Il arriva haletant dans le dédale des chemins de l'oasis. Alors il
ralentit le pas et se glissa derrière le mur du jardin du Muezzin. Il
écouta. Comme dans les rues solitaires, le grand silence planait dans
les fouillis de verdure.
--Meryem! Meryem!
Nulle voix ne répondit.
Il en fut plus contrarié qu'inquiet: la fille du Muezzin ne pouvait
l'avoir attendu si tard. Vesper ardait déjà haut dans le ciel et depuis
longtemps l'heure du rendez-vous avait fui. Il escalada le mur et erra
dans le jardin.
--Meryem! Meryem! disait-il tout bas aux buissons et aux arbres.
Quelques chacals jappèrent, et, soucieux et pensif, il rentra à la
maison. De quoi se préoccupait-il? Il avait cent douros et avec cet
acompte respectable il obtiendrait sûrement la parole du père; il
reviendrait riche du Soudan, il aurait la perle de Msilah. De quoi se
préoccupait-il, puisque l'avenir rayonnait?
C'est que l'avenir était loin encore; l'avenir c'était huit mois, et
huit mois font deux cent cinquante fois demain. Et que d'heures, que de
soucis, que d'imprévus, que d'incertitudes. Il était jeune, fort,
intrépide. Il ne redoutait ni les fatigues, ni la soif, ni le simoun, ni
les balles, ni le danger. Mais, comme tous les amants, il eût voulu
jouir de suite et il se disait qu'ayant tenu le bonheur, peut-être il
l'avait laissé fuir.
On connaît l'heure du départ; qui peut dire celle du retour?