l’exploitation de l’autruche dans la région du Tchad, écrivait en 1909 :
« Les plumes noires valent à Fort-Lamy 9 fr. (3 thalers) le « retel »
(livre bornouane pesant environ 400 gr.), les plumes grisâtres et
blanches 4 fr. 50 à 6 fr. (1 thaler 1/2 à 2 thalers) seulement[113] ».
Il était persuadé, à juste titre, que l’élevage de l’autruche pouvait
être une source sérieuse de revenus pour le pays et qu’il fallait
« interdire sévèrement la chasse à l’autruche sauvage, de façon à
maintenir le nombre des reproducteurs, les indigènes ne sachant pas
actuellement obtenir la reproduction en captivité ». Nous ajouterons
même qu’il faudrait également empêcher les indigènes de ramasser les
œufs trouvés dans la brousse, pour les manger, faire des calebasses à
boire avec la coquille ou tout autre chose étrangère à la reproduction
de l’espèce. On ne saurait croire la quantité considérable d’œufs
d’autruche, qui sont détruits chaque année par les habitants du pays —
indépendamment, bien entendu, des méfaits imputables aux bêtes sauvages.
Avant la suppression de tout commerce avec le Ouadaï (1907), les
Djellaba achetaient les plumes d’autruche et l’ivoire des Ḥaddâd, pour
aller revendre le tout aux caravanes de Tripolitains qui venaient à
Abéché.
_Phacochère_ (ḥallouf, حلوف). — On le trouve partout. Sa chair n’est
mangée que par les fétichistes et les musulmans médiocres.
_Lion_ (doud, bach). — A crinière courte. On le trouve partout, même
dans les pays désertiques. Il abonde dans certaines régions : le long du
Chari, au Fitri, sur les bords de la Batah, etc. On l’entend souvent
rugir à la tombée du jour, la nuit et même le matin.
_Panthère_ (nemer, noumer, نمر)[114]. — Comme le gibier est abondant
dans la région du Tchad, la panthère n’a pas la férocité de celle de
l’Algérie ou du Congo. Dans ce dernier pays, la panthère est très
dangereuse. Ainsi, à Bétou[115], elle venait tous les soirs rôder dans
le village indigène. Le jour de notre passage dans ce poste, elle enleva
un boy, qu’on retrouva le lendemain matin avec seulement le haut du
crâne dévoré. Plus tard, dans la Côte-d’Ivoire, nous avons également
constaté que la panthère du pays était singulièrement audacieuse : l’un
de ces animaux vint, en plein jour, égorger une chèvre à côté du poste
établi au pied de la montagne des Ngbans ; chez les Memlés, la panthère
franchit, à plusieurs reprises, la clôture en planches qui protégeait
les divers groupes de cases, pour enlever des moutons attachés à
l’intérieur des habitations. La panthère du Tchad attaque rarement
l’homme. Nous citerons toutefois l’exemple de deux indigènes, suivant
tranquillement un sentier, qui furent attaqués par une panthère. Comme
ils étaient armés, ils purent la tuer, après avoir été mis cependant en
fâcheux état. De pareils exemples sont très rares.
_Guépard_ (semoua[116]). — Un peu plus petit que la panthère. La robe
est tachetée de noir sur fauve clair. Les ongles ne sont pas
rétractiles. Le mâle a une crinière et la face entourée d’une auréole de
longs poils. Cet animal n’est pas dangereux. Isolé, il s’attaque parfois
aux troupeaux de moutons. Mais les guépards chassent surtout par bandes.
Nous avons eu l’occasion de voir, par exemple, une antilope bubale ainsi
chassée venir s’abattre à côté du chemin que nous suivions. Les guépards
prirent la fuite à notre approche, et les Arabes qui étaient avec nous
ne manquèrent pas de s’écrier : _Allah djâb lénâ el leḥam !_[117] Les
indigènes racontent des histoires invraisemblables sur l’audace de ces
bandes de guépards, qui iraient jusqu’à attaquer le lion[118]. Le
guépard se laisse très facilement apprivoiser. L’ancien sultan de Zinder
en avait cinq ou six qui lui servaient à chasser la gazelle, le lièvre
et la pintade.
