Nous avons déjà dit qu’Assakélé était la fille du sultan boulala Kalo,

qui régna autrefois au Kanem. Les chansons kanembou rapportent que Kaléa

djerma Meleï, captif du roi du Bornou chargé d’un commandement

militaire, résolut d’aller chercher la belle Assakélé jusque « dans le

feu » et d’en faire sa femme. Les guerriers bornouans, sous la conduite

de ce chef, marchèrent sur le Kanem, où ils trouvèrent Ndéfé, fils de la

sœur de Kalo, en train de couper des racines d’acacia-sayal, pour en

faire des bois de sagaie. Le djerma, qui se vit refuser Assakélé,

l’enleva de vive force et la guerre éclata entre lui et Kalo. Beaucoup

de chansons kanembou retracent les péripéties de la lutte séculaire

entre Bornouans et Boulala.

Les Diâbou seraient les descendants des Boulala qui habitaient autrefois

la région de Métalla.

KADJIDI, KORIO, KANKENA. — Ces tribus se trouvent dans la région du lac

et s’étendent depuis le Kanem jusqu’aux terres des Kouri et des

Boudouma. Certaines fractions habitent le Tchad depuis longtemps,

d’autres depuis une époque relativement récente.

La région du lac a toujours servi de refuge aux gens fuyant devant les

incursions de leurs ennemis, Ouadaïens, Oulâd Slimân, etc. ; et c’est

ainsi que certains Kanembou s’y sont fixés à demeure et sont devenus en

tous points semblables aux Kouri, leurs voisins. Comme ces derniers, ils

possèdent actuellement de nombreux troupeaux de bœufs du Tchad, de

grande taille et aux longues cornes.

Au temps où les eaux du lac remplissaient les baḥrs de leur région, ils

se trouvaient dans des îles, tout comme les Boudouma encore

actuellement. Par suite du mouvement de recul des eaux du Tchad, les

baḥrs se sont vidés et ce n’est qu’après l’hivernage, au moment de la

crue du lac, qu’ils se remplissent plus ou moins. Certains Kanembou sont

même assez loin de l’eau libre du Tchad pour ne se retrouver dans des

îles — comme cela avait lieu normalement il y a une dizaine d’années —

que lors d’une crue exceptionnelle, comme celle de 1906.

Les Kanembou du Tchad et les Kouri parlent généralement les deux

langues.

KADJIDI : Bôgara, Kougoua, Isa, Ngalên, Djôa, Medelaï, Boudouma.

Dans la région de Bol (canton de Abba) et quelques-uns dans la région de

Michiléla (ancien canton de Salékanya). Nous avons déjà expliqué

pourquoi deux fractions de cette tribu ont été appelées Ngalên et

Boudouma.

Les Kadjidi seraient le produit d’un mélange de Kanembou avec les

nombreux esclaves que les Maguemi possédaient autrefois au Kanem.

KORIO : Kadja, Kiriou, Keliou, Dalla, Oualéa.

On trouve les Korio dans le canton de Kaboulou et chez les Kouri Kerawa.

Ils habitent principalement la région de Kaïra. Ces Kanembou se sont

fortement mélangés aux Kouri.

KANKENA : Malloua, Kaguimma, Kadjiraou, Kaoua, Dallâna, Aoudoua,

Maradoua, Seroua, Braïna, Dinâra, Ngalên, Solôo[86].

Les Kankena habitent, au Nord, la région de Mattégou et de Kamba, au

sud-est de Kouloa : ils exploitent des mares à natron.

Du côté du Sud, ils forment le canton du kachalla Taher, à côté des

Kouri-Kerawa (chef Djibrin), et celui d’ʿAli Katchimi, dont le centre

est Douloumi, au nord-est des Kouri-Kaléâ (chef Mousa ould Daouda).

KOUBOURI[87] : Borkoubouâ, Amsa, Limanoa, Djilloua.

A l’ouest de Mao et, du côté du lac, à Kiskawa, Kaléboa, Kologo et Diaga

Kobirom.

SOUGOURTI. — Du côté de Kologo.

TCHIROUA. — Du côté de Bir Alali. Ils parlent le kanembou et le gourân

et vivent à côté des Hawalla[88] (ou Famalla), population toubou mêlée

d’éléments kanembou.

Leur chef porte le titre de _fougbou_.

TOUMÂGUERI. — D’origine toubou. Ils habitent la région de Dibinentchi.

