A la saison des pluies, l’herbe verte est assez abondante et les

troupeaux peuvent pâturer à leur aise. Mais l’herbe ne vient jamais à

une bien grande hauteur et, à la saison sèche, elle est rare et courte.

A ce moment-là, le pays ne convient guère au bétail : pas d’herbe et des

puits profonds. C’est pourquoi les habitants du Mourtcha expédient la

majeure partie des troupeaux chez leurs parents du Baḥr el Ghazal, où

les bêtes se trouvent d’ailleurs à l’abri des pillages ouadaïens. Ils ne

gardent avec eux qu’un certain nombre de vaches et quelques chèvres,

afin d’avoir le lait indispensable à leur nourriture. Pour faire boire

ces animaux, les captifs restent aux puits du matin au soir et tiennent

constamment remplis les trous (_hètan_) qui servent d’abreuvoirs. Comme

ce métier n’est pas intéressant, les Kreda leur mettent des fers aux

pieds (_guinzirt_), pour les empêcher de s’enfuir.

Le Mourtcha était autrefois bien plus peuplé qu’aujourd’hui : les

villages étaient plus nombreux et plus considérables. L’aguid el

Moukhelaya avait le commandement de la plus grande partie des

habitants ; l’aguid ez-Zebada et l’imâm el Djezouli se partageaient le

reste. Mais les pillages des Ouadaïens firent que nombre de Kreda, pour

échapper plus facilement, allèrent au Baḥr el Ghazal rejoindre leurs

frères nomades. Ce mouvement s’est accentué depuis que nous sommes dans

le pays et que le Baḥr el Ghazal nous appartient. Les Kreda qui restent

au Mourtcha appartiennent à l’aguid el Moukhelaya. En juillet 1907, lors

de la reconnaissance de la 1re Cie (capitaine Jérusalémy, lieutenant

Carbou), le Mourtcha comprenait encore une cinquantaine de villages. Les

cases sont faites avec les tiges du mil.

C’est près de Ras el Fil que se trouvait le village d’Ali Agré, un chef

toubou du Kanem réfugié au Ouadaï, qui renseignait les aguids sur nos

mouvements et faisait la contrebande des armes et des munitions. Après

le raid de la compagnie Jérusalémy, Ali Agré, en dissidence depuis 1902,

vint demander l’aman au Kanem (décembre 1907). Trois de ses hommes

furent alors chargés d’apporter une lettre du lieutenant-colonel Largeau

au sultan Doud-Mourra : ils furent emprisonnés à Abéché et on ne les

revit plus.

II

LES KECHERDA

Les Gourân donnent aux Kecherda le nom de Dâza. On dit qu’une femme du

Prophète — car les musulmans rapportent tout à lui — quitta le domicile

conjugal, après une querelle de ménage, et passa de l’autre côté d’un

grand baḥr qui se trouvait à proximité. Mais, pendant cette fugue, le

diable (_djann, djinn_) sortit du baḥr et la rendit enceinte. Quand les

gens du Prophète allèrent la chercher, ils la trouvèrent dans cette

intéressante position. Mahomet la fit mettre dans une case à part, où

elle accoucha de deux jumeaux, un fils et une fille. Ils furent appelés

_El Djinn oueld el Djinoun_ et _Absa bit el Djinoun_. Ils eurent comme

descendants Allaï et, après lui, Ouollou, qui sont — paraît-il — les

ancêtres des Kecherda[266].

Les Kecherda comprennent quatre fractions : les Chennakora ou Yoroumma,

les Medoumia, les Saqerda ou Toumbouliâ et les Yria.

Les Chennakora prétendent être d’origine boulala. Cela n’a rien

d’extraordinaire, et l’on comprend fort bien que les Boulala — au temps

où ils étaient au Kanem ou à Mossoua — se soient mélangés aux Gourân

avec lesquels ils étaient au contact.

Les Medoumia se disent d’origine hébraïque[267]. Les autres Kecherda

leur reprochent cette origine, quand ils ont une querelle avec eux :

_neuntâ ihouda_, vous êtes juifs ! Et tel Medoumié s’écriera également,

quand il est en colère : _tané ihoudi_, je suis juif ! Il faut

reconnaître, en tout cas, que l’on trouve le type hébraïque d’une façon

bien caractérisée chez certains d’entre eux[268].

