Partout l'arbre est regardé comme un symbole de vie, d'abondance et de
prospérité[109].
[Note 109: L'arbre joue un grand rôle dans la symbolique chrétienne. On
a souvent mis en face l'un de l'autre _l'arbre de la science du bien et
du mal_, principe de la déchéance de l'humanité, et _la croix_, principe
de rédemption et de salut.]
L'_arbre de Noël_ est un petit arbuste vert, le plus ordinairement
un sapin, aux branches duquel on attache les cadeaux que l'on veut
distribuer aux enfants, à l'occasion de la fête. Il apparaît tout
éclatant de lumières, tout chargé de jouets et de friandises. Cet arbre
merveilleux est pour les coeurs innocents le symbole de Celui qui est
«la lumière du monde» et la source de tout don céleste.
Cet arbre, en effet, a pour les enfants une signification chrétienne. Ce
sapin, qui reste vert au milieu du deuil de la nature et qui produit
des fruits absolument inusités, fournit l'occasion de parler aux petits
enfants de ce Jésus qui s'est fait enfant pour nous, de ce Jésus qui,
dans sa crèche, leur prêche la piété, l'obéissance, la pauvreté.
Ils écoutent comme on écoute quand on est enfant: plus tard ils se
souviendront!...
Qui donc peut assister sans être profondément ému à cette scène
ravissante d'un arbre de Noël dans _nos Écoles maternelles?_ «Devant les
yeux émerveillés des tout petits, le verdoyant sapin, illuminé de mille
petites lumières tremblotantes, se dresse tout chargé de jouets et de
cadeaux qui, pendant des heures, mettent du bonheur dans les âmes de
tout ce monde enfantin. A ces joujoux d'un jour, on joint quelquefois
une large distribution de bons vêtements chauds et de hardes neuves:
tricots qui recouvrent les petits membres grelottants, mitaines qui
préservent des engelures, foulards où s'enfouissent les petits nez
rougis par la bise, bonnes galoches qui sonnent sur le pavé au moment
des glissades. Et comme il n'est point de belles fêtes sans chanson, on
chante quelques-uns de ces jolis _noëls_ naïfs, sur des airs qui ont
traversé les siècles et qui n'en sont pas pas moins une bonne et
égayante musique[110]».
[Note 110: Nous empruntons cette description de l'arbre de Noël au
savant article, si documenté, si varié et si plein d'_humour_ de M.
Georges Dubosc (_Journal de Rouen_, 25 déc. 1897).]
Le romancier anglais Ch. Dickens décrit ainsi l'arbre de Noël[111]: «Cet
arbre, planté au milieu d'une large table ronde et s'élevant au-dessus
de la tête des enfants, est magnifiquement illuminé par une multitude de
petites bougies et tout garni d'objets étincelants. Il y a des poupées
aux joues roses qui se cachent derrière les feuilles vertes, il y a des
montres, de vraies montres, ou du moins avec des aiguilles mobiles, de
ces montres qu'on peut monter continuellement; il y a de petites tables
vernies, de petites armoires et autres meubles en miniature qui semblent
préparés pour le nouveau ménage d'une fée; il y a de petits hommes
à face réjouie, beaucoup plus agréables à voir que bien des hommes
réels--car si vous leur ôtiez la tête, vous les trouveriez pleins de
dragées.--Il y a des violons et des tambours, des livres, des boîtes à
ouvrage, des boîtes de bonbons... toutes sortes de boîtes; il y a
des toutous, des sabots, des toupies, des étuis à aiguilles, des
essuie-plumes et des imitations de pommes, de poires et de noix,
contenant des surprises. Bref, comme le disait tout bas devant moi un
charmant enfant à un autre charmant enfant, son meilleur ami: «Il y
avait de tout et plus encore!»
[Note 111: _Christmas carols_.]