FÔDDA. — Autour de Mondo et au Dagana. Les Fôdda seraient d’origine

toubou et apparentés aux Ngalamiya. Leur nom signifie d’ailleurs, en

toubou : habitants ou originaires du Baḥr el Ghazal (sing. _Fôdidé_).

NGUEDJIM : Mâda, Ngadja, Oullia, Magâ[89], Kaïlerou, Bogar-Kourâ,

Kaloua, Kaléa, Alia.

Habitent la région de Dibinentchi. Leur chef porte le titre de

_galadima_.

Au Kanem, on dit couramment que les Nguedjim sont les descendants des

captifs que possédaient les Boulala, lorsque ceux-ci régnaient au Kanem.

En kanembou, on dit d’un Nguedjim : _tambelaï kaléa koléa_ (fils de gros

nombril[90], captif et mauvaise tête). Eux se prétendent les descendants

des Nguedjem, c’est-à-dire de Boulala authentiques. Remarquons, en

effet, que les Boulala du Fitri comprennent trois fractions et que l’une

d’entre elles porte le nom de Nguedjem : Maglafia (probablement Mâga-

Lafia[91]), Batoa, Nguidjemi.

Ces Nguedjim du Kanem semblent être les descendants de Boulala qui ne

prirent pas part à l’exode de leur tribu vers le Baḥr el Ghazal et qui

se mélangèrent peut-être à d’anciens captifs de Boulala restés avec eux.

Quoi qu’il en soit, les Nguedjim se sont étroitement unis aux Kanembou,

parlent le kanembou — qui est d’ailleurs la langue primitive des Boulala

— et sont considérés comme Kanembou.

GOUDJIROU : A Goudjer (Mondo).

Les Goudjirou sont des Kouka qui, fuyant le Fitri au moment de la

conquête du pays par les Boulala, vinrent se réfugier au Kanem. Ils sont

considérés actuellement comme Kanembou et le nom qu’ils portent est

celui de l’endroit où ils se sont installés. Ils ne parlent plus le tar

lis et ne connaissent que le kanembou et le gourân. Ils se rappellent

cependant leur origine et se disent Kouka : _endi Kouka, tantâ Kouka_

(nous sommes des Kouka). La région qu’ils habitent au Kanem est célèbre

par ses savonniers (balanites ægyptiaca) :

_Nourout Mao toumer_, Mao est connue pour ses dattiers.

_Nourout Goudjer hadjlidj..._, Goudjer l’est pour ses hadjlidj...

REMARQUE. — Nous venons de donner la classification généralement usitée

au Kanem. Il est facile de se rendre compte qu’elle n’a rien de

rigoureux. Plusieurs fractions kanembou (Koufri, Keï, Déberi ou Débberi,

Adjirou, etc.) ne sont d’ailleurs pas comprises dans cette nomenclature.

Il est vrai qu’elles comptent parmi les moins importantes.

Nous verrons, plus loin, que la presque totalité des tribus ḥaddad porte

le même nom qu’un certain nombre de fractions kanembou.

* * * * *

_DALATOUA_

Nous avons déjà vu que les Dalatoua sont les descendants des Bornouans

venus au Kanem avec le chef Dalafno (ʿAbd Allah Afno). Ils se disent

d’origine maguemi. Ils habitent la région de Mao. On les appelle

Dalatoua et aussi Bôrnou. Ils sont commandés par un alifa (corruption de

khalifa). L’alifa actuel est Ari, dit Mala, fils de Mousa (celui qui fit

assassiner von Beurmann)[92].

* * * * *

[Note 1 : _Grammar of the Bornu or the Kanuri language_, p. 33.]

[Note 2 : _Sammlung und Bearbeitung Central-Afrikanischer

Vokabularien_ : Einleitung, XLVI.]

[Note 3 : Les Kanembou ont l’habitude d’articuler à peine certaines

consonnes. C’est ainsi qu’ils prononcent presque _tououâ_.]

[Note 4 : Tou est le nom que les Tedâ donnent au Tibesti.]

[Note 5 : On raconte qu’un captif du Bornou, se rendant sur les bords du

lac afin de ramasser de l’herbe (_boudou_) pour les chevaux, fut enlevé

par un groupe d’habitants des îles. De là le nom de _boudou-ma_ (les

hommes de l’herbe) qui fut donné à ces derniers. Selon une autre

version, l’insulaire du Tchad est appelé _boudou-ma_ (l’homme aux

herbes), parce qu’il vit au milieu des herbes du lac.]