Les Saqerda seraient venus du Kanem, où l’on trouve d’ailleurs un

village de Saqerda à Sagardaré (entre Ntiali et Ngouri). Ils sont moins

nombreux que les Chennakora et les Medoumia.

Les Yria sont peu nombreux.

La tradition rapporte que, dans leur mouvement vers le Sud-Ouest en même

temps que les autres Dazagada, une scission se produisit chez les

Kecherda, alors qu’ils se trouvaient au Borkou. Les uns allèrent

s’installer dans la partie septentrionale du Baḥr el Ghazal et les

autres se fixèrent dans la région comprise entre le lac et le Borkou, à

l’est de la route d’Agadem. Les pillages des Oulâd Slimân forcèrent

ceux-ci à descendre plus au Sud et, vers 1840, ils franchirent même la

Komadougou. Plus tard, ils revinrent au nord du lac et continuèrent à

mener l’existence de demi-nomades, dont ils avaient pris l’habitude au

Bornou. Ces Kecherda prirent part à la lutte menée par Barka Hallouf

contre les Oulâd Slimân : après la défaite des Gadoa, ils furent obligés

de s’enfuir. Ils sont actuellement installés dans la région comprise

entre Nguigmi et Gouré.

Il y a donc deux groupes de Kecherda, l’un à l’Est (dans le Baḥr el

Ghazal, à côté des Kreda), l’autre à l’Ouest (à côté des Ouandala).

Nous allons nous occuper successivement de chacun des deux groupes.

KECHERDA DE L’EST. — Après le départ des Arabes Oulâd Rachid, les

Kecherda de l’Est s’installèrent au Baḥr el Ghazal et dans la région

Alakhérit — Am Délé — Am Naïala, où ils sont encore.

On lit, dans Nachtigal, à propos de ces Toubou : « Ils étaient très

nombreux, mais ont été cruellement traités par le Ouadaï ; il est vrai

qu’en revanche ils sont devenus meilleurs musulmans. »

Il semble à peu près certain que les Kecherda — de même que tous les

Gourân — étaient déjà musulmans, lorsque les Ouadaïens embrassèrent

l’islamisme. La conversion de ceux-ci et la constitution du royaume

d’ʿAbd el Kerim ben Djamé ne remontent d’ailleurs qu’à trois cents ans à

peine et, en ce qui concerne cette période, la tradition est

suffisamment précise. C’est pourquoi il y a lieu de croire — ainsi que

le rapporte la tradition — que les Kecherda pratiquaient depuis

longtemps la religion de Moḥammed, quand les Ouadaïens firent leur

apparition au Baḥr el Ghazal.

Les Kecherda habitent, au nord du Fitri, la région comprise entre les

Arabes Khouzam et les Kreda. On trouve également trois de leurs villages

au Kanem, à l’est et au sud de Mondo, et trois autres villages au

Mourtcha, au nord de Ras el Fil. Rappelons enfin que la tribu toubou du

Kanem, qui porte le nom de Yoroumma ou Yorouma, est d’origine Kecherda.

Les Kecherda passent la saison sèche dans la région appelée _El Ḥarr_,

région de palmiers-doum, de hadjlidj et de kitré. Ils y font la

cueillette du doum, qui entre pour une large part dans leur

alimentation. Ils ne descendent guère au sud de Am Naïala (Alakhérit —

Am Délé — Am Tallèho — Am Naïla — Ouadi et Temraya). Cette région est

sablonneuse et parsemée de petites vallées, appelées _oudian_ (sing.

_ouadi_), et de dépressions plus profondes, appelées _rhoat_. C’est là

que se trouvent les puits et une végétation très abondante de palmiers-

doum.

L’eau n’est pas profonde (1 à 3 m.). On trouve assez souvent de l’eau

natronée ou magnésiée dans la région et, à Alakhérit par exemple, elle

provoque une purgation énergique. Cette eau natronée convient

parfaitement aux chameaux des Kecherda.