_Comment installer et garnir l'arbre de Noël_
Il faut choisir, dans la forêt, un beau sapin aux branches épaisses et
bien vertes: on le plante dans une caisse profonde remplie de terre: les
parois sont ornementées de papier multicolore ou d'andrinople. C'est, à
Paris, au marché du quai aux Fleurs qu'on trouve à meilleur compte les
sapins de Noël; chaque année, les forêts de France et même de l'étranger
en envoient un stock considérable.
Il est bon de placer l'arbre au tiers de la pièce où l'on doit se
réunir, afin de laisser, en avant, un espace suffisant pour recevoir les
invités, grands et petits.
On peut établir, dans un coin de la salle, une sorte de cloison de
tentures, faite avec de longs rideaux épais. Derrière cette cloison,
on peut placer un piano ou un harmonium autour duquel grands frères et
grandes soeurs chanteront des _noëls_ populaires: leurs voix sembleront
se perdre dans un lointain mystérieux, et parfois imiter les Anges de
Bethléem, annonçant aux bergers la venue du Sauveur.
Il faut, sur le fond de verdure sombre qu'offre le sapin, placer des
boules de verre ou de petits miroirs qui refléteront, en mille facettes,
la lumière des petites bougies suspendues dans l'arbre. Souvent on
sème sur les branches quelques poignées de givre argenté et de neige
artificielle; on y ajoute aussi quelquefois de longs fils d'argent qu'on
appelle des «cheveux d'ange». Enfin, on accumule, avec art et bon goût,
tout ce qu'on peut trouver de petits rubans, de faveurs, et on agrémente
le tout de nombreuses bouffettes, de noeuds et de croisettes de bolduc
rose[112].
[Note 112: Grosse ficelle rose, plate.]
Quant aux bibelots, jouets et friandises à placer sur l'arbre de Noël,
on a le choix, assurément, mais il faut prévoir ce qui fera le plus
grand plaisir à l'assistance: les fruits et les jouets _à surprises_ ont
toujours le plus grand succès. Les enfants préfèrent souvent les objets
peu coûteux aux cadeaux de grand prix: il faut surtout savoir les
enjoliver et les présenter, sous les formes les plus gracieuses et les
plus attrayantes: par exemple, les petits paniers et les corbeilles
seront recouverts de percaline et doublés de satinette rose ou bleue;
on collera sur les panoplies des papiers de couleur, des papiers de
fantaisie à dessins comiques, etc.
Quelquefois, on place, au sommet de l'arbre de Noël, une étoile
lumineuse étincelante de rubis et d'émeraudes, ou un ange de carton aux
ailes d'or et aux mains pleines de présents.
On trouve dans les bazars et chez les marchands de jouets tous les
_accessoires_ d'un arbre de Noël à des prix très abordables.
Les savants ne sont pas d'accord sur l'origine de l'arbre de Noël: les
uns le font remonter au temps du paganisme, les autres lui donnent
une origine gauloise, d'autres, enfin, le font venir des plus pures
traditions germaniques.
_Origine payenne._ L'arbre de Noël, suivant une légende, remonterait aux
peuples payens, qui célébraient, par des réjouissances, les derniers
jours de l'année. Le sapin, «roi des forêts» [113], comme disent
encore certains chants populaires allemands, recevait alors un culte
idolâtrique: des sacrifices humains avaient même arrosé ses racines.
Cependant, il faut observer que, parmi les nombreuses espèces d'arbres
pour lesquels les anciens Germains avaient un culte, on ne vit jamais
figurer le sapin. Il faut aller jusqu'à l'extrême Scandinavie où, dans
les temps payens, lors des fêtes de _Youl_[114], célébrées à la fin
de décembre, en l'honneur du retour de la terre vers le soleil, on
plantait, devant la maison, un sapin auquel on attachait des torches et
des rubans de couleur.
[Note 113: Il faut visiter les belles forêts du mont Saint-Odile, en
Alsace, pour voir que le sapin mérite bien ce titre d'honneur.]
[Note 114: _Noël dans les pays étrangers_, p. 19.]
