XXIII

Ce sont ces yeux perçants qui font tout mon courage; en eux se

reflétent et la liberté pétillante de gaîtè et mon petit archer qui

mène à ses côtés la belle gaillardise et le plaisir volage. Mais

après, la rigueur de ton triste langage me montre en ton cœur la

fière honnêteté; et y voyant aussi gravement assises la dure chasteté

et la vertu sauvage, je me sens condamné. De la sorte mon temps passe

par ces transes diverses: là, ton œil m'appelle; ici, ta bouche

me repousse; hélas, ballotté de la sorte, combien ai-je souffert!

Pensant d'amour avoir quelque assurance, sans cesse nuit et jour à

la servir je songe; de mon malheur je ne parviens pas encore à être

persuadé.

Essais de Montaigne (self-édition) - Volume I · 第 204 / 295 题