_Chat-tigre_ (guétté nemouriyé)[119]. — Nous n’en avons vu que pendant
la nuit, à Massakory, où l’un de ces animaux venait presque tous les
soirs visiter le poulailler.
_Hyène_ (marfeïn). — La hyène est très audacieuse. Elle enlève des
moutons et même des chiens dans les villages, et elle pénètre dans les
postes, où elle vient rôder autour des cuisines. Les indigènes nous ont
raconté des histoires de hyènes venant enlever, pendant la nuit, des
femmes et des enfants. Nous avouerons d’ailleurs que, par suite des
précisions apportées à leurs récits, nous avons été obligé de leur
accorder une certaine créance.
_Chacal_ (bachoum). — Ne s’attaque guère qu’aux poulaillers.
_Eléphant_ (fil, فيل). — L’éléphant se fait de plus en plus rare dans la
région du lac, où Barth et Nachtigal avaient signalé de grands troupeaux
et de nombreuses pistes de ces animaux. A l’heure actuelle, il n’y en a
plus guère. Ceux qui restent se réfugient dans des marécages aux grandes
herbes, et il est dangereux de les y poursuivre. On en trouve encore
quelques-uns, paraît-il, au nord-ouest du lac, dans la région de
Nguigmi, et certains petits troupeaux circulent dans le pays des Kreda
et des Kecherda. Les éléphants sont beaucoup plus nombreux dans les pays
marécageux du Sud : au Baguirmi, le long du Chari, dans la région du
Baḥr Salamat, etc.
Pour la chasse à l’éléphant, les Ḥaddâd ont une lance spéciale, un peu
lourde et au fer empoisonné. L’un d’entre eux est posté sur un arbre et,
quand les éléphants sont rabattus de son côté, il plante sa lance dans
le corps de l’un de ces animaux. On dit aussi qu’un cavalier se fait
poursuivre par un vieux mâle et qu’il force la bête à passer au pied de
l’arbre, où se tient le Ḥaddâd armé de la lance. Les autres indigènes
creusent des fosses sur les pistes suivies par les éléphants[120]. Ils
peuvent aussi chasser l’éléphant à cheval. Un cavalier poursuit alors la
bête et lui fait, avec une grosse lance, une large blessure à la cuisse
ou à la jonction des deux cuisses. Il ne reste plus ensuite qu’à prendre
la trace de l’animal et à l’achever de loin, à coups de sagaie.
_Rhinoceros_ (abouguern, ابو قرن). — N’a pas la peau renforcée par des
boucliers, comme les deux espèces vivant en Asie et à Java. Dans la
préface du _Voyage au Ouadaï_ du cheïkh Moḥammed el Tounsi, Jomard
cherche à distinguer l’_abouguern_ — qu’il appelle _unicorne_ et
_monoceros_ — du _kerkedân_[121]-, auquel il donne le nom de
« rhinocéros ordinaire à deux cornes ». Il cite, à l’appui de sa thèse,
un certain nombre d’opinions de savants et d’observations faites par
divers voyageurs, et il remonte même jusqu’au monoceros de Pline et au
réem de la Bible. En réalité, l’abouguern appartient au groupe des
rhinocéros à deux cornes. Il existe une espèce particulière d’abouguern,
dont la grande corne, très effilée, atteint 60 et même 80 centimètres.
Cette corne diffère par l’aspect de celle du rhinocéros ordinaire, qui
est courte et grosse : sa structure intime semble, d’ailleurs, être
également différente. Jomard croit que l’abouguern a la corne sur le
front, entre les deux yeux. C’est une erreur : la grande corne est
placée bien au-dessous des yeux. Le rhinocéros, qui se tient de
préférence dans les endroits marécageux, a presque toujours le corps
recouvert de grandes plaques de boue desséchée. On peut distinguer deux
nuances dans la couleur de la peau : les uns sont d’un gris blanchâtre
et les autres d’un gris beaucoup plus foncé.
