emportées par des attaques nocturnes, poussées avec une véritable
furie, par des sections, des compagnies, des régiments et des brigades
entières.
Que tous les soldats français travaillent avec ardeur, qu'ils imitent
les exemples des Bulgares contre ceux qui ne respecteraient pas la
France et qui viendraient l'attaquer et nous serons vainqueurs!
Souvenons-nous de; cette parole du ministre de la guerre de France
dite en 1913 «Nous ne voulons pas seulement nous défendre, mais nous
voulons être victorieux dans la prochaine guerre.»
[Illustration: HONNEUR ET PATRIE]
3º DEVOIRS ET CONNAISSANCES NÉCESSAIRES EN CAMPAGNE
CHAPITRE IX
SERVICE EN CAMPAGNE
I--NOTIONS SUR LE SERVICE DE SÛRETÉ EN MARCHE.
=1. Comment se protège une troupe en marche?=
Les colonnes en marche sont protégées par une avant-garde, par des
flancs-gardes et par une arrière-garde.
=2. Comment se fractionne une avant-garde?=
Une avant-garde est d'autant plus forte que la troupe est plus
importante; elle se fractionne ainsi: les éclaireurs, la pointe, la
tête et le gros de l'avant-garde.
=3. À quelle distance une avant-garde doit-elle marcher en avant de la
colonne?=
À une distance d'autant plus grande qu'elle est plus forte, mais, en
principe, assez en avant pour éviter à la colonne soit de tomber dans
une embuscade, soit de pouvoir être atteinte par les feux de
l'adversaire.
=4. Quels sont les devoirs généraux des éclaireurs?=
Ils marchent l'arme chargée, en un groupe dirigé par un officier. Ils
sont les premiers veux de la colonne, aussi doivent-ils tout observer
avec attention et réflexion. L'observation en marche n'est qu'une
succession d'observations en station. Par suite, les éclaireurs sont
détachés à tour de rôle sur les _points d'observation_, situés sur la
route ou ses abords. Ils s'y arrêtent, en se dissimulant, pour
observer, et ne rejoignent leur chef qu'après que d'autres éclaireurs
ont été détachés en avant.
Ils ne se laissent jamais dépasser par des personnes se dirigeant du
côté de l'ennemi, ou venant en sens inverse; elles sont conduites au
chef de la pointe.
Ils rendent compte en arrière de tout événement important et de toute
observation.
=5. Que font les éclaireurs en présence d'obstacles, de hauteurs, de
défilés, de ponts, de murs, de maisons, de bois, etc.?=
1º _Obstacles_: Ils franchissent les obstacles, les examinent, les
dépassent et s'arrêtent au delà pour observer (la pointe et la tête
rétablissent le passage);
2º _Hauteurs_: L'un d'eux gravit rapidement la pente pour observer le
versant opposé; lorsque les éclaireurs sont arrivés en haut de la
montée, ils explorent rapidement des yeux, surtout, les lisières de
bois, de villages et les crêtes à l'horizon;
3º _Défilé_: Ils le franchissent rapidement et prennent position au
delà pendant que la pointe le traverse;
4º _Pont_: Ils en examinent les abords, puis le dessous et les voûtes,
pour s'assurer qu'aucun travail de destruction n'a été préparé;
5º _Routes encaissées_: Des éclaireurs renforcés par quelques hommes
de la pointe gagnent le sommet des talus et des pentes;
6º _Murs, haies_: Ils vérifient par-dessus le mur si l'enclos n'est
pas occupé;
7º _Maisons_: Ils observent à distance, puis l'un d'eux s'avance,
écoute, visite la maison, ses abords et interroge les habitants; au
besoin, l'on s'empare de l'un d'eux, qui est conduit au chef de la
pointe;
[Illustration: Colonne avec avant-garde en marche
_Légende_
_E._ Éclaireurs.
_e._ Éclaireurs vérifiant le pont.
_P._ La pointe.
_T._ Tête de l'avant-garde.
_p. t._ Patrouille de la tête.
_G._ Gros de l'avant-garde.
_p. g._ Patrouille envoyée assez loin par le gros.
_C. P._ Corps principal.
_F. G._ Flanc-garde.]
8º _Bois_, _bosquets_: Ils examinent minutieusement la lisière, la
reconnaissent, puis traversent le petit bois, pendant qu'un éclaireur
le contourne à droite et un à gauche.