A l’hivernage, les Kecherda remontent vers le nord et vont s’installer

au Baḥr el Ghazal, du côté de Koal. Les Kecherda du Baḥr et du Mourtcha

étaient autrefois administrés par l’aguid el Moukhelaya. Ils furent

souvent pillés par lui et parfois aussi par l’aguid el Baḥr. C’est ainsi

que Oualdi Chaïb, poursuivant les Kecherda, qui le fuyaient à juste

titre, les rejoignit à Oualéat et les razzia complètement — les

« mangea » (_akelhoum_), comme disent les indigènes.

Les Kecherda vivaient autrefois en mauvais termes avec leurs voisins

immédiats : les Kreda, à l’Ouest, et les Arabes, à l’Est. Ils étaient

aussi les ennemis du Fitri, où ils venaient assez souvent piller les

troupeaux et surtout enlever des femmes et des enfants. Les Boulala,

n’ayant que des chevaux habitués au Fitri, ne pouvaient guère

entreprendre de poursuite dans les régions sèches du Nord. Mais, quand

par hasard ils pouvaient surprendre des Kecherda, ils se montraient

impitoyables : ils tuaient tout, jusqu’aux femmes et aux enfants.

Les Kecherda allaient même piller au Kanem. Il y a une trentaine

d’années, ils assaillirent Ngossorom, village ḥaddâd des Toundjour. Mais

le fougbou réunit ses Toundjour et ses Ḥaddâd, suivit la trace des

pillards et les surprit pendant la nuit. Plus près de nous, il y a une

quinzaine d’années environ les Kecherda se réunirent à quelques Noarma

et à quelques Chirédat (Oulâd Slimân) pour aller tomber, à Bir es Samoq,

sur les Kanembou des Toundjour.

Quand nous fûmes installés à Yao, les Kecherda continuèrent à agir comme

par le passé. Cela amena notre intervention en mai-juin 1904 : les

Arabes Djaadné nous servirent de guides. Les Kecherda demandèrent alors

l’aman. L’année d’après, les Saqerda pillèrent des Arabes du Ouadaï

réfugiés chez nous (Zebada). Cela leur valut une répression sévère

(avril 1905), à la suite de laquelle les Saqerda passèrent au Ouadaï et

allèrent s’installer avec les Noarma. Ils vinrent dès lors faire des

incursions sur notre territoire et coopérèrent aux coups de main de

Badjouri. Mais ils furent pillés par les Ouadaïens et repassèrent chez

nous.

Ajoutons enfin que, quoique situés sur la frontière, les Kecherda n’ont

jamais rien eu à craindre de l’aguid el Baḥr, Badjouri, avec lequel ils

vivent en bons termes. C’est ainsi que, en fin 1906, celui-ci razzia les

Kreda mais ne toucha pas aux Kecherda. Badjouri a d’ailleurs épousé la

sœur d’un notable Kecherda, l’amin Dezgouad.

Les Kecherda sont bien moins nombreux que leurs voisins, les Kreda. Ils

sont riches en bétail, surtout en chameaux : les chameaux des Saqerda,

en particulier, sont très estimés. Ils ont également de nombreux et bons

chevaux.

Les Kecherda présentent beaucoup d’analogie avec les Kreda. Ils en ont

le physique et, comme eux, sont très bons musulmans. Ils ne boivent ni

merissé ni khall. Quelques-uns d’entre eux, assez rares d’ailleurs,

chiquent du tabac.

KECHERDA DE L’OUEST. — Passons maintenant au groupe kecherda de l’Ouest.

Ces Kecherda sont plus nombreux que leurs frères de l’Est, avec lesquels

d’ailleurs — et quoique éloignés — ils sont restés en relations. Les

Kecherda du secteur de Nguigmi vivaient autrefois dans la région de

Mallem Moussa (70 kilomètres au nord de Kouloua). C’étaient des pillards

fieffés, et ils razziaient volontiers — quand ils pouvaient le faire —

tout ce qui passait à leur portée. Ils allaient piller également du côté

du Bornou. Ils se procuraient ainsi des captifs, qu’ils vendaient

ensuite à Kawar. Comme tout le monde, ils payèrent leur tribut aux

pillards Oulâd Slimân.