Le rhinocéros est bien l’animal le plus stupide qui se puisse imaginer :
ses accès de furie idiote le rendent d’ailleurs éminemment dangereux,
dans les endroits de grandes herbes ou de fourrés. Quand on rencontre un
rhinocéros dans la brousse, il fait généralement comme toutes les bêtes
sauvages : il s’enfuit. Il n’est pas rare cependant d’être chargé par un
abouguern dont on ne soupçonne même pas la présence. Nous pourrions
citer de nombreux exemples : une pauvre femme se rendant au marché fut
renversée par un rhinocéros qui, heureusement pour elle, s’acharna sur
son panier ; des indigènes, qui suivaient un sentier, se virent
assaillis de la même façon et l’un d’entre eux fut rejoint dans sa fuite
et cloué à un arbre par un coup de corne ; une compagnie, en train
d’exécuter un tir, vit également un de ces animaux foncer sur elle ; un
Arabe conduisant un bœuf fut chargé par un rhinocéros, qui éventra le
bœuf ; dans les pays où ils abondent, des rhinocéros ont parfois fait
irruption dans les villages, tuant et blessant un certain nombre de
personnes, etc. ; enfin — pour citer un exemple personnel — nous fûmes
chargé un jour, sur les bords du Chari, par un rhinocéros que nous
n’avions pas vu : il se précipita vers nous, d’un bouquet de grands
roseaux qui se trouvait à 200 mètres, en poussant au début une espèce de
mugissement, et il continua sa course avec un grognement bizarre et en
soufflant bruyamment. C’est pourquoi le rhinocéros est fort redouté des
indigènes. Il est en effet dangereux dans les endroits très fourrés,
quand l’herbe atteint une grande hauteur, ou quand les plantes rampantes
obligent le chasseur à lever la jambe très haut : c’est surtout là qu’il
se tient, d’ailleurs. En terrain découvert, on n’a rien à craindre de
cet animal, car il file toujours droit devant lui.
Langsdorf porte un jugement peu favorable. « Le rhinocéros, dit-il, a
mauvais renom. Seul de tous les animaux de la brousse, il charge l’homme
à vue ou sitôt éventé ; mais, en terrain découvert, sa vue trop basse et
sa stupidité invétérée en font un adversaire relativement peu
redoutable. Les caravanes ont surtout à souffrir de ses attaques. Qu’un
rhinocéros, errant au hasard, vienne à croiser une piste où l’une
d’elles a passé, son odorat très fin aussitôt la décèle. A l’instant il
voit rouge. Dans un transport aveugle, il s’enfourne dans la piste et
arrive en trombe sur les hommes affolés. Les charges sont jetées à
droite et à gauche, au hasard, et les porteurs se dispersent en tous
sens. Parfois la bête s’acharne sur les caisses et les réduit en miettes
avant d’assouvir sa rage. Pourtant, il est rare qu’elle revienne sur ses
pas ; c’est une avalanche qui passe et continue sa course
dévastatrice[122]. »
Selon nous Langsdorf a tort de croire que cet animal charge toujours
l’homme. Il nous est arrivé plusieurs fois, à la chasse, de tomber nez à
nez avec un rhinocéros, qui, entendant remuer les grandes herbes, nous
avait tranquillement attendu. Cet animal n’est vraiment dangereux que
lorsqu’on traverse des endroits fourrés ou quand on s’engage dans les
hautes herbes d’une région marécageuse.
La corne du rhinocéros sert à faire des manches de couteau et des objets
de parure. Il paraît que les caravanes de Tripolitains achètent
volontiers les cornes qu’on leur présente. En tout cas, les Djellaba,
leurs pourvoyeurs, recueillaient toutes celles qu’ils pouvaient trouver
dans le pays. Peut-être cette marchandise est-elle expédiée en Extrême-
Orient, où la corne du rhinocéros est considérée comme aphrodisiaque et
se vend très cher.
Le rhinocéros est répandu un peu partout. Il aime surtout les pays
marécageux : c’est pourquoi il abonde le long du Chari et au Baguirmi.