=6. Que font les éclaireurs et les divers échelons de l'avant-garde
pendant les haltes de la colonne?=
Les éclaireurs s'établissent en halte gardée, en ne s'arrêtant, assez
au loin, que sur un point favorable à l'observation du terrain. Les
divers échelons se reposent, mais en se couvrant par un rideau de
sentinelles en avant et, au besoin, sur les flancs, ayant des vues
assez étendues pour éviter toute surprise.
[Illustration: Les éclaireurs vérifient les abords de la route.]
=7. Que font les éclaireurs en face de l'ennemi?=
Ils préviennent le chef de la pointe. S'il n'y a que quelques
patrouilles ennemies, ils les refoulent vigoureusement; si l'ennemi
est en force, ils occupent un emplacement favorable et s'y
maintiennent en position d'attente.
=8. Quel est le rôle des autres fractions chargées de la sécurité de
la colonne?=
La _pointe_ reconnaît les abords de la route et refoule les
patrouilles.
La _tête d'avant-garde_ (avec les sapeurs et les explosifs) fait les
travaux nécessaires au passage, puis elle renforce la pointe. Elle
envoie des éclaireurs pour observer le versant opposé des hauteurs
voisines.
Le _gros de l'avant-garde_ refoule l'ennemi; si celui-ci est en force,
il résiste pendant que la colonne prend ses dispositions pour le
combat.
L'avant-garde renseigne toujours.
Les _flancs-gardes_ sont destinées à protéger les flancs ou le flanc
découvert d'une colonne. Elles sont soit des troupes fixes installées
en un point favorable pendant l'écoulement de la colonne, soit des
patrouilles mobiles. Elles sont accompagnées, si possible, de
cavaliers ou de cyclistes.
L'_arrière-garde_ surveille en arrière et résiste aux attaques et aux
surprises.
_=Éclaireurs montés.=_--En campagne, des éclaireurs montés
d'infanterie concourent au service de protection immédiate de
l'infanterie en station, en marche et au combat.
Ils partagent le service des soldats éclaireurs des compagnies qu'ils
soulagent, car, grâce à leur monture, ils peuvent aller plus vite,
plus loin et avec moins de fatigue.
II--POLICE PENDANT LES MARCHES.
=9. Que faut-il pour arriver à bien faire les marches longues et
difficiles?=
Il faut du courage et de l'amour-propre, avec cela le soldat français
a toujours franchi facilement les étapes les plus longues et les
passages les plus pénibles.
Pour remporter la victoire, il ne faut pas seulement des fusils, il
faut surtout marcher en avant avec du courage et de l'audace.
=10. Quelles précautions faut-il prendre avant le départ?=
Autant que possible, les soldats doivent manger avant le départ; les
bidons sont remplis d'eau mélangée de café ou d'eau-de-vie.
Les paquetages doivent être bien ajustés.
=11. Quelles sont les principales règles à observer en marche?=
La marche s'exécute au pas de route, l'arme à volonté; on prend le pas
cadencé avant et après chaque halte et pour traverser les localités.
L'allure doit être régulière. La vitesse est variable selon les
circonstances, ordinairement elle est de 4 kilomètres à l'heure,
haltes horaires comprises (soit le kilomètre en douze minutes
environ). Les petites colonnes peuvent marcher plus vite.
En principe, après chaque période de cinquante minutes de marche, il
est fait une halte horaire de dix minutes. (Cette prescription peut
être modifiée dans certains cas.)
Les marches doivent se faire avec le plus grand ordre, chacun restant
exactement à sa place.
On ne s'arrête momentanément qu'après l'autorisation de son chef de
section, et dans ce cas on laisse son fusil à son camarade, puis on
rejoint le plus promptement possible.
Il est défendu de siffler et de faire aucun cri de «halte ou de
marche» pendant la marche.
=12. Faut-il conserver le silence au pas de route?=
Oui, en manoeuvre et près de l'ennemi; mais dans les marches
ordinaires, loin de l'ennemi, si cette latitude est accordée, il est
bon d'avoir de la gaieté et de chanter quelques bons refrains qui font
oublier les kilomètres.
=13. Que faut-il faire pendant les haltes?=
Bien se reposer, mais à sa place au bord de la route, sans dépasser la
ligne des faisceaux, le côté gauche de la route et la chaussée doivent
rester libres.
