Cependant, plus que jamais, la solitude lui pesait. Il était las de la
vie vagabonde. Et si les femmes ne voulaient pas de lui, il voulait au
moins une femme.
L'homme ne peut rester seul. Il faut qu'une douce main passe sur lui
pour assouplir sa dure écorce. Il faut le rayon d'une prunelle de femme
pour chauffer son foyer et éclairer sa vie. De tous temps l'ont dit les
sages: «L'homme sans compagne marche à tâtons; il s'égare, trébuche et
roule dans la boue.» Car dans la rude et sombre route, c'est elle qui
tient le flambeau, tandis que lui, ouvre la marche.
Ceux qui ne réfléchissent pas ont dit:
«L'épouse se ceinture avec des vipères, elle s'épingle avec des
scorpions.»
«La femme, c'est le mal.»
Elle n'est le mal que parce que l'homme a jeté sur elle ses souillures,
et les vipères de sa ceinture sont celles dont son maître l'a enlacée.
Non; l'homme ne doit pas rester seul. Il ne doit pas non plus, muet
envieux, s'asseoir en parasite près de la joie des autres. Il lui faut
son foyer à lui, sa femme à lui, ses enfants à lui. C'est encore la
grande loi. L'intrus dans le foyer éteint le foyer.
Mansour le comprit, mais trop tard. Lui qu'on appelait l'heureux et
l'habile, il se trouva misérable et reconnut qu'il n'était que fou. Avec
le vide de sa maison, il sentit le vide de sa vie.
Les amours d'une heure n'y avaient pas laissé plus de traces que n'en
laisse dans l'air où il passe le reflet des sabres tirés.
Oui, il lui fallait prendre femme. Il l'aimerait de l'amour des jeunes,
avec un coeur de jeune, une force et une énergie de jeune; il l'aimerait
jusqu'à la fin, jusqu'à ce que son heure ait sonné, et alors il
partirait en disant:
--J'ai goûté à tout!