[Note 6 : Cette remarque peut s’appliquer aux noms des fractions des

Maguemi habitant le Bornou : _Oumêoua_ (gens d’Oumê), _Tsilimoua_ (gens

de Tsilîm), _Birioua_ (gens de Biri), _Dalaoua_ (gens de Dala). Ces noms

semblent, en effet, devoir être : _Oumêboua_, _Tsilimboua_, etc. On

pourrait alors conclure que le singulier est _bou_ et le pluriel

_boua_.]

[Note 7 : Dans toute cette partie de l’Afrique, les Pouls sont appelés

Foulata par les autres indigènes ; les Arabes leur donnent le nom de

Fellahta.]

[Note 8 : Cf. aussi Blau, _Chronik der Sulṭâne von Bornu_ (_Zeitschrift

der deutschen Morgenländischen Gesellschaft_. Leipzig, 1852), p. 309,

qui lui donne une étymologie fantastique, étrangère au Yémen, et

remontant jusqu’à Adam par Ismâʿîn (Ismaʿil) et Abraham.]

[Note 9 : M. René Basset nous renvoie d’ailleurs aux historiens arabes

Tabari, Ibn el Athir, Abou ’l Féda, Masʿoudi, etc., et à la Qasidah

ḥimyarite de Nechouân.]

[Note 10 : Nous verrons plus loin que les Boulala sont d’origine

kanembou. Voir IIIe partie.]

[Note 11 : _Voyage de Léon l’Africain_, traduction de Jean Temporal

(1556), tome II.]

[Note 12 : Blau (_op. laud._, note 2, p. 321) y voit des Arabes émigrés.

Il rapproche leur nom des Barda’ah (بردعة) mentionnés par Maqrizi

(_Abhandlung über die in Aegypten eingewanderten arabischen Stämme_, p.

11-51).]

[Note 13 : Schön rapporte que l’idiome kanouri est désigné par les

Haoussa sous le nom de _baribari_. Le même nom (baribari, béribéri) sert

à désigner les habitants du Bornou et du Mounyo.]

[Note 14 : Il est en effet exact que la population boulala ne parle plus

sa langue d’origine, le kanembou, et que, après avoir conquis le Fitri,

elle a adopté l’idiome des vaincus, le _tar lis_.]

[Note 15 : On peut s’expliquer de la même manière les noms employés par

les Haoussa.

« L’hypothèse de la dynastie berbère de Barth est inadmissible. Nous

connaissons par Ibn Khaldoun et d’autres auteurs toutes les tribus

berbères : aucune ne porte le nom de Bardoa. L’opinion de Nachtigal est

la vraie ». (_Note de M. René Basset._)]

[Note 16 : En arabe, _baḥr er rigeïg_ : le fleuve mince.]

[Note 17 : En arabe, _selṭan ed dounia_ : le maître du monde.]

[Note 18 : La mère du troisième roi du Kanem, Dounama (ou Dougou),

appartenait à la fraction toubou des Kiiê. La chronique d’Aḥmed donne à

Ibrahim, fils de Sêf et père de Dounama, le titre de père du sultan.

C’est pourquoi Dounama est parfois considéré comme le véritable

fondateur de la dynastie du Kanem. D’après Nachtigal, c’est Dounama qui

reçoit le premier le titre de _maïna_ (prince), non décerné à ses

devanciers.]

[Note 19 : Voir plus loin la chanson.]

[Note 20 : _Maïna_, noble, prince (de _maï_, sultan).]

[Note 21 : Notons, en passant, que le mot toubou _Tomaghera_ peut se

décomposer de la façon suivante : _Tou-magra_, les maîtres, les

seigneurs du Tou.]

[Note 22 : Signalons à ce sujet que, d’après Barth, les Tedâ désignent

les Kanouri sous le nom de _Tougouba_. _Tou_ est le nom que les Tedâ

donnent à leur pays. Nous verrons, plus loin, que ce nom a probablement

été donné au Tibesti à cause de sa nature montagneuse. De plus, _tougou_

désigne, chez les Toubou du sud, une grosse pierre qui sert à écraser le

grain. Par analogie avec ce que nous avons dit pour _Keunoumbé_ (pl.

_Keunoumbâ_), le mot _Tougoubé_ (pl. _Tougoubâ_) voudrait donc dire

habitant du Tougou, habitant d’une région montagneuse.