Le christianisme aurait transformé cette coutume et l'aurait appropriée
au _Mystère de Noël_, qui se célèbre à cette époque de l'année; cette
ancienne cérémonie serait tombée en désuétude avec le cours des siècles.
_Origine gauloise._ Vers 573, saint Colomban, poussé par un ordre
mystérieux de Dieu, quitta l'Irlande, son pays natal, et le monastère
de Bangor, où les fortes études n'empêchaient pas l'enthousiasme de
se développer. Il partit pour la Gaule dont, malgré la conversion de
Clovis, les habitants avaient grand besoin d'être évangélisés. L'ardent
missionnaire fut bien accueilli par Gontran, roi des Bourguignons.
Bientôt l'étroite enceinte du vieux château romain d'Annegray, que lui
avait concédé ce prince, fut insuffisante pour ses nombreux disciples.
Une portion de la nouvelle communauté dut se transporter à Luxeuil, au
pied des Vosges.
Un soir de Noël, saint Colomban prit avec lui quelques-uns de ses
religieux et parvint avec eux, en chantant des hymnes, jusqu'au sommet
de la montagne où se trouvait un antique sapin encore vénéré par
quelques habitants. Les religieux accrochent à l'arbre leurs lanternes
et leurs torches; un d'eux parvient jusqu'à son faîte et y dessine une
croix lumineuse.
Les paysans accourent et saint Colomban leur raconte les merveilles de
la nuit qui donna au monde un Sauveur.
Malgré ce fait, nous ne croyons pas que la tradition de l'arbre de Noël
soit née sur notre vieille terre française. Nous n'en trouvons aucune
trace dans nos vieux _noëls_ normands, gascons, bourguignons ou
provençaux. Dans toutes nos _Pastorales_, dans l'_Officium pastorum_,
même silence au sujet du vert sapin étoilé de lumières. Ce n'était point
le sapin, mais bien le chêne celtique qui était l'arbre symbolique par
excellence dans les vieilles forêts druidiques de l'ancienne Gaule[115].
[Note 115: _Noël dans les pays étrangers_, p. 18, note.]
_Origine allemande_. Il y a un siècle environ que l'arbre de Noël est
devenu populaire dans les contrées du Nord de l'Allemagne.
C'est en Norwège et en Suède qu'il fut d'abord adopté aux fêtes
chrétiennes de Noël, et tout indique qu'il a été propagé, en Allemagne,
par les Suédois, pendant la guerre de Trente ans.
C'est peut-être en Alsace qu'il faut chercher l'origine de l'arbre de
Noël. Dans ce pays, les charmes de la poésie ont enveloppé tous les
actes de la vie publique et privée.
Nous trouvons la plus ancienne mention de l'arbre de Noël dans une
description des usages de la ville de Strasbourg, en 1605. On y lit le
passage suivant: «Pour Noël, il est d'usage, à Strasbourg, d'élever des
sapins dans les maisons; on y attache des roses en papier de diverses
couleurs, des pommes, des hosties coloriées, du sucre, etc.»[116].
[Note 116: _Auf Weihnachten_ richtett man Dannenbaümen zu Strasburg
in den Stuben auf, daran hencket man rossen auss vielfarbigen. Papier
geschnitten, Aepfel, Oblaten, Zischgolt, Zucker (Rietschel, I. C., p.
144).]
En 1765 encore, Goëthe se trouvant à Leipsick, chez un ami, en face d'un
arbre de Noël, exprime la surprise que lui cause ce spectacle qu'il
voyait pour la première fois.
L'un des plus anciens vestiges de cette coutume se trouve dans
_l'Essence du Catéchisme_ que publia, vers le milieu du XVIIe siècle,
le pasteur protestant Dannhauer, de Strasbourg. Il constate que depuis
quelque temps, en Alsace, on suspend, à la Noël, pour la récréation des
enfants, des bonbons et des jouets aux branches d'un sapin. Il déclare
qu'il ignore d'où cet usage, qu'il blâme fortement, a pu tirer son
origine[117].
