Cependant, les invités de la noce s'avançaient, bruyants et joyeux.
Jeunes et vieux étaient à cheval, et le Caïd les précédait. Pour faire
honneur à son frère, il avait convoqué les cheiks d'alentour, et tous
avec leurs cavaliers, le fusil sur la cuisse, chatouillaient de leurs
longs éperons ou du coin aigu de l'étrier, les flancs des fiers étalons
et des ardentes cavales qui, surexcités et narines fumantes,
bondissaient en mâchant le mors, impatients d'être lancés à la brillante
fantasia.
Car déjà, on approchait du haouch; on l'apercevait noyé dans les
premières lueurs de l'aube, enfoui dans sa verdoyante oasis.
«A la nage, jeunes hommes, à la nage! A la nage sur vos coursiers! Voici
le moment de déployer votre force et votre adresse, le moment de
montrer, aux plus beaux yeux du Souf, comment les enfants de la plaine
savent manier un fusil et un cheval.
«Car, la belle Afsia, la fiancée du vieux Thaleb, ouvrira sur tous ses
grands yeux de gazelle et qui sait si elle ne remarquera pas quelqu'un
d'entre vous. Alors, ce soir, dans les bras de son vieil époux, le
souvenir du cavalier traversera peut-être sa pensée et elle se dira:
«Que n'est-il à mes côtés à la place du vieux!» Et assister, en tiers
invisible, à la nuit amoureuse, n'est-ce pas un pas pour entrer dans le
coeur?
A la nage, jeunes gens, à la nage! Aujourd'hui, c'est jour de poudre.
Haut les fusils et feu!»
Et retentit la détonation, longue, crépitante, qui déchira, joyeuse
pétarade, le grand silence de la vallée.
Et tous s'élancèrent au galop.