Combien de fois aussi, dans les nuits sans lune, alors que seuls, les
chiens gardaient le douar endormi, il a rôdé, hardi larron, convoitant
le bien de l'époux.
Il avait la magie des braves; il savait les signes qui rendent les
aboyeurs silencieux, les mots qu'on dit aux _djinns_ invisibles pour les
forcer à balayer la voie.
Nu comme le père des hommes et le _flissa_ aux dents, il se glissait
dans la tente où l'attendait, effrayée, celle qu'il avait choisie. Alors
près de l'époux, dont il entendait le souffle, il volait sur la
bien-aimée tremblante sa large part d'amour.
Puis il partait pour ne plus revenir. Car c'était ainsi: jamais deux
fois il ne buvait à la même coupe. La cruche ébréchée ne lui servait
plus.
Il l'avait juré sur la mémoire de Meryem.
Et les jeunes gens l'enviaient et disaient, quand ils le voyaient passer
sur la belle Oureka, la fille du poulain noir que jadis lui donna son
père:
--Le voilà, le voilà, celui qui commande aux _djinns_.