Il faut éviter de dormir pendant les haltes de courte durée la nuit.
=14. Quel est le devoir des camarades vis-à-vis d'un soldat qui paraît
fatigué?=
Lorsqu'un camarade paraît fatigué, _on l'aide_: l'un de ses voisins
prend son fusil, d'autres son sac, on lui donne à boire, on lui offre
une douceur si possible et on l'encourage avec amabilité.
Si la fatigue ou le malaise s'aggrave ou se prolonge, on prévient le
chef de section.
[Illustration: Petit poste au carrefour.]
III--NOTIONS SUR LE SERVICE DE SÛRETÉ EN STATION.
Service aux avant-postes.
_Patrouilles. Reconnaissances._
=15. Qu'entend-on par avant-postes?=
Les avant-postes sont chargés d'assurer la protection immédiate des
troupes en station. Ils sont placés en avant des cantonnements ou des
bivouacs (au moins à 2.400 ou 3.000 mètres). Ils couvrent tout le
terrain, renseignent les troupes en arrière, veillent à leur sécurité,
puis les protègent pendant qu'elles se préparent au combat.
Le service aux avants-postes est de vingt-quatre heures; pendant ce
temps, il faut faire appel à son énergie, à son intelligence et à
toute son âme. Une seule minute de négligence ou de faiblesse peut
compromettre la sécurité ou le succès de l'armée.
=16. Quelles sont les principales fractions des avant-postes?=
La réserve, les grand'gardes, les petits postes et les sentinelles.
[Illustration: Chasseurs à pied gardant le pont--Départ d'une
patrouille.]
La _=réserve=_, placée en arrière des grand'gardes, est une force
destinée à les soutenir. Elle a une garde de police; le reste
bivouaque ou cantonne.
La _=grand'garde=_ (ordinairement une compagnie) est établie sur une
position défensive; elle a pour mission de résister aux attaques de
l'ennemi; elle fournit en avant les petits postes et fait des rondes
et des patrouilles. Elle a une sentinelle devant les armes pour
observer les signaux des petits postes. La grand'garde bivouaque.
[Illustration: Un petit poste--La patrouille rend compte à sa
rentrée.]
=17. Quel est le service général au petit poste?=
Les petits postes (au plus une section, souvent moins) s'établissent à
proximité des chemins et se dérobent aux vues de l'ennemi. Ils se
mettent à l'abri des surprises de la cavalerie ennemie en se couvrant
d'un léger obstacle: clôture, fossé, abatis, etc. Le jour, les hommes
non de service peuvent se reposer, mais sans quitter l'équipement; la
nuit, tout le monde veille.
On n'y fait pas de feux, les malades et les cuisiniers restent à la
grand'garde où sont préparés les repas.
Une partie des hommes fournit les sentinelles, d'autres, les mieux
doués, les plus aptes et les meilleurs tireurs, font les patrouilles.
=18. _Sentinelles._--Quelles sont les sentinelles fournies par les
petits postes?=
Ils fournissent une sentinelle devant les armes et plusieurs
sentinelles doubles.
On numérote les hommes affectés au service des sentinelles, en autant
de groupes de trois ou quatre files qu'il y a de sentinelles à
fournir, de manière que les mêmes hommes soient toujours affectés aux
mêmes sentinelles.
En campagne, les sentinelles ne rendent pas d'honneurs.
=19. Quel est le service particulier de la sentinelle devant les
armes?=
Elle observe les signaux faits par les sentinelles doubles; elle les
répète et prévient le petit poste.
Pendant la nuit, elle arrête et reconnaît tout ce qui se présente, et
elle fait suivre le cri de: «Avance au ralliement!» du cri de: «Chef
de poste, venez reconnaître!»
La relève de cette sentinelle est faite par un gradé.
=20. Comment sont relevées les sentinelles doubles?=
Les sentinelles doubles sont relevées toutes les deux heures, mais
toujours par moitié (un homme chaque heure); les hommes de relève se
rendent directement à leur emplacement ou y sont conduits par un
gradé; ils reçoivent du camarade les consignes.
=21. Qu'est-ce que la sentinelle relevée doit dire avec sa consigne?=
Elle doit dire exactement ce qu'elle a vu et entendu, et donner tous
les renseignements qu'elle a recueillis sur les emplacements de
l'ennemi, sur ses mouvements et sur le terrain.
