Alors, sans savoir pourquoi, elle se sentait triste, et Mansour, pour la
distraire, lui contait quelque merveilleuse histoire d'Orient, dont il
écartait avec soin la seule chose qui pouvait lui plaire, les belles
aventures d'amour.
Aussi, d'une oreille elle écoutait la voix du Thaleb, mais l'autre
restait tendue vers le murmure confus et doux qui, depuis quelque temps,
parlait à son coeur. Il semblait venir d'une région inconnue, dont ni sa
noire nourrice du Soudan, ni Mansour, qui savait tant de choses, ne
l'avaient jamais entretenue dans leurs récits de génies, de palais et de
mages.
Elle fermait les yeux, abritant ses pensées sous le voile de ses
paupières et continuait à écouter, sans les entendre, les paroles du
vieillard.
Un spasme nerveux courait dans ses membres, elle étirait les bras
au-dessus de sa tête, comme si elle sentait venir le sommeil, et,
accablée de lassitude, elle restait de longs moments affaissée,
immobile, rêvant éveillée, laissant couler le temps. Et, vers le soir,
lorsque la brise du nord frémissait sur ses épaules et ses bras, courant
amoureusement le long de ses jambes nues, la fouettant à petits coups,
elle recevait ses caresses et secouait l'engourdissement qui l'avait
oppressée sous le soleil; elle sentait une étrange ardeur se glisser
dans ses veines et soupirait.
--A quoi penses-tu? disait Mansour.
Et, rougissante, comme si elle eût été prise en faute:
--A rien, répondait-elle. C'est ce qui est dans ma tête qui voyage et va
je ne sais où.
Elle se sauvait alors dans son petit jardin, et, la tête penchée sur les
fleurs, plongeait son regard jusqu'au fond des calices, essayant d'en
surprendre les mystérieuses merveilles; éblouie des brillantes couleurs,
enivrée des suaves parfums, elle souhaitait d'être petite mouche bleue,
pour pénétrer à l'aise dans ces fragiles palais, plus magnifiques que
ceux dont le Thaleb lui racontait les magies:
--Tais-toi, lui disait-elle; ce que je vois au fond de mes fleurs est
plus beau que tout ce que tu me dis.