Plus tard, ils furent razziés à Mallem Moussa par les méharistes du

Kanem (capitaine Mangin). Depuis leur soumission, et par crainte des

pillards du Nord (Tedâ, Medjabera, Haggaren, etc.), il sont descendus

plus au Sud. Ils sont installés actuellement dans la région de Ez Zi et

de El Djiéga, entre Bir Koufeï et Nguigmi. Ils ont beaucoup de chevaux

et de nombreux troupeaux de bœufs et de chameaux. Leur chef, Moḥammed

Kosso, réside à Krizziria.

Plus à l’Ouest, entre Nguigmi et le Kabi, on trouve encore quelques

Kecherda mélangés aux Ouandala.

Une fraction des Kecherda de Nguigmi, les Tordou[269], a émigré depuis

quelques années au Kanem : elle s’est installée vers Rig-Rig, dans le

Chitati. Avec les Tordou vivent les Mustaouagani, Toubou mélangés

d’éléments kanembou.

Il existe enfin un groupement de Kecherda dans le secteur de Gouré : il

est commandé par Kaïdalala Salé.

* * * * *

III

LES NOREA

Ces Dazagadâ sont originaires du Borkou. Il ne faut pas les confondre

avec les Kreda de même nom. Nous avons déjà vu que des Noreâ vivaient

avec les Ankatzâ de Oun et du Djourab. Il y a encore d’autres Noreâ au

nord du Ouadaï, où ils mènent la vie nomade. Ils sont d’ailleurs restés

en relations avec leurs frères du Borkou.

Cette tribu des Noreâ, peu nombreuse, promène ses troupeaux dans la

région comprise entre Ḥadjer Djoumbo, Am Chalôba et le Borkou. A la

saison sèche, elle campe sur les bords de l’ouadi Yên, entre Ḥadjer

Djoumbo et Am Chalôba. A la saison des pluies, elle réside à Am Chalôba.

Elle va aussi au Borkou faire la récolte des dattes et du blé.

Les Noarma possèdent des chevaux et de superbes troupeaux de chameaux.

Ils sont obligés de prendre des précautions extraordinaires, pour

soustraire leurs bêtes à la rapacité des Ouadaïens. Les chevaux restent

au campement, mais les troupeaux en sont toujours éloignés. Le lait est

mis dans des korios et apporté sur des chameaux. S’il y a une alerte

quelconque, des hommes sautent à cheval et vont immédiatement prévenir

leurs camarades préposés à la garde des troupeaux. Ceux-ci s’enfuient

alors dans des régions sans eau, où il est impossible aux Ouadaïens de

les atteindre.

Les Noarma sont à peu près seuls dans le pays qu’ils habitent. Leurs

plus proches voisins sont les Tedâ d’Am Chalôba et les Arabes Maḥâmid

d’Ourada. Le lait de chamelle est la base de leur nourriture. Ils font

une grande consommation de hadjlid et ont souvent recours, comme

boisson, à l’eau contenue dans une espèce de pastèque (_bettèkh_), qui

pousse dans les régions sablonneuses. Leurs chameaux mangent cette

pastèque.

Les Noarma paient l’impôt aux Ouadaïens et vivent d’accord avec eux.

S’ils prennent tant de précautions pour éviter d’être razziés, c’est

qu’ils connaissent parfaitement les habitudes de pillage des Ouadaïens.

Il est en effet dangereux d’avoir des troupeaux qui puissent exciter les

convoitises de ces derniers. De plus, comme les éleveurs de chameaux

peuvent s’enfuir dans des régions sans eau et échapper ainsi à toute

tentative de razzia, les Ouadaïens ne les aiment guère. C’est pourquoi,

en 1907, l’aguid ez Zebada, Aḥmed el Mâgné, enleva tous les chameaux

d’une fraction des Arabes Missiriyé.

Les Noarma vont à Abéché vendre leur beurre et le sel rouge du Borkou.

Ils prennent des maqta[270] en échange et achètent avec cela des

chameaux et du mil.

Les Noarma ont comme ennemis les Arabes Maḥâmid ; ils vivent à l’Ouest

et toujours assez loin de ceux-ci, car les deux tribus se volent les

chameaux.

