XXIV

Et cependant je me dis bien: Mon espérance est morte, c'en est

fait de mon bonheur, de ma joie. Mon mal est évident, je vois bien

maintenant que j'ai épousé la douleur que je porte. Tout m'accable,

rien ne me réconforte; tout m'abandonne et d'elle je n'ai rien,

sinon toujours quelque encouragement nouveau qui rend ma peine et

ma douleur plus fortes. Ce que j'attends, c'est d'obtenir un jour

quelques soupirs des gens de l'avenir. Pris de pitié, quelqu'un dira

de moi: Sa dame et lui naquirent destinés à mourir tous deux aussi

obstinés, l'une en sa rigueur, l'autre en son amitié.

Essais de Montaigne (self-édition) - Volume I · 第 205 / 295 题