[Note 117: _Katechismusmilch_ (le lait du Catéchisme), 1642-1646, cité
par Rietschel. I. C., p. 145.]
L'arbre de Noël fut introduit à Paris, en 1840, par la princesse
Hélène de Mecklembourg, duchesse d'Orléans, et favorisé plus tard par
l'impératrice Eugénie.
Dans cette même année, le prince Albert, époux de la reine Victoria,
l'introduisit au palais royal de Buckingham, à Londres, et le mit en
honneur dans l'aristocratie et la bourgeoisie anglaise.
Cette touchante et délicieuse tradition de l'arbre de Noël, perpétuée à
travers les âges, semble aujourd'hui plus vivace encore que jamais. La
preuve en est dans l'immense quantité de sapins qui, dès l'aube, chaque
année, sont alignés sur les deux côtés de la Madeleine, à Paris.
Les sapins!... Ils sont là des centaines, des milliers, de toute taille,
de tout âge. Les uns, tout petits, les autres très grands avec d'énormes
racines. Ceux-là, de quelques centimètres de hauteur; ceux-ci atteignant
plusieurs mètres.
Et tous ces arbres de Noël, disposés en ordre, forment de grandes et de
petites allées... C'est comme une forêt en miniature, où l'oeil se perd
dans les masses de feuillage sombre, où l'esprit se reprend à rechercher
les images exquises de Pierre Dupont, le chantre des _Sapins_, évocateur
génial des beautés de la nature:
Le _Sapin_ brave et l'hiver et l'orage,
Chaque printemps lui fait un éventail;
Droite est sa flèche et vibrant son feuillage;
L'art grec s'y mêle au gothique travail...
Dieu d'harmonie
Et de beauté,
J'adore ton génie
Dans sa simplicité.
Qui de nous n'a contemplé, avec larmes, en 1870, l'arbre de Noël de nos
ennemis insolents et vainqueurs? Ces hommes du Nord abattaient les
rares sapins de nos bosquets et en détachaient la cime. Dressée dans un
tonneau, cette cime devenait leur arbre de Noël. Ils suspendaient à ses
branches des pommes au lieu d'oranges, et des saucisses en guise de
guirlandes: le tout était éclairé par des chandelles fumeuses. C'était
plutôt lugubre!...
Les Chartrains se rappellent encore cet épouvantable incendie qui, le
jour de Noël, détruisit le château du prince Napoléon, à Gourdez. Un
sapin immense était dressé dans les magnifiques salons. Pour célébrer
leur «Weihnachten», les Allemands suspendirent à ses branches toutes
sortes de victuailles; le tout était éclairé _a giorno_ par de
nombreuses bougies. L'on festoya, l'on dansa autour de l'arbre de Noël.
Le feu ne tarda pas à se déclarer; bientôt le château n'était qu'un
brasier, et malheur aux paroissiens de Morancez qui essayèrent de
conjurer l'incendie [118]!
[Note 118: L'abbé G..., du diocèse de Chartres.]
Nous avons donné dans notre premier opuscule une longue description de
l'arbre de Noël allemand [119], nous nous contenterons de citer _l'arbre
de Noël des petits forains_ et _l'arbre de Noël des Alsaciens-Lorrains à
Paris_.
[Note 119: _Noël dans les pays étrangers_, p. 39-49.]
_L'arbre de Noël des petits forains, à Paris_
Le 24 décembre, une vaste salle avait été mise gracieusement à la
disposition de l'École foraine; la réunion fut très belle. Un public
nombreux voulut prendre part à la joie des pupilles de Mlle Bonnefois.
M. Gaston Lacoin, avocat à la Cour d'appel, dans un à-propos très
brillant sur l'École foraine et sa fondatrice, fit savoir qu'elle
n'avait pas été oubliée par le bonhomme Noël, puisque le Conseil
général, sur la proposition de M. Duval-Arnoult, lui allouait une
subvention de 500 francs.