Les Noarma sont à peu près aussi nombreux que les Kecherda du Baḥr el

Ghazal.

NOTE. — L’occupation du Ouadaï par nos troupes et l’installation d’une

compagnie méhariste à Ourâda, chez les Arabes Maḥâmid, ont amené les

Norea à faire leur soumission.

* * * * *

IV

LES CHEURAFADA[271]

Les Cheurafadâ vivent avec les Ayal Baba[272], Arabes auxquels sont

confiés les troupeaux du sultan. A l’hivernage, les deux fractions vont

ensemble dans la région d’Ourada, chez les Arabes Maḥâmid. A la saison

sèche, elles reviennent dans le pays de Mourra (village du sultan[273],

à deux jours à l’est d’Abéché, sur la route d’El Fâcher). Là, se

trouvent quelques villages, où vivent en sédentaires les plus pauvres

des Cheurafadâ. La majeure partie de la tribu fait avec ses troupeaux —

et en même temps que les Ayal Baba — la navette entre Mourra et Ourâda.

Les Cheurafadâ se mélangent volontiers aux Arabes : ils parlent le

gourân (médi Dazagadâ) et l’arabe.

Les Ayal Baba sont chargés de garder les troupeaux du sultan. Chaque

année, au moment du retour à Mourra, le sultan envoie un lettré

(_faguih_) faire le recensement des troupeaux. Celui-ci reçoit, en

récompense, le dixième de l’augmentation du troupeau depuis l’année

précédente. Quant aux Ayal Baba, Arabes du sultan, ils ont pour eux le

lait et les menus bénéfices du métier. Les troupeaux du sultan sont

marqués d’un signe particulier, qui est la représentation indigène de la

trace du lion (_derb ed doud_).

* * * * *

[Note 230 : Ce Maï Denâ (maître du monde) serait l’ancêtre des Maguemi.]

[Note 231 : En toubou, _Fôdi tinnémou_ : le fleuve mince.]

[Note 232 : Sultan du Ouadaï (1681 à 1707).]

[Note 233 : Sultan du Ouadaï (1707 à 1745).]

[Note 234 : Guignek se noya en passant le fleuve. Saber fut pris et mis

à mort.]

[Note 235 : Élèves-marabouts qui vont de village à village.]

[Note 236 : Ajoutons aussi que, dans des pays secs, c’est l’existence

qui convient le mieux aux troupeaux.]

[Note 237 : On pourra objecter, il est vrai, que certaines tribus arabes

devenues sédentaires (Oulâd Hemed, Oulâd Aḥmed, etc.) ne se sont

résignées à reprendre la vie nomade que par peur des pillages ouadaïens.

Mais il est bien évident que la force des habitudes contractées comme

sédentaires et la perspective d’aller vivre de doum et de hadjlidj

devaient rendre pénible le changement d’existence. Ce que nous disons

plus haut ne s’applique qu’aux indigènes qui ont toujours mené la vie

nomade et qui, aussi bien par habitude que par nécessité, ne peuvent pas

s’astreindre à devenir sédentaires.]

[Note 238 : Les Kreda vivaient assez d’accord avec les Toundjour : ils

se battirent cependant contre le fougbou Adem.]

[Note 239 : _Narhoum fasel_ : leur feu est mauvais.]

[Note 240 : D’origine kouka (_min ’ayal kemersa_), surnommé _Atoca pép_,

à cause de ses incongruités.]

[Note 241 : _Kolo madé tchodogo_ (toubou) : le tueur à l’œil rouge.]

[Note 242 : Le chef actuel s’appelle Isa Orî.]

[Note 243 : Les Saladâ doivent avoir habité autrefois la région de Bir

Salâdo, dans l’Egueï.]

[Note 244 : Les Ouânia sont probablement originaires de l’oasis de

Ouanianga, dont les habitants actuels (Bideyat) portent précisément le

nom de Ouania.]

[Note 245 : Les Derguima (gens de Dergui) tirent certainement leur nom

de l’oasis de Dirgui, dans le Kawar.]

[Note 246 : A rapprocher de Boltoâ, nom donné aux habitants de l’oasis

d’Ollouboï, dans le Borkou.]