On le trouve également sur les bords du lac, dans la vallée de la Batah
et jusque chez les Kecherda. Les indigènes le chassent à cheval et le
tuent à coups de sagaie[123].
_Buffle_ (djamous, جاموس). — Extrêmement dangereux. Nous pourrions citer
de nombreux exemples de chasseurs qui, chargés par un ou plusieurs
buffles, furent obligés de se réfugier sur un arbre. Cet animal habite
surtout les régions marécageuses du Baguirmi et des bords du Chari.
Partout où il existe, au Congo, au Tchad, comme en Côte-d’Ivoire et dans
l’Ouganda, le buffle est fort redouté des indigènes. Le troupeau tout
entier fonce parfois sur le chasseur. Il est très dangereux, au surplus,
de poursuivre un buffle blessé : cet animal se dissimule dans les
roseaux ou dans les hautes herbes, et malheur à l’imprudent qui passe à
côté de son repaire. Nous ajouterons, à ce propos, qu’une grande
antilope du genre kob, habitant la forêt de la Côte-d’Ivoire, procède
d’une façon analogue : des chasseurs indigènes sont quelquefois éventrés
par cette bête — alors qu’un pareil accident est extrêmement rare dans
les pays du Tchad.
* * * * *
_LES TRIBUS ḤADDAD_
Presque toutes les tribus ḥaddâd portent le même nom que des fractions
kanembou. Cela n’a d’ailleurs rien d’étonnant, car ces Ḥaddâd ont pris
le nom de la tribu kanembou avec laquelle ils vivaient et dont ils
dépendaient. Au lieu de dire _Ḥaddâd des Kankou_, par exemple, on a dit
tout simplement _Ḥaddâd Kankou_. Les fractions kanembou et Ḥaddâd de
même nom habitent généralement la même région : les Kankou à Ngouri et à
Mondo ; les Nguedjém et les Toumagueri à Dibinentchi, etc.
Voici la liste des tribus ḥaddâd :
Bôgara, à Dibinentchi et au Dagana ;
Regâ et Amadiâ, à Dibinentchi ;
Darkoâ, à Ngouri et Mondo.
Toumâgueri, Molérou (Moloriou, Malero), Léguéréa, Nguedjim, Koufri, Keï,
à Dibinentchi.
Déberi, Kaoua, Danka, Maguegnâ, Ngourodembaro, Brago, Kankou, à Ngouri
et Mondo.
Bari Tchiloumbou, Magueï (Maguemi), Aïrou (Adjirou), Adjembô, à Ngouri.
Une fraction des Ḥaddâd, les Mallem Massarou[124], qui prétendent être
d’origine toubou, sont des fagara (marabouts). Au Kanem, les forgerons
sont généralement des forgerons de Toubou (ar. : Ḥaddâd gourân ; kan. :
Dogoâ touôbé). Ils sont, pour la plupart, originaires du Chitati et
possèdent, comme armes, la lance et la sagaie. Il n’y a que les
forgerons d’une seule fraction — non toubou d’ailleurs — qui possèdent
un arc et des flèches : ce sont les _Ḥaddâd Kogoulourou_.
Signalons également les _Ḥaddâd gotôn_, qui tissent des gabag et ne se
rattachent pas au groupe des Siyâd nichâb : on en trouve au Chitati.
Enfin, il y a aussi des Ḥaddâd chez les Boudouma. « A côté des
Boudoumas, et dans leurs villages, se trouvent des _Dougous_ ou
_Ḥaddâdi_, méprisés, en demi-captivité ; ils sont exploités par les
chefs des villages boudoumas où ils exercent les métiers de forgerons,
pêcheurs et tisserands. C’est parmi leurs femmes que l’on trouve les
matrones. Ces Ḥaddâdi ont conservé le teint clair et se rapprochent
beaucoup plus du type Foulbé que les Boudoumas. Ces derniers, d’après
leurs coutumes, ne doivent jamais prendre comme captif un Foulbé[125]. »
Ces Ḥaddâd ont donc une origine tout à fait particulière et se
rattacheraient plus ou moins aux Pouls ou aux captifs de Pouls. Nous
avons déjà vu que, d’après la tradition, les Pouls furent les premiers
occupants du Kanem et du Chitati, et qu’ils partirent ensuite vers
l’Ouest.
