LA DISSOLUTION DU «SOUVENIR ALSACIEN-LORRAIN.»

Bien souvent, nous avons eu l'occasion le signaler l'oeuvre accomplie

aux pays annexés par le «Souvenir Alsacien-Lorrain»; de ce côté de la

frontière, on a toujours suivi avec une sympathie émue les touchantes

manifestations de ce culte des morts auquel les Alsaciens-Lorrains sont

demeurés si fidèles. Depuis longtemps elles étaient dans les journaux

allemands, l'objet de violentes et haineuses attaques. Cette campagne de

presse vient d'aboutir à ses fins: le gouvernement impérial a prononcé

la dissolution du «Souvenir»,--mesure qui ne pouvait manquer de

soulever, dans les deux provinces, une indignation générale. Le décret

de dissolution invoque les articles du Code pénal qui visent le crime de

haute trahison. «C'est tout simplement fou, nous écrit notre

correspondant de Strasbourg. Le «Souvenir «Alsacien-Lorrain» ne

poursuivait qu'un but infiniment noble: honorer la mémoire des soldats

tombés sur les champs de bataille de la guerre.»

Un homme était l'âme et la force du «Souvenir», auquel il avait

consacré, malgré les obstacles, toute son activité patiente et tenace:

M. Jean. C'est lui que, tout d'abord, on a voulu atteindre: la police a

perquisitionné à son domicile, à Vallières, et a saisi plusieurs lettres

privées où des amis de France lui annonçaient l'envoi de cotisations ou

le félicitaient de son admirable énergie. Parmi elles, il s'en trouvait

une dans laquelle le correspondant de M. Jean--d'ailleurs inconnu de

lui--parlait des «petits canons français qui ont fait leurs preuves dans

les Balkans et qui supprimeront bientôt la frontière maudite». Le

gouvernement fait grand état de cette lettre, qui a gagné, dans cette

aventure, une publicité dont seuls les Allemands ne sauraient se

réjouir.

[Illustration: M. Jean.--_Phot. Studia-Lux._]

En attendant que l'affaire soit portée devant la Chambre des députés,

l'opinion publique proteste vivement contre la dissolution du

«Souvenir», tout en affirmant son attachement à l'oeuvre des tombes: «Ce

coup a été plus douloureux, dit le _Journal d'Alsace-Lorraine_, que

toutes les autres tracasseries dont nous avons été les victimes, mais il

ne peut nous faire oublier nos morts. Pour supprimer ce culte de la

mémoire de nos frères, il faudrait supprimer jusqu'au dernier des

Alsaciens-Lorrains».

L'Illustration, No. 3650, 8 Février 1913 · 第 33 / 45 题