;

j’atteins, je joins, _tani goumbregé_ ;

je cours, je fuis ; _tani iakergé, iarégé_ ;

je cherche, _tani kouendregé_ ;

je meurs, _tani donassergé_ ;

je rentre, _tani derô dofodregé, zodergué_ ;

je sors de ma maison, _tani yégénder roregé_ ;

je me cache, je me dissimule, _tani djeradenergé_.

DEUXIÈME PERSONNE DU SINGULIER. — La deuxième personne du singulier a

généralement comme caractéristique le suffixe _ngé_ (_angé, engé,

ingé_).

tu manges, _entaï boungé_ ;

tu bois, _entaï yangé_ ;

tu changes, _entaï forozengé_ ;

tu veux, _entaï braningé_ ;

tu écris, _entaï roonengé_ ;

tu fais, _entaï kessengé, kessedengé_ ;

tu laisses, _entaï soengé_.

TROISIÈME PERSONNE DU SINGULIER. — La troisième personne du singulier a

comme caractéristique le suffixe _gé_ (_égé, igé, ogé_ — _iengé_). Les

verbes dont la racine finit par _on_ et _an_ prennent la terminaison

_iengé_, _yengé_.

il mange, _segeni ouôgé_ ;

il parle, _segeni fadégé_ ;

il rit, _segeni gazegé_ ;

il insulte, _maré zakkégé_ ;

il tue, il chasse, _maré tchidigé, tchédégé_ ;

il fait, _maré kességé_ ;

il sort, _segeni tchorogé_ ;

il entre, _segeni zodégé_ ;

il meurt, _segeni nossegé_ ;

il laisse, _segeni soôgé_ ;

il demande, _segeni djouodégé_ ;

il entend, il comprend, _segeni bazégé_ ;

il met, _segeni dintigé_ ;

il prend, _segeni gougengé_ (au lieu de :

_gouongé_) ;

il sait, _segeni anayengé_ (au lieu de :

_anangé_) ;

il écrit, _segeni royengé_ (au lieu de :

_roongé_) ;

il veut, _segeni brayengé_ (au lieu de :

_brangé_) ;

il court, il s’enfuit, _segeni tchaougé, djaougé_ ;

il dort, _segeni niakengé_ (_gnakengé_) ;

il apporte, il donne, il _segeni djentégé._

paie.

PREMIÈRE PERSONNE DU PLURIEL. — La première personne du pluriel est

caractérisée par le suffixe _trgé, drgé_ (_tergé, tregé, dergé, dregé_).

On a déjà vu que les lettres _t_ et _d_ sont parfois employées l’une

pour l’autre.

nous prenons, _tantaï gouentergé_ ;

nous mangeons, _tantaï ouodregé_ ;

nous buvons, _tantaï idrigé_ ;

nous voulons, _tantaï brantergé_ ;

nous écrivons, _tantaï roontregé_ ;

nous faisons, _tantaï kessedregé_.

DEUXIÈME PERSONNE DU PLURIEL. — La deuxième personne du pluriel est

caractérisée par le suffixe _tengé, dengé_.

vous prenez, _neuntaï gouentengé_ ;

vous voulez, _neuntaï brantengé_ ;

vous écrivez, _neuntaï roôntengé_ ;

vous faites, _neuntaï kessedengé_ ;

vous changez, _neuntaï foroztengé, forostengé_.

TROISIÈME PERSONNE DU PLURIEL. — La troisième personne du pluriel est

caractérisée par le suffixe _tegé, degé_.

ils prennent, _segentâ gouyentégé_ ;

ils mangent, _segentaï ouodégé_ ;

ils vont, ils partent, _segentaï dourtigé_ ;

ils veulent, _segentaï braïntégé_ ;

ils écrivent, _segentaï roôntegé_ ;

ils changent, _segentaï forozentegé,

forochentegé_ ;

ils font, _segentaï kessedegé_ ;

ils boivent, _segentaï kidigé_ ;

ils courent, ils s’enfuient, _segentaï tcharkétégé_ ;

ils apportent, ils donnent, ils _segentaï djintigé,

paient, ils font. djentégé_ ;

ils savent, _merâ annayentégé_.

_Futur._ — Le futur se rend au moyen du présent. L’idée de futur peut

être indiquée soit par l’emploi d’un adverbe de temps, soit par l’emploi

du verbe « vouloir » : _brandergé, darégé_[290].

Demain j’irai au Baḥr el Ghazal. _Fekké_ {demain} _fôdi_ {baḥr}

_deregé_ {je vais}

Je crois que j’irai bientôt à Boullong. _Aor_ {cœur} _dorô_ {dans}

_edin_ {bientôt} _Boullong_ {Boullong} _dérégué_ {je vais}

J’irai au village. _Tani_ {moi} _berander_ {je veux} _ni_ {village}

_darégué_ {je vais}

_Passé._ — La règle que nous allons donner pour reconnaître le passé du

verbe est assez généralement applicable.

Le passé est, comme le présent, caractérisé par certains suffixes.

Ce sont les suivants :

Singulier : Pluriel :

--- ---

1re personne — _er_ ; 1re personne — _ter_ ;

2e — — _om_ ; 2e — — _tom_ ;

3e — — _ô_ ; 3e — — _tô_.

Nous allons citer comme exemple le passé du verbe _dodergé_ : je vois.

j’ai vu, _doder_ ; nous avons vu, _dôdtor_ ;

tu as vu, _dodom_ ; vous avez vu, _dôdtom_ ;

il a vu, _dôdo_ ; ils ont vu, _dôdto_.