Nous savons ce qui distingue les Kanembou des Ḥaddâd. Il nous reste
maintenant à parler de la danse de ces derniers.
Les Kanembou et les Ḥaddâd possèdent les trois instruments suivants :
Le tam-tam ordinaire (ganga, gangaya), cylindre étroit et allongé, dont
chaque fond est une peau tendue et qui ressemble au tambourin
provençal[126]. Il peut se suspendre au cou au moyen d’une courroie et
est alors placé devant le corps soit horizontalement, soit
verticalement.
Un tambour plus petit, dont la forme conique et légèrement arrondie ne
comporte qu’un seul fond ; il se suspend également au cou et on frappe
dessus avec deux baguettes ; enfin un tambour de même forme que le
précédent, mais beaucoup plus grand, la _noungara_ des Arabes.
Les Ḥaddâd ont, de plus, un instrument qui leur est particulier
(_bala_). Il se compose de deux cylindres, plus étroits que la ganga,
accolés ensemble. Le bala rend un son métallique.
Dans les danses ḥaddâd, les femmes tournent autour de l’instrument et
avancent en faisant de petits sauts et en agitant leur vêtement : les
hommes forment le cercle extérieur et tournent en levant chacune de
leurs jambes, successivement et très haut, et en agitant leur boubou.
Quand un jeune homme veut faire une déclaration à une danseuse, il
s’avance vers elle, le corps plié en deux, le buste presque horizontal,
en poussant un petit sifflement rythmé : la jeune fille danse alors sur
place.
Enfin les Ḥaddâd font aussi leur tam-tam en armes. Ils tournent autour
de l’instrument et, tout en se balançant en cadence, bandent leur arc en
le dirigeant vers le ciel.
* * * * *
[Note 93 : _Ḥaddad_ حداد, en arabe, veut dire « forgeron ». Le pluriel
est _ḥaddadin_ حدادين « forgerons ». Cependant, pour désigner la tribu,
le singulier est _ḥaddâdi_ حدادي et le collectif _ḥaddâd_.
En arabe régulier, _nochchāb_ نُشّاب, _nochchābat_ نشَّابة (nom d’unité)
sert à désigner une flèche de bois ; _nachchāb_ نَشَّاب désigne un
fabricant de flèches de bois. _Ḥaddâd nichāb_ signifie donc : les
forgerons armés de flèches, les forgerons de flèche.]
[Note 94 : _Sandala_ (ar. سندان), _kakéla_, _agueli_, enclume.]
[Note 95 : _Nichâb_, flèches ; _battara_, étui à flèches.]
[Note 96 : _Cherek_ شرك, _sésséguéa_, _ségui_, filet de chasse.]
[Note 97 : _Kouliaï_ veut dire « fils de Koulia ». Ce dernier nom devait
être probablement celui de la femme boulala.]
[Note 98 : Nous savons que les Tomâghera sont d’origine toubou
(Nachtigal, _Sahara und Sudan_, II, p. 337-338). Notons, en passant,
qu’il semble résulter de tout ceci l’existence de certains liens de
parenté entre Boulala et Toubou. Nous avons déjà signalé le fait et nous
aurons l’occasion d’en reparler.]
[Note 99 : On pourra objecter, il est vrai, que beaucoup de noms de
fractions sont communs aux Kanembou et aux Ḥaddâd. Comme nous le dirons
plus loin, il est fort probable que les Ḥaddâd ont tout bonnement pris
les noms des tribus kanembou avec lesquelles ils vivaient.]
[Note 100 : Rappelons, à ce sujet, ce que nous avons déjà dit de
l’origine esclave attribuée aux Kanembou Nguedjim du Kanem.]
