A la nage, à la nage! Et, comme un escadron de _djenouns_, ils
passèrent, tumultueux et rapides, ébranlant le sol sous leurs pieds.
«A la nage! à la nage! Thaleb! Thaleb-El-Messaoud! Le salut soit sur
toi! La bénédiction sur ta tête! L'Heureux, l'Heureux! gloire à
l'Heureux et à sa fiancée!»
Et les jeunes, et les vieux, et les femmes et les filles assises sur les
mules, acclamant de leurs cris saccadés, et les krammès qui couraient
derrière, et la négresse Mabrouka qui témoignait sa joie par ses éclats
de rire, et l'étalon du marié, l'arrière-petit-fils de Naama, la belle
coureuse, tout bridé et harnaché de cuir rouge brodé d'or, présent du
Caïd, et la mule blanche caparaçonnée d'or et de soie, destinée à
l'épousée, tout passa comme un éclair. A la nage! à la nage!
Et, dans les hautes herbes du petit chemin creux, un homme à barbe
blanche et aux yeux farouches, accroupi comme un fauve sinistre, les
coudes sur les genoux et la face dans les poings, les regardait passer.
Et à cinquante pas derrière la cavalcade il vit, sur une mule grise
pareille à celle qui avait emporté jadis la fille du Muezzin El-Ketib
dans les sables, un gros homme à mine florissante et railleuse qu'il
reconnut pour être le marchand Lagdar-ben-El-Arbi, l'ancien fiancé de
Meryem.
Et les petits oiseaux éveillés emplirent les buissons voisins de leurs
premières notes joyeuses, les poules d'eau battirent des ailes, et
l'alouette, s'élevant dans les airs, lança gaîment sa chanson:
Va, bon drille.
Au larcin!
Doux butin,
Pille, pille!