LVIII

A la nage, à la nage! Et, comme un escadron de _djenouns_, ils

passèrent, tumultueux et rapides, ébranlant le sol sous leurs pieds.

«A la nage! à la nage! Thaleb! Thaleb-El-Messaoud! Le salut soit sur

toi! La bénédiction sur ta tête! L'Heureux, l'Heureux! gloire à

l'Heureux et à sa fiancée!»

Et les jeunes, et les vieux, et les femmes et les filles assises sur les

mules, acclamant de leurs cris saccadés, et les krammès qui couraient

derrière, et la négresse Mabrouka qui témoignait sa joie par ses éclats

de rire, et l'étalon du marié, l'arrière-petit-fils de Naama, la belle

coureuse, tout bridé et harnaché de cuir rouge brodé d'or, présent du

Caïd, et la mule blanche caparaçonnée d'or et de soie, destinée à

l'épousée, tout passa comme un éclair. A la nage! à la nage!

Et, dans les hautes herbes du petit chemin creux, un homme à barbe

blanche et aux yeux farouches, accroupi comme un fauve sinistre, les

coudes sur les genoux et la face dans les poings, les regardait passer.

Et à cinquante pas derrière la cavalcade il vit, sur une mule grise

pareille à celle qui avait emporté jadis la fille du Muezzin El-Ketib

dans les sables, un gros homme à mine florissante et railleuse qu'il

reconnut pour être le marchand Lagdar-ben-El-Arbi, l'ancien fiancé de

Meryem.

Et les petits oiseaux éveillés emplirent les buissons voisins de leurs

premières notes joyeuses, les poules d'eau battirent des ailes, et

l'alouette, s'élevant dans les airs, lança gaîment sa chanson:

Va, bon drille.

Au larcin!

Doux butin,

Pille, pille!

L'amour au pays bleu · 第 115 / 120 题