[Note 101 : Signalons, à ce sujet, les renseignements donnés par
Nachtigal sur les Manga, peuplade habitant la région du Bornou située au
nord de la haute komadougou Yôoubé. « C’est une race vigoureuse d’assez
haute taille, mais lourde, vilaine de traits, qui n’a pour tout vêtement
qu’un tablier de peau, et porte, en sus de l’arc, une petite hache de
combat à l’épaule. Ce genre d’armement, joint à sa façon d’enclore ses
bourgades de fourrés protecteurs, ainsi qu’à l’habitude des femmes de se
voiler le visage à la mode toubou, donnerait à penser que les Manga du
Bornou pourraient être un rameau détaché de ces Danoa, qui semblent
avoir peuplé originairement le district kânemois du Manga ; mais, d’un
autre côté, la similitude de noms peut fort bien être ici toute
fortuite, l’identité des Danoa avec les Manga est d’ailleurs loin d’être
démontrée, et une tribu aussi nombreuse n’aurait guère pu émigrer du
Kânem au Bornou sans qu’il en fût fait mention par les chroniques ou la
tradition. » (_Sahara und Sudan_, II, 430.)
Nous avons eu l’occasion d’interroger des indigènes qui connaissaient
très bien les Manga et les Ḥaddâd. Il n’y a, paraît-il, aucune
ressemblance entre les deux populations. Les mœurs ne sont pas les
mêmes. Les détails de l’armement diffèrent : la hache de combat n’existe
pas chez les Ḥaddâd ; l’arc est à simple courbure chez les Manga et
leurs flèches ne sont pas comme celles des Ḥaddâd. Ils n’ont pas non
plus le sac en cuir (_battara_) et l’étui à flèches de ceux-ci. Enfin —
et c’est là la meilleure raison — les Ḥaddâd n’ont jamais entendu parler
d’une parenté quelconque avec les Manga.]
[Note 102 : Des caravanes de pèlerins musulmans, se rendant à la Mekke,
traversent fréquemment la région du Tchad. Ces indigènes sont
quelquefois des Soudanais ou même des Sénégalais, mais le plus souvent
des Haoussa et des Pouls de la Nigéria anglaise et du Cameroun. Ils sont
presque toujours misérables ; les chevaux, les animaux porteurs (bœufs,
ânes) sont très rares, et les femmes portent sur la tête les calebasses
qui contiennent la fortune des ménages. Les pèlerins vendent quelques
objets de pacotille qu’ils ont emportés avec eux. Mais ce petit commerce
ne dure pas longtemps. Ils font alors, en route, des métiers de
fortune : ils vont chercher, par exemple, du bois sec qu’ils troquent
contre quelques poignées de mil. Ils vivent aussi de la charité
publique. Ces passages de pèlerins sont d’ailleurs très fréquents, et le
voyage à la Mekke n’a parfois été qu’un habile prétexte pour dissimuler
la traite des esclaves : en août 1907, par exemple, une caravane qui
traversait la région de Melfi renfermait 27 esclaves, la plupart enfants
de 6 à 10 ans, qui furent libérés et confiés à des gens du cercle ; des
constatations analogues furent faites au poste-frontière de Yao. C’est
pourquoi, dans ces dernières années, les caravanes étaient
minutieusement visitées, lorsqu’elles quittaient le territoire du Tchad
pour passer au Ouadaï.
Nous donnons ci-dessous l’itinéraire qui était généralement suivi
autrefois : Nigéria anglaise, Dikoa, Koussouri, Fort-Lamy, Bikoro, Yao,
le Médogo, Birket-Fatmé, Am Ḥadjer, Abéché, le dar Sila, Dahor (dans le
Darfour), En Nouhout (premier poste anglais), El ʿObeïd, Douyèt (Douem),
sur le Baḥr el Abiad, Ouad Madâni, sur le Baḥr el Azreq, Gadâré
(Gedâref), Kassala (frontière abyssinienne), et de là Asmara ou
Massaoua, mais surtout Tokar et Souakin. Les voyageurs passent alors la
Mer Rouge, débarquent à Djedda et vont à la Mekke (el Mekka) à dos de
chameau.
