XXIII

Le temps s'écoula; on espérait toujours. Par moment le bruit des

batailles apportait son nom jusqu'au douar. C'était tout. Mais on

attendait encore, lorsqu'un matin le douar fut emporté comme par un

tourbillon du simoun.

Au jour levant, à l'heure où l'on trouve l'homme sans fusil, la jument

sans bride et la femme sans ceinture, les Roumis passèrent; et le soleil

n'était pas encore haut dans le ciel qu'il ne restait plus rien dans la

plaine.

Du douar aux soixante-dix tentes, des troupeaux que jadis gardait

Mansour, de la belle Meryem, de l'altière Kradidja, du vieux cheik et de

la fraction des _Ouled-Sidi-Abid_, il n'y eut plus que le souvenir.

Au crépuscule, les rôdeurs de nuit se jetèrent sur les cadavres. Ils

virent des femmes éventrées qu'avaient violées les cavaliers du

_Magzen_. C'est la guerre. Elles avaient été dépouillées de leurs

anneaux d'argent, de leurs bracelets et de leurs bagues. A chaque peine

son salaire; le soldat, qui vend sa vie, doit jouir après le combat.

Cependant on trouva sur le coeur de l'une d'elles une amulette qui

cachait un petit anneau d'argent.

Il n'y avait plus à _razer_ que des burnous sanglants, des tentes

trouées, des lambeaux de haik; ils les volèrent, laissant le reste aux

chacals.

Il faut bien que le pauvre vive.

L'amour au pays bleu · 第 37 / 120 题