ACTE V

_Premier tableau_: Sept années se sont écoulées dans l'intervalle des

deux actes.

Le théâtre représente l'entrée du quartier des maisons de prostitution à

Kyoto[37].

Gorozô[38] et une servante dont il a fait sa femme, chassés du palais du

daïmyo, sont venus échouer à Kyoto où ils se sont affiliés à une bande

de malfaiteurs. Ils se disputent tout le jour et ne s'entendent que pour

faire le mal. L'homme est tombé malade; il fait des dettes. La femme est

réduite à se faire courtisane sous le nom de Satsuki. Hoshikage[39] veut

en faire sa maîtresse.

Ce tableau n'est pour ainsi dire qu'une introduction aux scènes qui vont

suivre.

_Deuxième tableau_: Tcha-ya[40] de Kabutoya à Kyoto. L'ensemble du

tableau représente une rue de la ville.

Satsuki et Hoshikage sont en tête à tête. Après une assez longue

discussion la femme consent à se donner, l'homme paye le prix du marché

et séance tenante Satsuki fait passer cet argent à Gorozô qui arrive à

point. D'après les usages consacrés, cela veut dire qu'elle rompt avec

lui. Mais il témoigne du dépit et repousse le sac. Il y a là une scène

assez comique égayée surtout par le serviteur de Gorozô, personnage

burlesque. En droit[41] les circonstances sont telles que le malheureux

n'a rien à objecter contré la détermination de sa femme. Néanmoins c'est

en jurant de se venger qu'il quitte la place.--Hoshikage part pour le

pavillon où doit avoir lieu le rendez-vous. Satsuki ne peut encore le

suivre. Elle a différentes choses à régler avant de sortir de la

_tcha-ya_. Son amie Oju[42], la maîtresse du daïmyo qui se trouve là,

lui propose de la remplacer pour un moment et de faire prendre patience

à son nouvel amant jusqu'à son arrivée. C'est accepté. Oju s'habille

avec les vêtements de Satsuki et sort munie de sa lanterne; étant

elle-même la maîtresse du daïmyo, il ne faut pas qu'elle soit reconnue.

_Troisième tableau_: Une autre rue de Kyoto.--Au premier plan un de ces

échafaudages de seaux qui sont disposés de place en place, dans les

villes japonaises, en prévision des incendies.--A l'angle d'une maison

une lanterne allumée.

Gorozô entre en scène armé d'un sabre nu. Il sait que sa femme doit

passer par là pour aller au rendez-vous. La rue est déserte: cela lui

convient.--Il monte sur une borne pour éteindre la lanterne

publique.--Obscurité complète.--Il se met en embuscade derrière les

seaux. Oju arrive. Gorozô la prend pour sa femme, se précipite sur elle

et la tue. Puis posément il lui coupe la tête qu'il enveloppé dans un

morceau d'étoffe[43] enlevé d'un coup de sabre au vêtement de la

victime. Il dissimule le cadavre derrière la cachette où il était

lui-même tout à l'heure et s'attache dans le dos le paquet contenant la

tête; de manière à conserver la liberté de ses mains.

Il était temps d'en finir. Hoshikage las d'attendre vient lui-même à la

recherche de sa maîtresse et rencontre le mari. Il s'élève entre eux une

altercation où Gorozô dit des mots à double sens dont l'autre ne saisit

pas la portée. C'est, bien entendu, de l'objet du rendez-vous qu'il

s'agit. Hoshikage ne se doute de rien et Gorozô se retire sans encombre.

Il y a dans toute cette scène d'assassinat et de tête coupée une minutie

de détails dont le réalisme ne saurait être raconté. Rien n'y est laissé

à l'imagination du spectateur. On ne peut se défendre d'en admirer la

sanglante illusion.

Le théâtre japonais · 第 14 / 16 题