=22. Comment les deux hommes de la sentinelle double se
répartissent-ils le travail d'observation?=
L'un est fixe et observe, l'autre peut se déplacer pour parcourir les
abords immédiats du terrain qui échappent à la surveillance de la
sentinelle fixe, et pour communiquer par la vue, le geste ou la parole
avec les sentinelles voisines.
Sans trop s'éloigner, il marche silencieusement, l'arme basse, de
position en position, en rampant lorsqu'il est en vue.
=23. Quels sont les signaux que les sentinelles ont à faire?=
Elles ont un signal pour appeler le chef du petit poste et un autre
pour annoncer la présence de l'ennemi dans le secteur.
On peut aussi leur donner un signal convenu à employer pour
reconnaître les rondes et les patrouilles.
=24. Quelle est la consigne générale des sentinelles doubles?=
Les sentinelles doivent être attentives de l'oeil et de l'oreille, ne
pas s'envelopper la tête, ne pas se couvrir les oreilles, ni
s'asseoir, ni se coucher. Elles ont le sac, leur arme est toujours
approvisionnée: elles connaissent le mot de ralliement et le signal
convenu pour reconnaître les rondes. La nuit, elles mettent baïonnette
au canon.
=25. Quelle est la consigne de la sentinelle au sujet de l'observation
de l'ennemi?=
La sentinelle doit connaître exactement le secteur qu'elle a à
observer, elle le fouille du regard; elle écoute bien, perçoit et
analyse tous les bruits; elle observe spécialement les maisons, leurs
abords, les haies, les chemins creux, les rivières, les taillis, les
chemins.
Elle ne se dérobe à la vue de l'ennemi que lorsqu'elle voit
parfaitement en avant; elle dissimule alors sa présence par des
couverts quelconques.
Elle doit connaître l'emplacement des sentinelles voisines et le
chemin qui conduit au petit poste.
La nuit, elle surveille et garde surtout les chemins et les sentiers,
car l'ennemi les suivra.
=26. Quelle précaution doivent prendre les sentinelles au sujet de la
direction à observer?=
Les sentinelles doivent toujours s'orienter et choisir un point de
repère fixe et parfaitement apparent dans la direction de l'ennemi
pour éviter toute erreur, surtout pendant la nuit.
=27. Qui les sentinelles doubles arrêtent-elles?=
Elles arrêtent les parlementaires, les déserteurs ennemis et toutes
les personnes étrangères à l'armée qui demandent à traverser les
lignes; elles les maintiennent à distance, les obligent à déposer
leurs armes s'il y a lieu, puis elles appellent le chef du petit
poste.
Celui-ci conduira les personnes arrêtées au poste d'examen[23].
[Note 23: Le poste d'examen est placé sur un point central du
réseau des avant-postes, sa force est variable; il comprend un gradé
parlant la langue du pays ou un interprète.]
Si, malgré l'avertissement de la sentinelle, on cherche à passer, elle
doit faire feu.
=28. Par qui les sentinelles laissent-elles franchir leurs lignes?=
Les sentinelles ne laissent passer, et pendant le jour seulement, que
les officiers, les patrouilles et les troupes pour lesquelles elles
ont reçu des consignes particulières ou qui appartiennent à la
fraction de service aux avant-postes.
Toute autre troupe ou personne est arrêtée comme dans le service de
nuit.
Si un camarade de France était assez lâche pour déserter, la
sentinelle qui l'aperçoit l'arrête sur la ligne; s'il n'obéit pas,
elle fait feu et vise bien. Justice lui sera ainsi rendue.
=29. Que fait une sentinelle qui, la nuit, aperçoit ou entend
quelqu'un qui s'avance?=
Celui des deux hommes composant la sentinelle qui entend quelqu'un
s'approcher, se met en garde et commande: «Halte-là!» L'autre homme se
rapproche:
_Premier cas._--Si on ne s'arrête pas de suite, l'homme crie une
seconde fois: «Halte-là!»; si on continue à s'avancer, les deux hommes
font feu[24].
[Note 24: Les sentinelles doivent être très attentives aux
réponses faites; des rondes et patrouilles envoyées au loin peuvent
rentrer plusieurs jours après leur départ, il faut éviter de tirer si
ce n'est pas l'ennemi.]
