À son retour des solitudes où l'on voyage de longs mois sans en découvrir
les limites, lorsqu'aux approches du Souf il rencontrait les caravanes
des Sahariens qui, vers l'été, s'arrêtent au Nord pour y faire paître
les troupeaux et y échanger contre les grains du Tell les plumes
d'autruche et les dattes des oasis, il demandait à mêler sa caravane à
la leur.
Fatigués de la longue monotonie de la marche, ils acceptaient avec joie,
car on savait qu'il organisait des chasses et des fêtes.
Alors la poudre, dont il n'était pas avare, éclatait tout à coup dans
les grands silences; du haut des palanquins, les femmes, frappant du
bout de leurs doigts leur bouche rieuse, jetaient dans l'air sonore les
bruyantes saccades de leur joie, gamme mélodieuse qui émeut le coeur
des hommes et grise autant que le vin proscrit; les chameaux, dressant
la tête, allongeaient leurs grands cous fauves; les troupeaux effarés
galopaient en avant, tandis que sur les flancs de la colonne, les nobles
étalons du _Haymour_, au vigoureux poitrail, et les juments à large
croupe, frémissantes d'impatience, piétinaient le sol.
Fantasia! Fantasia! Les coups de feu se précipitent; les cavaliers
s'ébranlent; les longs _chelils_ de soie aux franges d'or flottent sur
les croupes; les fusils lancés retombent dans les mains habiles; jeunes
et vieux, courbés sur les encolures, partent au galop et suivis des
éclats stridents des femmes, disparaissent dans les tourbillons de sable
jaune.
Et dans les grandes lignes dorées de la plaine, on voit fuir les couples
d'autruches et bondir les troupeaux de gazelles.
«Beau pays aimé de Dieu, loin des Roumis et des sultans! Où es-tu? où
es-tu?»