PREMIÈRE PERSONNE DU SINGULIER. — Terminaisons _ar, er, or_.

j’ai pu, _ranger_ ;

j’ai réussi, j’ai obtenu, j’ai gagné, j’ai atteint, _hanger,

j’ai trouvé, j’ai appris, j’ai compris, fanger_ ;

j’ai fait, _kesser_ ;

j’ai donné, _ninder_ ;

j’ai mangé, _bour_ ;

j’ai acheté, _iober,

ior_ ;

j’ai tiré un coup de fusil, _ouni

bar_ ;

je suis venu, _dêré, têré

[291]_ ;

j’ai laissé, _soôr_.

DEUXIÈME PERSONNE DU SINGULIER. — Terminaison _om_.

tu as acheté, _iobem_ ;

tu as vendu, _djoassem_ ;

tu as frappé, tu as tué, _idoum[292]_ ;

tu as trouvé, _hangem_ ;

tu as eu peur, _aouzem_ ;

tu as dit, _fâdem, tefâdem_ ;

tu savais, _hanânem_ ;

tu as pleuré, _iôdom_.

TROISIÈME PERSONNE DU SINGULIER. — Terminaison _ô, o, ou_.

il s’est enfui, _tcharkô, tchâou_ ;

il a tué, _tchidô_ ;

il a frappé, il a blessé, _tchobô_ ;

il est resté, il s’est arrêté, _bozô, tozô_ ;

il a volé, _ouïnto_ ;

il a entendu, il a compris, _bazô_ ;

il a vu, _dôdo_ ;

il est allé, _ntêdo_ ;

il a refusé, _tchédo_ ;

il est sorti, _tchorô_.

PLURIEL. — Comme pour le présent, le pluriel du passé s’obtient en

faisant précéder des dentales _t_ ou _d_ la terminaison du singulier.

PREMIÈRE PERSONNE DU PLURIEL. — Terminaisons _ter, der_.

nous avons mangé, _beder_ ;

nous avons voulu, _branter_ ;

nous avons écrit, _roonter_ ;

nous avons acheté, _iobeder_ ;

nous avons vendu, _djoasseder_ ;

nous avons grandi, _garter_ ;

nous sommes devenus des hommes, _agnénter_ ;

nous avons fait des enfants, _iala fossoder_ ;

DEUXIÈME PERSONNE DU PLURIEL. — Terminaisons _tom, dom_.

vous avez attaché, _tountom_ ;

vous avez emmené, _dêdtom_ ;

vous avez vu, _rantom_ ;

vous avez vendu, _djoassedom_ ;

vous avez écrit, _roontom_ ;

vous avez changé, _foroztom_ ;

vous avez mangé, _boudom_ ;

vous êtes venus, _rédom_.

TROISIÈME PERSONNE DU PLURIEL. — Terminaisons _to, tou, do, dou_.

ils sont venus, _rédo_ ;

{ _deurtou, teurtou_ ;

ils sont allés, {

{ _dourtou, tourtou_ ;

ils se sont levés, _iertchentô_ ;

ils ont pris, _gouïénto_ ;

ils ont emmené, _dédtou_ ;

ils ont placé, ils ont mis, _dintou, dintigda_ ;

ils ont fait fuir, _foïênto_ ;

ils ont tué, _tchédto_ ;

ils ont détruit, ils ont cassé, _gertou, kertou_ ;

ils ont vu, _ranto_.

* * * * *

REMARQUES SUR LES VERBES

Parfois, quand il y a une phrase conditionnelle, on emploie la

terminaison _o_ ou _oô_, qui rappelle un peu les _ôô_ dont les Kanembou

émaillent leurs discours. Mais il ne semble pas qu’il y ait de temps

spécial. On se sert d’une forme correcte ou populaire, qu’on fait suivre

ou non de la terminaison _oô_.

Si tu fais cela, je te tue. _enta_ {toi} _aï_ {cela} _kégé_ {comme}

_kossongodo_ {tu fais} _nidrigé_ {je te tue}

Quand tu viendras dans ma case, je te donnerai un mouton. _enta_ {toi}

_yegétangô_ {ma case} _niroô_ {tu viens} _arkô_ {mouton} _adoandergé._

{je te donnerai.}

Si tu prends ce chemin, tu ne te tromperas pas. _zoulôn_ {chemin} _aï_

{ce} _gouôn_ {prend} _tchénimi_ {tu ne te tromperas pas.}

_Participe passé._ — Le participe passé, peu employé, semble être

caractérisé par un _t_ placé avant la racine.

_korgé, gorgé_, je casse ; _tegertô_, cassé ;

_tonergé_, j’attache ; _toïontô_, attaché.

Il est facile de voir que, dans ces deux exemples, le participe passé

est surtout formé par la troisième personne du pluriel du passé.

Mais cette forme n’est pas générale.

vieux, déchiré, _teredên_ ;

plein, _tougoumtéré_ ;

FORME PASSIVE ET FORME RÉFLÉCHIE. — Les Dazagada n’emploient presque

pas, dans les verbes, la forme passive et la forme réfléchie.

Je me lave _kassarnder_ {ma peau} _touloudergé_ {je lave}

Il se lave _bérésenn_ {son visage} _touloudigé_ {il lave}

Signalons cependant le rôle que jouent _t, tch, dj, djitti_, dans les

verbes qui expriment la forme passive ou la forme réfléchie.

il lave, _touloudigé_ ; il se lave, _toultchingé_ ;

La région du Tchad et du Ouadaï; études ethnographiques, dialecte Toubou, Tome 1 (de 2) · 第 17 / 27 段