Cette heureuse nouvelle fut accueillie avec joie.
Mmes L. Vaillant et J. Jucquot ont ouvert le concert par un charmant
morceau à quatre mains. Mme Raucet-Banès a charmé l'auditoire par son
talent de fine diseuse. Mme Benoiste a brillamment exécuté une Étude de
Liszt et accompagné tous les artistes avec un réel talent. Deux jeunes
élèves de Mlle Caroline Brun ont fait entendre de ravissantes mélodies
avec des voix bien posées, une diction parfaite et un style impeccable.
La distribution des présents de toutes sortes suspendus à un splendide
arbre du Noël eut ensuite lieu au milieu de la joie générale; tous les
petits forains paraissaient être au comble du bonheur.
Mlle Bonnefois peut être heureuse et Mlle Giraud fière de ses petits
élèves. Puissent-elles longtemps encore assister à cette fête de
famille!
_L'arbre de Noël des Alsaciens-Lorrains, à Paris_
Il n'est pas un journal, en France et surtout en Alsace-Lorraine, qui
n'ait raconté, au moins une fois, cette cérémonie si particulièrement
touchante et patriotique.
Tout le monde connaît l'Association des Alsaciens-Lorrains, à Paris.
Cette oeuvre a distribué, depuis son origine, des millions de secours et
procuré du travail et des moyens d'existence à des milliers de familles
émigrées.
Comme l'arbre de Noël est en grand honneur dans toutes les familles
alsaciennes, on pensa, dès l'année qui suivit la guerre de 1870, à une
fête qui rappelât aux petits émigrés les joies du foyer natal.
Jules Claretie a raconté l'origine de cette fête, dans une salle de
café-concert, à l'Alcazar, où les petits Alsaciens étaient accourus. On
en attendait quelques centaines; il en était venu plus d'un millier.
«Les fillettes et les gamins, dit Jules Claretie montaient, tout émus,
les marches de l'estrade. Même après avoir pillé les épiciers du
voisinage, on n'allait bientôt plus avoir rien à leur donner. Il fallut
briser par fragments les tablettes de chocolat, pour que les derniers
emportassent quelque chose. C'est Gambetta qui les cassait en deux, ces
tablettes de chocolat, et les passait à Mme Floquet qui les distribuait
à ces petites mains tendues.»
Cette fête de famille, très modeste à l'origine, reçut dans la suite un
développement considérable; entourée de la sympathie universelle, elle
devint une manifestation charitable vraiment grandiose.
Qu'on en juge par le récit que nous en fait un journal de la capitale
[120]:
[Note 120: _Le Monde illustré_, 26 déc. 1881.]
«Le 25 décembre 1881, a eu lieu, dans l'après-midi, à l'Hippodrome,
la Noël des Alsaciens-Lorrains.
«De patriotiques souvenirs planaient sur cette fête. Une foule émue
et sympathique se pressait dans l'immense vaisseau, admirablement
décoré pour la circonstance.
«Des Alsaciens, au nombre de six mille, et environ quatre mille
enfants, avaient été convoqués dans cette vaste enceinte, afin
de participer aux libéralités que leur réservaient les Dames
patronnesses de l'Oeuvre, sous la forme d'agréables et utiles dons,
consistant en vêtements chauds, objets de toute espèce, jouets et
bonbons.
«Au centre de l'arène se dressait un énorme sapin, provenant des
forêts d'Alsace [121], dont les gigantesques rameaux, ornés de
rubans aux couleurs nationales, ployaient sous une charge coquette
de joujoux et de Lanternes.
[Note 121: Avant de l'expédier, ses racines avaient été
soigneusement enveloppées d'une grosse motte de _terre alsacienne_.]
«Des mâts, autour desquels s'enroulaient des oriflammes et des
drapeaux tricolores, étaient plantés de place en place. Ils
portaient tous, au centre, les armes des villes des pays annexés,
ainsi que l'écusson de la ville de Paris.
