UN JOURNALISTE COMMANDEUR

Dans la promotion de la Légion d'honneur dite «du 1er janvier», qui

vient seulement de paraître à _l'Officiel_, figure, au titre du

ministère de l'Intérieur, non loin de M. Hennion, directeur de la Sûreté

générale, notre confrère L.-L. Pognon, administrateur de l'Agence Havas,

promu au grade de commandeur. Si, contrairement à nos habitudes, nous

enregistrons cette promotion, c'est que L.-L. Pognon est le premier

journaliste qui, à ce seul titre, reçoive du ministère de l'Intérieur,

auquel ressortit la presse, la cravate de commandeur.

[Illustration: M. Pognon.--_Phot. Herschel._]

Il n'est pas une salle de rédaction où le bel avancement de L.-L. Pognon

dans l'ordre national n'ait été salué avec joie: c'est un peu la

corporation entière qui est honorée en la personne de ce parfait galant

homme, de ce charmant camarade, si accueillant, si serviable toujours,

de cet excellent journaliste, si parfaitement maître en son métier.

S'il en avait le loisir--et s'il pouvait aussi conter tout ce qu'il a

vu--quels mémoires attrayants, mouvementés, pour rait écrire cet homme

qui depuis tant d'années promène par le monde, au hasard des événements

politiques, son intelligente activité, sa clairvoyance, sa curiosité

jamais indiscrète; qui, parti du reportage, en est arrivé à la direction

d'une des plus importantes agences d'information du monde; qui

accompagna, presque à ses débuts, Gambetta et recueillit de sa bouche

quelques-uns des mots historiques gravés dans la pierre de son monument,

et, tout dernièrement, était, à bord du _Condé_, le compagnon de voyage

de M. Poincaré. Combien d'événements auxquels il fut présent, seul de

tous les journalistes, sans qu'aucun de nous songeât à se plaindre de

cette faveur, tant nous considérons L.-L. Pognon comme le mandataire

qualifié, et en quelque sorte symbolique, de toute la presse, comme le

_représentative man_, diraient les Anglais, du vieux journalisme!...

L'Illustration, No. 3650, 8 Février 1913 · 第 34 / 45 题