C'est Amour, Amour, c'est lui seul, je le sens! mais l'amour le
plus vif, le plus violent poison que jamais pauvre cœur ait reçu en
son sein. Ce n'est pas seulement un de ses traits puissants que le
cruel m'a lancé; arc, flèches, carquois et lui-même ont pénétré en
moi. Il n'y a pas encore un mois que mon indépendance est morte, que
dans mes veines ce venin circule et déjà j'ai perdu mon esprit et mon
cœur. Si tu vas croissant sans cesse, Amour, quel immense tourment
en moi va se produire! Néanmoins, croîs si tu le peux encore; mais en
croissant, adoucis tes rigueurs. Tu te nourris de pleurs; des pleurs,
je t'en promets; et pour te rafraîchir, des soupirs à jamais; mais
qu'au moins les souffrances que par toi j'endure, n'excèdent pas le
mal si grand qu'en naissant tu me fis.