Les pèlerins sont vus d’un œil assez indifférent par les populations
musulmanes du Tchad et ils sont parfois même maltraités. Ces gens,
musulmans fanatiques, sont généralement armés d’arcs et de flèches
(Haoussa et Pouls). Leur grand nombre constitua jadis un grave danger
pour les États des bords du Chari. Le faqih Cheref ed Din, Poul de
naissance et originaire des pays du Niger, pénétra dans le Baguirmi, du
côté de Bougouman, en 1857, avec une troupe immense de pèlerins
qu’attirait sa réputation de sainteté : on le considérait comme Mahdi.
L’armée du faqih fut encore grossie par des Arabes, Pouls et autres
indigènes du Bornou et du Baguirmi, sa garde personnelle était
constituée par des Pouls de l’Ouest, armés d’arcs et de flèches. Le
sultan du Baguirmi, ʿAbd el Qâder fut battu et tué par Cheref eddin.
Mais celui-ci, après sa victoire, tourna du côté du Sud, vers Niellim et
le pays des Boua : la faim et la misère éprouvèrent cruellement la
multitude qui le suivait, et beaucoup de pèlerins l’abandonnèrent pour
retourner chez eux. Le faqih ayant été tué dans une reconnaissance, le
reste de ses troupes se dispersa. Les fétichistes et les Baguirmiens en
massacrèrent une partie : le fils et successeur d’ʿAbd el Qâder,
Moḥammed, se montra particulièrement dur envers les Arabes qui avaient
suivi le marabout poul, et sa cruauté lui valut d’être surnommé _Abou
Sekkin_ (l’homme au couteau).
Avant la prise d’Abéché, les pèlerins étaient assez souvent maltraités
au Ouadaï. Ils pouvaient parfois se défendre et, en septembre 1904, des
Haoussa, attaqués dans le Médogo, repoussèrent leurs agresseurs. Les
Ouadaïens les ont accusés, à plusieurs reprises, d’avoir empoisonné des
puits : il ne faut voir là probablement qu’un prétexte à pillage et
qu’un trait de la haine qui anime les sujets de Doud-Mourra envers les
étrangers. En septembre 1907, plusieurs caravanes de pèlerins furent
pillées par le djerma Abou Sekkin et l’aguid el Basour. Aussi, dans ces
derniers temps, la route de la Batha était-elle désertée par les
pèlerins, qui passaient plus au Sud, dans le cercle de Melfi. Mais, au-
delà de la frontière, les mêmes risques se représentèrent et, en 1907,
le lieutenant Brûlé dut châtier les Arabes Hémat, détrousseurs et
assassins de pèlerins.
La voie du Kouti était également fort utilisée. Elle présentait du
reste, l’avantage de se prêter tout particulièrement au trafic des
esclaves. Le sultan Senoussi, marchand d’esclaves lui-même, entretenait
les meilleures relations avec les Pouls fanatiques qui traversaient son
territoire. D’une façon générale, les captifs emmenés par les caravanes
appartenaient aux populations païennes du Logone et de la rive gauche du
Chari. Les pèlerins passaient à Ndélé, pénétraient dans le Soudan anglo-
égyptien à Kafiakindji et, par Kabeluzu et Abou Gobra, allaient
rejoindre la grande route de la Mekke à En Nouhout.]
[Note 103 : Ce vernis craint beaucoup l’humidité.]
[Note 104 : « Les flèches des Ḥaddâd — disaient les Oulâd Slimân — sont
semblables aux frelons ».]
[Note 105 : Le poison a pour effet de rendre noir l’endroit de la
blessure. Les Ḥaddâd enlèvent cette partie et la jettent.]
[Note 106 : Les petits céphalolophes se trouvent surtout dans la partie
sud du Baguirmi et du côté du Congo. Dans ce dernier pays, il existe une
antilope minuscule, dont les toutes petites cornes servent de parure aux
indigènes (Mandjia, Banda, etc.), qui les suspendent à leurs oreilles.]
[Note 107 : C’est à tort que Nachtigal donne au kob le nom baguirmien de
_binia korô_. D’ailleurs, le mot _binia_ signifie « chèvre ».]