_Second cas._--Si on s'arrête, l'homme crie: «Qui vive?» À la réponse:
«France, ronde ou patrouille», il crie: «Avance au ralliement!»
Lorsqu'on a fixé un signal pour remplacer les interpellations à la
voix, si on ne répond pas immédiatement par l'autre signal convenu, la
sentinelle fait les commandements ordinaires à la voix.
Si le chef d'une troupe ne s'avance pas seul, s'il ne donne pas le
signal ou le mot de ralliement, les deux hommes font feu et, s'il y a
nécessité, ils se replient sur le petit poste.
Dans le cas contraire, l'un d'eux va prévenir le chef de poste, qui
vient reconnaître.
=30. Rondes.--Fait-on des rondes de jour?=
Oui, pour s'assurer de la régularité du service; les sentinelles les
reconnaissent sans avoir à les interpeller.
Attaque de l'ennemi.
=31. Que fait la sentinelle qui aperçoit au loin une troupe ennemie?=
La sentinelle double qui voit l'ennemi prévient le chef du petit
poste, puis elle se dissimule et continue à observer.
[Illustration: En patrouille.]
=32. Que se passe-t-il si l'ennemi continue à s'avancer?=
Dans ce cas, le chef du petit poste, qui était venu voir avec une
patrouille sur la ligne des sentinelles, renforce la ligne avec tout
son monde et résiste en défendant le terrain pied à pied.
S'il faut reculer, on se retire en démasquant le front de la
grand'garde et on menace les flancs de l'ennemi.
=33. Dans quel cas les sentinelles doivent-elles tirer?=
1º Si l'ennemi marche résolument sur les sentinelles, elles ouvrent le
feu;
2º Si une sentinelle est surprise, elle tire plusieurs coups
précipités: c'est peut-être le salut du petit poste.
Patrouilles.
=34. Qu'est-ce qu'une patrouille?=
C'est une petite troupe de trois, quatre hommes ou plus, qui a mission
de compléter le service de vigilance des sentinelles, ou bien qui est
envoyée à la découverte pour explorer un point désigné.
Les hommes en patrouille marchent habituellement sans sac; ils ne
causent pas, ne fument pas; ils ont l'arme approvisionnée. Ils ne
marchent pas groupés, mais assez rapprochés pour se voir et se prêter
un mutuel appui.
Les patrouilles qui se rencontrent se reconnaissent.
[Illustration: Zouaves fouillant une ferme.]
=35. Qui commande une patrouille?=
Un caporal, un sous-officier ou au besoin un officier.
=36. Comment doit marcher une patrouille?=
Les hommes ne marchent pas groupés, pour n'être pas coupés ou enlevés
tous à la fois si on tombe dans une embuscade, mais on doit toujours
pouvoir prêter appui aux camarades.
Il est nécessaire que chaque homme de la patrouille connaisse le but
de la mission à remplir, l'itinéraire, le lieu de rassemblement, le
mot de ralliement et les signaux, puis successivement tous les
renseignements recueillis.
=37. Quelles sont les précautions que chaque homme doit observer étant
en patrouille?=
En patrouille, il faut s'orienter, marcher sans bruit, lentement, de
position en position, bien écouter, obéir au chef de patrouille et le
voir toujours.
L'homme en patrouille explore les ravins, les couverts; il se faufile
le long des murs, des haies; il voit derrière le mur élevé, il suit
les chemins creux, mais de distance en distance il monte sur toutes
les petites hauteurs voisines; il s'y poste pour examiner les environs
et le versant opposé.
=38. Quelle est une excellente précaution pour le retour?=
Au retour, les patrouilles s'arrêtent souvent pour s'assurer qu'elles
ne sont pas suivies.
=39. Où passent les patrouilles la nuit?=
Par les nuits noires et le brouillard, elles ne doivent pas quitter
les chemins ou le bord de ces chemins et sentiers pour ne pas
s'égarer; mais elles doivent beaucoup écouter.
=40. Quelle est la conduite d'une patrouille en présence de l'ennemi?=
À la vue de l'ennemi, la patrouille se poste, se dissimule et examine:
si l'ennemi est inférieur en force, elle l'attire dans une embuscade;
s'il est supérieur, elle prévient les petits postes et continue à
observer; si la patrouille est attaquée, elle se replie en combattant,
fait un circuit et rend compte.
En principe, elle doit éviter le combat et ne pas se laisser couper.