[Note 247 : Probablement originaires de l’oasis de Kirdi, au Borkou.]

[Note 248 : Ce nom est le même que celui des Kanembou Déberi.]

[Note 249 : « Quand un Gourân est perdu dans la brousse — disent les

indigènes — il ne marche pas pendant la chaleur du jour. Il reste alors

caché dans des trous de hyène, la bouche bien couverte du litham pour se

garder de la soif. Grâce à sa résistance physique, il peut tenir ainsi

pendant longtemps, sans boire ni manger. » On dit généralement qu’un

Toubou peut rester quatre jours sans boire.]

[Note 250 : Il faut croire apparemment que le goût ouadaïen s’est

modifié, depuis le temps où Moḥammed et Tounesi écrivait les lignes

suivantes : « Ce qui m’a surpris, c’est que les Ouadaïens ont presque en

aversion la couleur des Gorâniennes. Ils trouvent leur teint trop

blanc ; aussi celles qu’on vend comme concubines ne sont jamais de haut

prix. » Le cheïkh varie d’ailleurs quelquefois dans ses appréciations

sur le degré de beauté des femmes. Dans son _Voyage au Darfour_ (page

272), par exemple, il range les femmes toubou parmi les plus laides des

femmes du Soudan. « Si on embrasse le Soudan tout entier, dit-il, depuis

l’est jusqu’à l’ouest, on remarque que les plus belles femmes sont sans

contredit celles de l’Afnô (Haoussa) ; après elles, toujours dans la

série la plus élevée, il faut ranger les Bâguirmiennes, puis les

Barnâouyennes et les Sennâriennes. A la série du second degré seront les

Ouadâyennes, et au-dessous les Fôriennes. Les plus laides de toutes sont

les femmes des Toubou et celles des Katakau ».

Il est en effet exact que les femmes kotoko sont franchement laides. Il

n’en est pas de même des femmes toubou ; on a d’ailleurs le droit de

s’étonner que, après cette appréciation peu flatteuse pour elles, le

cheïkh vienne, à un autre moment, nous parler de leur « beauté

remarquable ».]

[Note 251 : Hababa Kili était de la fraction des Saqerda et hababa

Zamzom de celle des Yria.]

[Note 252 : Chevaux de Ganastô. Ganastô est le nom du chef de la

fraction Yria.]

[Note 253 : Un chameau vaut deux vaches ou quarante moutons.]

[Note 254 : Ce nom a été étendu à la région située le long du baḥr,

principalement du côté de l’Est, qui constitue la zone de parcours des

Kreda et des Oulâd Hemed nomades et le pays d’hivernage des Kecherda.

Selon cette définition, le Baḥr el Ghazal est limité par le Kanem, le

Dagana, le pays des Kouka, la région appelée El Ḥarr (au nord du Fitri,

les Kecherda vont y passer la saison sèche) et enfin, du côté du Borkou,

par la zone d’influence toubou.]

[Note 255 : A Bolakolo, le baḥr se divise en deux : le bras le plus

important passe à Derdom, Hadid, Sôoué, Kabirom, Sigdia, Dabéram,

Douloumi, Martou, Arteï, Batcham et se continue dans le canton de

Kaboulou ; il envoie des ramifications à droite et à gauche, vers Doum-

Doum, vers Berirem, etc.

On peut dire, en somme, que le Baḥr el Ghazal ne se dégage nettement du

lac que dans la région Bolakolo-Tagaga. Nachtigal, qui a longé cet

affluent en 1873, au moment où il contenait encore de l’eau, signale

d’ailleurs que Tagaga se trouve « près de l’endroit où le Baḥr el Ghazal

sort du lac ».]

[Note 256 : Les observations de Nachtigal furent confirmées par le

regretté capitaine Mangin, qui avait beaucoup circulé avec ses

méharistes dans la région comprise entre Koal et le Borkou. Cet officier

croyait, avec Nachtigal, que le Baḥr el Ghazal était un effluent du

Tchad.

Signalons, d’ailleurs, que cette hypothèse est conforme à la tradition

indigène. Les Kanembou, les Arabes et les Kreda — c’est-à-dire les plus

anciens habitants de la contrée — disent en effet que le Baḥr el Ghazal

conduisait autrefois les eaux du lac jusqu’au Borkou.]