Si ce nom s’applique aux Kanembou, que faut-il en conclure ? Il y a

bien, au nord du Borkou, les contreforts des monts du Tibesti et le pays

contient quelques petits reliefs de sable et de rocher. Mais n’est-on

pas en droit de supposer que les Kanembou ont peut-être habité une

partie du Tibesti, ou tout au moins la région avoisinant la partie sud

du Tibesti ?...]

[Note 23 : La chronique d’Aḥmed dit que le roi Sêf établit sa domination

« sur les Berbères, les Toubou, les Kanembou et autres ». Cela laisse-t-

il supposer que quelques Berbères, venus du Nord, ont suivi le mouvement

d’émigration vers le Sud, ou bien ce nom de Berbères s’applique-t-il

simplement à l’un des peuples qui furent annexés au royaume ?...]

[Note 24 : Il est appelé Ḥamî حمى dans la Chronique du Bornou.]

[Note 25 : Cf. Blau, _op. laud._, p. 309-310.]

[Note 26 : Il est appelé Salmama (سلممه) fils de ʿAbdallah Bakrouh (عبد

الله بكروه) dans la Chronique du Bornou (Blau, _op. laud._, p.

310-311).]

[Note 27 : Il va sans dire que, en ce qui concerne l’historique du

Kanem, nous faisons le plus large emploi des renseignements donnés par

Barth, d’après ses deux chroniques.]

[Note 28 : La Chronique du Bornou nomme Ghâiou ben Lafrad (غايو بن لفرد)

le prince contre qui il fit la guerre (Blau, _op. laud._, p. 311).]

[Note 29 : Les Sô n’existent plus en tant que peuplade. Ils étaient

autrefois très puissants et habitaient, au sud du lac, la région

comprise entre le Chari et la komadougou Ouôbé. Ils furent battus et

dispersés par les sultans du Bornou.

La tradition indigène les représente comme de vrais géants : à Ngala, où

se trouvent les tombeaux de 35 rois sô, on montre des vases

gigantesques, des cruches et des plats, dont se servaient autrefois ces

indigènes ; le Dr Decorse, au cours d’une excursion en pays sô, a

ramassé « des débris de poteries énormes, comme on n’en fait plus dans

le pays ».

Les légendes kanembou ont synthétisé la peuplade sô en la personne d’un

énorme géant, païen et anthropophage, appelé Kirdi Sôou. Ce géant

dévorait les Kanembou. Pour débarrasser ses états d’un pareil fléau, le

sultan Liziramma envoya un de ses esclaves, le vaillant Dalafno, qui

alla attendre Kirdi Sôou près de l’endroit où le géant avait son

habitation. La femme de ce dernier était en train de préparer le repas

avec deux djourabs de mil (420 kilos) : elle avait rempli d’eau cinq

abreuvoirs de troupeaux (en kanouri : _kélé_) pour faire boire son mari.

Celui-ci arriva avec quatre éléphants suspendus à un bâton qu’il portait

sur son épaule gauche. Tout en marchant, il mangeait un cinquième

éléphant qu’il tenait dans sa main droite. Dalafno tua le géant d’un

coup de sagaie, qui traversa l’arbre derrière lequel s’était réfugié

celui-ci. Dans la chevelure de Kirdi Sôou, où de petits oiseaux avaient

fait leur nid, on trouva une grande quantité d’œufs — de quoi remplir

deux djourabs ; il fallut quatre chameaux pour transporter la tête chez

le sultan.

Les Keribina du Bornou sont considérés comme les descendants des anciens

Sô, et on croit que les Kotoko se mélangèrent fortement à la peuplade

aujourd’hui disparue. Cf. Barth, _Reisen_, t. II, p. 301.]

[Note 30 : Voir Barth (II, 314), qui fait de Bêri ou Ibrahim, un seul

personnage, fils de Dounama et de Zeineb de la race de Lekmámma, mais la

Chronique du Bornou (Blau, _op. laud._, p. 311) fait de Bêr le fils de

Dounama et de Zineb (fille de Lakmama et d’Ibrahîm le fils de Bêr, et de

Kakoûdi).]

[Note 31 : Le mot _Babalia_ est probablement formé de _baba Ali_ (notre

père ʿAli), en souvenir d’ʿAli Gatel Magabirna.]

[Note 32 : Le nom de _Boulala_, ou _Bilala_, vient de ce que l’un des

premiers chefs de cette tribu s’appelait _Boulal_, ou _Bilal_.]