Cependant, si la sécurité du poste l'exige, elle a le devoir de
combattre vigoureusement.
=41. Que doit être le compte rendu d'un soldat éclaireur ou en
patrouille?=
Le soldat doit faire son compte rendu simplement dans son langage
habituel.
Il doit dire ce qu'il a vu par lui-même, puis ce qu'il a appris par
renseignements.
Il doit donner des détails sur les chemins, le terrain, les cultures,
les hauteurs, les cours d'eau, sur les habitations, leurs ressources,
sur le caractère et l'humeur des habitants.
S'il a vu l'ennemi, il renseigne sur ses emplacements, son uniforme,
sa force, son nombre, etc.
=42. Que fait la patrouille en présence d'un bois?=
S'il est petit, elle le tourne avant d'y pénétrer; s'il est étendu,
elle en reconnaît la lisière, puis les abords des chemins intérieurs;
elle fouille le fourré et explore les clairières.
Mais elle a eu soin de garder son point de sortie.
=43. Quelle est la conduite d'une patrouille en présence de lieux
habités?=
Avant d'entrer dans un village, elle pénètre dans la première maison,
mais après avoir auparavant observé cette maison et avoir écouté
attentivement; la patrouille s'empare d'un des habitants, l'interroge,
le garde et pénètre ensuite dans le village.
Reconnaissances.
=44. Que sont les reconnaissances et quel est leur rôle?=
Ce sont des troupes qui s'assurent que l'ennemi ne prépare ni attaque
ni embuscade. La reconnaissance s'avance assez loin, cherche à passer
inaperçue, se couvre, prend position d'attente, ne perd pas le contact
de l'ennemi, épie tous ses mouvements et envoie des patrouilles pour
se renseigner.
Les reconnaissances sont aussi chargées d'étudier les positions, les
villages, les bois, etc., pour le meilleur parti à en tirer. Elles
sont toujours commandées par on officier et comprennent généralement
les trois armes.
En reconnaissance, le soldat se conduit comme en patrouille, il doit
user de ruse pour voir.
Souvent une reconnaissance devra attaquer pour arriver à avoir les
renseignements qu'elle doit fournir; dès qu'elle est renseignée, elle
rompt le combat et rentre.
=45. Qui transmet les ordres ou les renseignements?=
Des soldats, plantons ou vélocipédistes sont chargés du transport de
ces papiers.
Au départ, ils reçoivent des ordres précis sur leur mission, sur leur
itinéraire et sur le destinataire. Si, par hasard, ils sont pris par
l'ennemi, ils font disparaître l'ordre, au besoin on l'avale, on reste
muet avec l'ennemi, sans aucune crainte.
Au retour, si l'ordre a été bien remis, on rend compte: «Ordre
transmis au commandant X...».
[Illustration: Reconnaissance attaquant le hameau pour obtenir des
renseignements sur la force de l'ennemi.]
IV--ORIENTATION ET INDICES.
Orientation.
=46. À quoi sert l'orientation?=
L'orientation sert à se diriger au moyen des quatre points cardinaux
qui sont: le nord, le sud, l'est et l'ouest.
=47. Où se trouve le soleil aux différentes heures de la journée?=
Le soleil se trouve à l'est à 6 heures du matin, au sud-est à 9
heures du matin, au sud à midi, au sud-ouest à 15 heures ou 3 heures
du soir et à l'ouest à 18 heures ou 6 heures du soir.
[Illustration:
Nord
_Nord-Ouest_
Ouest
_Sud-Ouest_
Sud
_Sud-Est_
Est
_Nord-Est_]
=48. Comment peut-on s'orienter avec l'étoile polaire?=
La nuit, en regardant l'étoile polaire et en lui faisant face, on a,
en toutes saisons, le nord devant soi.
[Illustration:
Petite Ourse
_Étoile Polaire_
Grande Ourse]
=49. Quelles indications sur l'orientation peut donner la lune
lorsqu'elle est visible?=
Il suffit de se renseigner sur un calendrier où en est la période de
la lunaison en cours et de savoir que la lune se trouve:
En pleine lune: à l'est à 6 heures du soir, au
sud à minuit, à l'ouest a 6 heures du matin;
En premier quartier: au sud à 6 heures du
soir, à l'ouest à minuit;
En dernier quartier: à l'est à
minuit, au sud à 6 heures du matin.