III

C'en est fait, mon cœur; à la liberté il nous faut renoncer; à

quoi servirait désormais de prolonger la défense, si ce n'est à

accroître et la peine et l'offense; j'ai cessé d'être fort comme je

l'ai été. Pendant un temps, de mon côté fut la raison, et la voilà en

révolte; elle veut que je me livre et que, pour récompense, j'accepte

ce joug que personne encore n'a subi. S'il faut se rendre, le moment

est venu, alors qu'avec soi la raison n'est plus. Je vois qu'Amour,

sans que je l'aie desservi, sans droit, se vient saisir de moi; je

vois encore qu'à ce grand roi, même quand il a tort, il faut que cède

la raison.

Essais de Montaigne (self-édition) - Volume I · 第 186 / 295 题