[Note 33 : Frère et successeur d’Idris ben Nikâle (1353-1376).]

[Note 34 : Cf. Blau (_op. laud._, p. 312-313), qui appelle Malik el

Djalil le prince boulala qui le tua.]

[Note 35 : Blau (_op. laud._, p. 313). Il mourut à Chêmih qui paraît

être Ndjimie.]

[Note 36 : Blau (_op. laud._, p. 313) : il fut tué dans une guerre

contre les Boulala.]

[Note 37 : Blau (_op. laud._, p. 313). Il aurait été tué à Sofyâri

Ghazroua.]

[Note 38 : Blau (_op. laud._, p. 313), il mourut à Mâghia.]

[Note 39 : Blau (_op. laud._, p. 315). Il mourut à Ghasrakmou. Ce qui

précède est résumé de Barth, _Reisen_, t. II, p. 306 et suiv.]

[Note 40 : (_Sahara et Soudan_), p. 525. Le suffixe _ri_ sert, en

kanouri, à indiquer une idée de relation, d’origine : _maïri_, _meïri_,

royal ; _mandarari_, un habitant du Mandara ; _toubori_, un Toubou.]

[Note 41 : Cf. Yver, article Bornū dans l’_Encyclopédie de l’Islam_, t.

I, p. 778, col. 2 et les auteurs cités.]

[Note 42 : Remarquons, d’ailleurs, que l’on pourrait expliquer d’une

façon analogue le mot de _Kanouri_ : les gens de Noé. Il est bien

évident que l’étymologie de _Kanouri_ par l’arabe _nour_ ou _nar_ et

celle de Bornou par _berr Nouḥ_ n’ont aucune valeur.]

[Note 43 : Prononcer _Boulalî-yé_, _Ouada-î-yé_, etc.]

[Note 44 : Signalons, en passant, l’opinion suivante : « L’origine du

nom de _Bornou_, et de son dérivé _Béraouni_, pourrait bien se rattacher

à l’ancienne dynastie berbère, car ces noms ont une grande affinité avec

celui de Béranès, qui est la qualification nationale d’une des grandes

divisions du peuple berber ; et les Berbers eux-mêmes donnent le nom de

_Béraounis_ aux Tibbous. » (Vivien de Saint-Martin, article _Bornou_).

Un habitant du Bornou est désigné par les Kanembou et les Bornouans sous

les noms de _Kanôri_ (pl. _Kanôréa_) et _Bornouma_ (pl. _Bornoubou_ —

d’après Kœlle). L’origine arabe du mot Bornou ne semble pas faire de

doute. C’est d’ailleurs l’opinion de Nachtigal. L’explorateur se sert

aussi, à plusieurs reprises, du mot _Beraouni_, pl. _Beraouna_, qui a

une tournure arabe et doit probablement être employé par des indigènes

parlant cette langue. Nous n’avons cependant entendu employer par les

Arabes que les noms cités plus haut (Bernaï, Bornaï). Ajoutons que,

selon M. René Basset, c’est une erreur de rattacher le mot _Bornou_ à

_Branes_ : il fait également remarquer que Bornou n’est pas le terme

indigène.

Signalons enfin l’explication donnée par M. l’officier interprète

Landeroin (Mission Tilho). « Plusieurs Bornouans nous ont donné

l’étymologie suivante ; le mot Bornou viendrait de deux mots kénouris :

_Bouroum_, étendue d’eau ; _nouî_, il est mort, il a disparu. Autrefois,

ajoutent-ils, une grande partie du Bornou était recouverte par les eaux

du Tchad. Celui-ci s’étant peu à peu desséché, l’eau ayant disparu, les

indigènes dirent cette région : _Bouroum nouî_ « l’eau a disparu », et

par abréviation _Bour nou_, puis Bornou ».]

[Note 45 : Ce que nous venons de dire pour les habitants du Birni

Gassaro peut se répéter pour les habitants du Birni Ndjimi, et on

comprend fort bien que le nom de Bornou, qui apparaît pour la première

fois chez l’historien Ibn Saʿïd, ait pu servir à désigner une partie du

Kanem.

M. René Basset est d’avis que l’étymologie du mot _Bornou_ par _birni_

est très vraisemblable.]