«Sur des tables placées au pied de ces mâts, s'amoncelaient des
piles de cadeaux, qui attiraient les regards de la troupe enfantine,
assise au milieu de l'ellipse.
«Le reste de l'assistance s'étageait sur les gradins de
l'amphithéâtre.
«On y remarquait bon nombre de sénateurs, de députés, des élèves de
l'École polytechnique, de l'École centrale...
«La musique de la Garde républicaine et plusieurs sociétés chorales
ont fait entendre, comme intermèdes, des morceaux très applaudis.
«Des pièces de vers et des chants patriotiques ont été
chaleureusement acclamés.
«Ensuite a commencé le défilé des enfants qui sont venus,
accompagnés de leurs parents, recevoir, des mains charitables, les
dons destinés à chacun d'entre eux.
«Les bienfaiteurs se sont retirés avec la conscience d'un doux
et cher devoir de commisération accompli en faveur de frères
malheureux.
«Les Alsaciens pauvres ont mieux compris qu'ils faisaient toujours
partie du territoire français, et que, en dépit des efforts faits
pour les séparer de nous, la charité supprimait les frontières
nouvelles.»
Ce spectacle charmant de l'arbre de l'Hippodrome fait retrouver aux
pauvres exilés, dans la douce fête de l'arbre de Noël, le souvenir
vivant de la patrie absente, et ceux qui veulent être généreux pour
l'enfance proclameront hautement «qu'elles sont bonnes et touchantes,
les traditions qui permettent ainsi de faire le bien et la charité, en
les parant de cette poésie émue et naïve qui, depuis dix-neuf siècles,
s'attache à la plus populaire de nos fêtes [122]».
[Note 122: _Le Journal de Rouen_, loc. cit.]
Rückert, le plus poétique révélateur, dit Baur, de l'amour divin
manifesté dans la grotte de Bethléem, nous a laissé une poésie très
aimée des enfants. C'est comme une perce-neige toute pure et toute
délicate qui s'est épanouie sur le bord de la Crèche; nous ne ferons que
résumer le poète allemand:
_L'arbre de Noël et l'enfant pauvre_
«Un petit enfant étranger parcourt les rues superbes d'une ville
inconnue: il admire les jouets exposés aux vitrines, la lumière
des palais et les étincelants sapins entrevus dans les salles bien
chauffées.
«Tout enfant, dit-il, a son petit arbre et sa bougie: tout enfant, chez
ses parents, a sa douce surprise, et, moi seul, je n'ai rien. Et il
frappe tristement à toutes les portes, et personne n'a pitié de lui et
ne l'invite à entrer.
«O saint Enfant-Jésus, s'écrie-t-il, je n'ai ni père, ni mère, je n'ai
que vous; puisque personne ne m'écoute, venez à mon secours.» Il joint
ses petites mains glacées par le froid, et, tout grelottant, il attend,
anxieux, dans la rue.
«Et voici que descend vers lui un autre petit enfant, entouré d'une
lumière étrange et qui lui dit:
«Je suis le divin Jésus... tout le monde te repousse, moi je viens à
toi... tu auras aussi ton arbre de Noël, regarde!»
«De la main, l'Enfant-Jésus lui montre alors le ciel dans lequel brille
un gigantesque arbre de Noël tout scintillant d'étoiles.
«L'enfant, dont l'âme est inondée de joie et de paix, se sent soulevé
lentement, doucement par mille petits anges qui se détachent de l'arbre
merveilleux.
«.....Il est retourné dans sa vraie patrie, et là il oublie toutes les
souffrances d'ici-bas!»
Il faut lire cette ravissante poésie dans le texte allemand pour en
savourer toute la suavité.
Après avoir célébré tous les charmes de l'arbre de Noël, parlons de la
coutume si française du _soulier_ ou du _sabot_ de Noël, mis dans l'âtre
pendant la Messe de minuit, pour le plus grand bonheur de nos naïfs
enfants.