[Note 257 : Freydenberg, _Le Tchad et le Bassin du Chari_, page 79.]

[Note 258 : _Documents scientifiques de la mission Tilho_, tome II.]

[Note 259 : Pays des Kouri, à l’ouest du Dagana.]

[Note 260 : Notons, en passant, que _tororo_ est le mot employé par les

habitants de la région pour désigner le bois d’ambadj (herminiera).]

[Note 261 : Nachtigal.]

[Note 262 : La largeur du baḥr n’excédait pas celle du lit que nous

voyons actuellement dans le Dagana et auquel, comme nous l’avons déjà

vu, les indigènes donnent les noms de Massakôry et de Baḥr el Ghazal.

Les Kouri venaient alors sur leurs pirogues dans le Dagana, pour y

vendre du poisson fumé et de la viande d’hippopotame boucanée.]

[Note 263 : La lagune Fitri reçut également beaucoup d’eau cette année-

là. Il en fut de même pour la Batah de Laïri et le Baḥr Bourda, qui

amenaient respectivement autrefois les eaux du Chari et de la région du

Bar et Tiné (ou du Baḥr Rachid ?) jusque dans les pays de Moïto et de

Bokoro.]

[Note 264 : Le natron (soude carbonatée plus ou moins mélangée) est

assez abondant dans toute cette partie de l’Afrique Centrale : mares à

natron du lac, sources natronées et natron du Baḥr el Ghazal et du pays

appelé El Ḥarr (Kecherda), du Kanem, du Bodelé et du Borkou.]

[Note 265 : Nous désignons sous le nom de _Mourtcha_ le pays habité par

des Kreda sédentaires, dans la partie occidentale du Ouadaï (à l’est du

Baḥr el Ghazal, à l’ouest des Derren et au nord des Oulâd Rachid). Les

indigènes appelaient ainsi cette région.

Mais, d’une façon générale, le nom de _Mourtcha_ est réservé au pays

situé au nord du Ouadaï et désigne plus particulièrement le grand

plateau gréseux, dont le centre est à peu près marqué par les points

d’eau d’Am Chalôba.]

[Note 266 : « La légende sur l’origine des Kecherda se trouve appliquée

à d’autres pays de l’Afrique orientale, par exemple à l’histoire de la

fondation d’Adulis (Zoulla), en Abyssinie. » (René Basset.)]

[Note 267 : Étant données la mésestime en laquelle la tribu kecherda est

tenue par les autres Toubou et l’origine hébraïque attribuée à l’une de

ses fractions, la racine _kecher, kacher_ du mot _kecherda_ nous paraît

assez curieuse.]

[Note 268 : L’origine hébraïque des Medoumia est plus que suspecte :

elle a la même valeur que l’origine hébraïque attribuée aux Pouls et

Afghans. (René Basset.)]

[Note 269 : Tordou est vraisemblablement le même mot que Torodoâ (gens

du Toro). Ces Kecherda doivent avoir habité autrefois la partie du Baḥr

el Ghazal septentrional qui porte le nom de Toro.]

[Note 270 : Pièce d’étoffe légère d’environ 12 coudées, qui sert de

monnaie au Ouadaï.]

[Note 271 : Cheurafadâ : gens du Cheurafa. — Cela veut-il dire qu’ils se

sont mélangés à une tribu arabe de Cheurafa ? Il n’y a cependant de

Cheurafa, au Ouadaï, que dans le sud du pays, à côté des Salamat.]

[Note 272 : Ayal Baba : les enfants du père, les gens du sultan.]

[Note 273 : D’où le nom de _Doud-Mourra_ (lion de Mourra), donné au

sultan. Son vrai nom est Moḥammed Sâlèh.]

VI

LES ḤADDAD GOURAN

* * * * *

Nous allons parler maintenant d’une population non moins curieuse que

celle des Ḥaddâd _Siyâd nichâb_ du Kanem : les Ḥaddâd Gourân.

La région du Tchad et du Ouadaï; études ethnographiques, dialecte Toubou, Tome 1 (de 2) · 第 16 / 27 段