[Note 46 : Barth (_Reisen_ t. II, p. 321-325), croit que c’est sous le

règne d’ʿAli ben Dounama, que Léon l’Africain visita le Soudan. Ce

voyageur arabe, né à Grenade en 1483, visita le Soudan au début du XVIe

siècle ; il fut pris par des corsaires chrétiens et amené à Rome en

1517. Il rapporte que le roi régnant alors au Bornou s’appelait Abran.

Ce roi « rassembla toute son exercite pour se ruer sur le roi de

Guangara (Wangara, à l’ouest du Bornou) ; et, ainsi qu’il marchait sur

les frontières de ce royaume, il fut averti qu’Homar, seigneur de Gaoga,

s’acheminait à la volte de Borno, qui fut cause de le faire changer de

chemin et de volonté ».

Abran ou Ibran est une corruption du mot Ibrahim fréquemment employée

par les Kanembou. Or, comme prince du nom de Ibrahim qui aurait régné

vers cette époque-là au Bornou, nous ne voyons que Bîri (Ibrahim) ben

Dounama (1455-1461), de la généalogie bornouane de Nachtigal (?). Celui-

ci (_Sahara et Soudan_, p. 542), porte ʿAli ben Dounama comme ayant

régné de 1465 à 1492, et Barth croit que ce prince régna de 1472 à

1505.]

[Note 47 : Ou Amâmi.]

[Note 48 : Barth, _Reisen_, II, p. 325-336 ; Blau, _op. laud._, p 315.]

[Note 49 : Barth, _Reisen_, II, 331 ; Blau, _op. laud._, p. 316.]

[Note 50 : Barth, _Reisen_, II, p. 341-345 ; Blau, _op. laud._, p, 316.]

[Note 51 : Habitants du Kano.]

[Note 52 : Barth, t. II, p. 341-343 ; Redhouse, _History of Events

during expeditions against the tribes of Bulala_, p. 48-122.]

[Note 53 : Ce mot est composé de _Dala_ (pour Abdallah) et de _Afno_,

qui est le nom donné au pays haoussa.]

[Note 54 : Barth (_Reisen_, III, 451) fait toutefois observer qu’aucun

chef puissant ne résida à Mao qui était cependant une ville

florissante.]

[Note 55 : Les Gourân désignent les Kanembou sous le nom de Aoussâ.]

[Note 56 : Nachtigal, _Sahara und Sûdan_, t. II, p. 252-253. Les Toubou

donnent aux Bornouans le nom de _Agâ_ et aux Dalatoua celui de _Kagâ_.

Nous ne pouvons pas expliquer ces deux noms d’une manière certaine.

Cependant le mot toubou _Agâ_ veut dire « dehors ». Peut-être a-t-on

donné aux Kanori le nom de _Aoussâ agâ_ (les Kanembou du dehors), pour

les distinguer de ceux qui étaient restés au Kanem, et, par abréviation,

a-t-on dit tout simplement _Agâ_. Le nom de _Kagâ_ s’explique au moyen

de _k, ké_ (avec) et du mot _Agâ_ : qui est avec les Agâ, qui a des

relations ou des liens de parenté avec les Agâ. — Une étymologie

différente se présente, d’autre part, à l’esprit. Nous savons que des

Toubou ayant pour ancêtre Kiié, ou Keï, ou Kaï, s’étaient mélangés aux

Kanembou et appartenaient à la famille royale. On les appelait Kagouâ

(ou Kagâ ?) Les gens venus du Bornou avec Dalafno appartenaient-ils à

cette tribu ? Peut-être aussi — mais c’est peu probable — y a-t-il une

certaine relation entre ces deux noms et celui du premier district

bornouan qu’occupèrent les princes du Kanem (Kagha).]

[Note 57 : Il avait fait le pèlerinage de la Mekke et son nom complet

était : El Ḥadj Moḥammed el Amin el Kanemi.]

[Note 58 : Barth, _Reisen_, II, p. 348-351 ; Blau, _op. laud._, p. 317 ;

Nachtigal, _Sahara und Sûdan_, t. II, p. 408-409 ; Denham, _Voyages_, t.

II, p. 299-300 ; Von Oppenheim, _Rabeh und das Tschadseegebiet_, p.

183-184.]

[Note 59 : Barth, _Reisen_, t. II, p. 351-356 ; Blau, _op. laud._, p.

317-318 ; Nachtigal, _Sahara und Sûdan_, II, 409 ; Denham, _Voyages_, t.

