VI

Dans le frais bocage de son jardin vierge, jacassait une légion ailée de

joyeux et bruyants hôtes. Leur ramage la réveillait aussitôt que le

soleil glissait ses rayons par le grillage de bois doré de sa petite

fenêtre. Et vite, elle se levait et descendait au jardin. Elle y faisait

ses ablutions dans le petit ruisseau sous deux ou trois grands saules

que Mansour avait plantés, quand elle était toute petite, et qui

maintenant étendaient leurs bras chevelus jusque sur le toit du haouch.

Elle s'y mettait à l'ombre sans voile, et sous le feuillage vert, entre

le haouch et l'épaisse haie de cactus, dans le fourmillement des lis,

des jasmins et des roses, nul oeil indiscret n'eût pu l'apercevoir.

D'ailleurs, depuis qu'elle avait grandi, Mansour respectait ses petits

secrets de fille, et pendant sa toilette, l'_Oudou-el-Kebir_ que le

Prophète a prescrit comme acte religieux, sachant bien que la propreté

du corps est l'avant-garde de celle de l'âme, et que ceux qui ne se

lavent pas ont l'âme aussi sale que les flancs--pendant la grande

ablution alors que, nue et rayonnante de sa naissante beauté, elle

faisait couler sur ses épaules, ses seins, ses hanches et toutes ses

chairs jeunes et fermes, les vivifiants ruissellements de l'onde

fraîche, il n'eût pas voulu hasarder un regard. Il eût trop craint

d'être surpris par elle, et qu'alors une pensée mauvaise ne vînt

déflorer la virginité de ce coeur.

Il la laissait donc seule, plein de respect pour son enfantine chasteté,

faisant bonne garde au dehors, certain de la retrouver le jour où il la

voudrait, dans tout l'éblouissement de sa beauté immaculée.

L'amour au pays bleu · 第 65 / 120 题