XXV

À son retour des solitudes où l'on voyage de longs mois sans en découvrir

les limites, lorsqu'aux approches du Souf il rencontrait les caravanes

des Sahariens qui, vers l'été, s'arrêtent au Nord pour y faire paître

les troupeaux et y échanger contre les grains du Tell les plumes

d'autruche et les dattes des oasis, il demandait à mêler sa caravane à

la leur.

Fatigués de la longue monotonie de la marche, ils acceptaient avec joie,

car on savait qu'il organisait des chasses et des fêtes.

Alors la poudre, dont il n'était pas avare, éclatait tout à coup dans

les grands silences; du haut des palanquins, les femmes, frappant du

bout de leurs doigts leur bouche rieuse, jetaient dans l'air sonore les

bruyantes saccades de leur joie, gamme mélodieuse qui émeut le coeur

des hommes et grise autant que le vin proscrit; les chameaux, dressant

la tête, allongeaient leurs grands cous fauves; les troupeaux effarés

galopaient en avant, tandis que sur les flancs de la colonne, les nobles

étalons du _Haymour_, au vigoureux poitrail, et les juments à large

croupe, frémissantes d'impatience, piétinaient le sol.

Fantasia! Fantasia! Les coups de feu se précipitent; les cavaliers

s'ébranlent; les longs _chelils_ de soie aux franges d'or flottent sur

les croupes; les fusils lancés retombent dans les mains habiles; jeunes

et vieux, courbés sur les encolures, partent au galop et suivis des

éclats stridents des femmes, disparaissent dans les tourbillons de sable

jaune.

Et dans les grandes lignes dorées de la plaine, on voit fuir les couples

d'autruches et bondir les troupeaux de gazelles.

«Beau pays aimé de Dieu, loin des Roumis et des sultans! Où es-tu? où

es-tu?»

L'amour au pays bleu · 第 39 / 120 题