II, p. 301-302 ; d’Escayrac de Lauture, _Mémoire sur le Soudan_, p.

67-69.]

[Note 60 : D’Escayrac de Lauture, _Mémoire sur le Soudan_, p. 64 ;

Barth, _Reisen_, t. II, p. 356-357 ; Denham, _Voyages_, t. II, p. 302 ;

Nachtigal, _Sahara und Sûdan_, t. II, p. 410-411.]

[Note 61 : Blau, _op. laud._, p. 318 ; Barth, _Reisen_, t. II, p. 361 ;

Nachtigal, _Sahara und Sûdan_, t. II, p. 412.]

[Note 62 : Cf. Fouraud, _D’Alger au Congo par le Tchad_, p. 806-812 ;

Gentil, _La chute de l’empire de Rabah_, 126-132, 150-164, 211-225,

234-238 ; Decorse et Gaudefroy-Demombynes, _Rabah et les Arabes du

Chari_, p. 1-16, p. 28-36 ; Von Oppenheim, _Rabeh und das

Tchadseegebiet_, p. 113-117 ; Lippert, _Râbaḥ_, p. 246-250.]

[Note 63 : Les indigènes l’appellent _Koukaoua_ et _Kikoa_. _Kouka_ est

le nom que les Kanouri donnent à l’_adansonia digitata_ ; _Koukaoua_,

_Kikoa_ signifient « la ville aux koukas ».]

[Note 64 : Ngala était à la limite du Bornou et du Baguirmi.]

[Note 65 : Barth, _Reisen_, II, 355-356 ; Denham, _Voyages_, t. II, p.

301 ; Nachtigal, _Sahara und Sûdan_, t. II, 409-410 ; D’Escayrac de

Lauture, _Mémoire sur le Soudan_, p. 70-71.]

[Note 66 : Le titre d’_alifa_ resta cependant le plus généralement

employé. A l’heure actuelle, le chef des Dalatoua du Mao est l’alifa

Ari, dit Mala (fils de l’ancien alifa Moussa).]

[Note 67 : Le mot _kademoul_ est celui qu’emploient les Arabes Choa pour

désigner le turban, insigne du commandement. Les Kanembou disent _milma_

et les Toubou _lodoun_.]

[Note 68 : Sur l’histoire des Oulad Slimân, cf. Barth, _Reisen_, III, p.

56-61 ; Nachtigal, _Saharâ und Sûdân_, t. II, p. 18-22.]

[Note 69 : En kanembou, le mot _kirdi_ veut dire « païen, infidèle,

ennemi » ; en toubou, _irdi_, _erdé_, « ennemi ». Pour les Arabes-Choa,

_kirdi_ est un collectif et le singulier de ce mot est _kirdaï_,

_kirdaoui_. Pour les Oulad Sliman, au contraire, _kirdi_ est un

singulier, et le pluriel de ce mot est _kerâda_. En Afrique centrale, le

mot _kirdi_ est très fréquemment employé pour désigner tous ceux qui ne

sont pas musulmans, qu’ils soient fétichistes ou chrétiens. Telle est

probablement aussi la signification du nom d’ensemble donné à certaines

tribus païennes du Baḥr el Ghazal, signalées par Schweinfurth (_Au Cœur

de l’Afrique_, tome II, page 303), qui forment le groupe des _Krédis_

(leur vrai nom est _Kreich_). Au Ouadaï, les fétichistes du Sud sont

appelés _Djenakheré_ ; au Darfour, on emploie le mot _Fertit_.

Signalons, au surplus, d’autres noms également usités : _kafirin_

(infidèles), _michrikin_ (polythéistes) et _madjous_ (idolâtres). Les

Chrétiens sont généralement appelés _nesara_. Tous ces noms sont

arabes.]

[Note 70 : Tribu toubou du Chitati.]

[Note 71 : L’_aguid el baḥr_ était le gouverneur ouadaïen de la région

du Baḥr el Ghazal.]

[Note 72 : Les Touaregs dissidents, restés avec les Khouân,

appartiennent principalement aux fractions suivantes : Tamaggaden,

Mazourak, Abandarhen, Keltemet et Haggaren.]

[Note 73 : Ce combat coûta la vie au lieutenant Pradié. Le nom de cet

officier fut donné au poste que l’on créa à Bir Alali (Fort Pradié).]

La région du Tchad et du Ouadaï; études ethnographiques, dialecte Toubou, Tome 1 (de 2) · 第 3 / 27 段