CAMILLE LEMONNIER.

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Le Soleil (15 novembre 1880).

L'éditeur Alphonse Lemerre vient d'ajouter à sa collection de romans,

peu nombreux, mais choisis, un livre de M. Hector France, l'_Amour au

Pays Bleu_, qui est une sorte de poème en prose d'une intensité de

couleurs et de vie remarquable. C'est en même temps, sous une forme très

artistique, une histoire amoureuse des plus originales et des plus

dramatiques....

Il ne faut pas oublier que nous sommes ici dans le pays de l'Islam, où

les moeurs sont faites pour atténuer beaucoup certaines couleurs qui

nous paraîtraient trop crues. N'est-il pas curieux qu'un écrivain de

cette valeur, un poète pour tout dire, se montre assez peu soucieux de

son grand talent pour oser signer quelques-uns de ces feuilletons qui,

au rez-de-chaussée de certains journaux, sont des armes de guerre aussi

peu sincères que peu loyales, et qui pervertissent l'imagination

populaire par l'exposition de tableaux inventés à plaisir pour être mis

au service des passions politiques les plus acharnées? Dans la masse de

romans dont je ne signale ici que la quintessence, celui-ci tranche par

son originalité et par le charme réel de la forme qui revêt la couleur

vive et l'ardeur brûlante du pays bleu, c'est-à-dire de l'Algérie, où

l'homme a toutes les intempérances du climat imperturbablement beau et

où l'on cueille les femmes comme les fleurs, à peine écloses sur leur

tige.

Ch. Canivet.

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Courrier du Soir _(28 novembre 1880)_.

En Algérie, les passions sont violentes; l'amour est fougueux; si nous

ne le savions pas, le livre de M. Hector France nous l'apprendrait. Des

moeurs âpres, des caractères impétueux, des scènes poignantes, voilà ce

que nous offre ce livre, à chaque page. Certains tableaux ont une

couleur brutale, toute primitive, dont la Bible seule nous donne

l'équivalent. Telle est la vie au désert, au «pays bleu» où M. Hector

France nous conduit. L'amour italien, tel que Stendhal le décrit n'est

que froideur à côté de celui que respirent les fils du Souf, les enfants

de Djenara, la perle des Ksours. Au reste, comme le dit fort bien le

Thaleb Ali-bou-Nahr, les gens du Nord ne peuvent rien comprendre à ces

amours redoutables.

La donnée est dramatique; et elle aboutit à une sévère moralité. M.

Hector France a développé son sujet en écrivain qui connaît l'Algérie et

qui l'aime profondément. Il n'en parle point avec le sang-froid d'un

Occidental; son style se revêt d'une riche couleur orientale; et,

vraiment, il nous offre certaines descriptions fort remarquables.

Cette histoire touche à la pastorale: par moments, on croit lire les

scènes d'une luxuriante et barbare églogue. Si la touche est excessive,

il se dégage, de plus d'un tableau, une âpre poésie. Peut-être, pour

nous paraître vrai, ce livre ne pouvait-il guère être écrit autrement.

Il est fait pour ne point passer inaperçu; il est entraînant et

passionné; par le temps qui court, ces défauts doivent servir à appeler

l'attention du public.

Antony Valabreque.

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Le Livre _(décembre 1880)_.

Nous devons à Hector France le _Roman du Curé_, l'_Homme qui tue_ et le

_Péché de Soeur Cunégonde_. Ces oeuvres ont obtenu un succès mérité dans

la mesure de leur valeur. Le roman que vient de publier la librairie

Lemerre surpasse, à notre sens, les précédents ouvrages du même auteur.

Sans aucun doute il aura moins de succès, car plus l'art s'élève, moins

il est entouré. Les plus grands romanciers modernes ne sont pas plus

populaires. L'admirable auteur de la _Vieille Maîtresse_ est connu et

apprécié du petit nombre et nous voyons tous les jours des études

contemporaines d'une haute supériorité dont l'unique édition s'enlève

lentement. Le grand public s'inquiète peu du beau; il veut se distraire

et pour son imagination le premier jouet lourdement bâti lui est bon.

L'_Amour au Pays Bleu_ est une oeuvre ensoleillée, chaude et vivante.

Dans les tableaux que nous trace magistralement M. France, nous

retrouvons toute la couleur d'un Fromentin et la poésie d'un Gérome. Ce

roman très original nous montre la fatalité orientale d'une façon

saisissante.... Canevas superbe, canevas très bien brodé avec des

arabesques d'un art infini. Qu'on lise ce volume, ceci est pour les

délicats.

Octave Uzanne.

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République Française _(17 janvier 1881)_.

Il y a beaucoup d'étrange et de pittoresque, beaucoup de prose, même

naturaliste, en même temps que de poésie exubérante, dans cette histoire

d'un Don Juan arabe débauché, très voleur de femmes et de filles, à qui

l'idée vient tout à coup, comme à l'Arnolphe de Molière, d'élever une

Agnès toute petite pour l'épouser plus tard, sûrement vierge de corps et

de pensée. L'amour jeune, ici comme toujours, déjoue les plans du vieux

séducteur, et la vengeance de ses victimes d'autrefois se lève tout à

coup devant lui. La peinture des moeurs privées dans ce beau coin

d'Algérie, _le pays bleu_, a ici un caractère nouveau et original. Le

paysage y est à la fois familier et presque lyrique. On ne peut mieux

définir la saveur de ce singulier livre qu'en disant qu'il fait penser

à la fois au _Dernier des Abencerages_ et à _Madame Bovary_. On le voit,

comme mélange c'est tout à fait neuf. L'unité d'impression et de vérité

y est néanmoins.

Fabrice W.

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Moniteur Universel _(24 novembre 1880)_.

M. Hector France nous a retracé un épisode terrible de la passion sous

le ciel africain, ce ciel perpétuellement azuré sous lequel il a

longtemps vécu, et jeté à cheval, au milieu des cavaliers rouges, les

premières ébauches du roman qu'il publie aujourd'hui sans aucune de ces

préoccupations politiques ou sociales qui se remarquent dans ses autres

écrits. Ce sont des tableaux de la vie pastorale, les uns riants, les

autres plus sombres, mais tous fortement empreints du souvenir des

moeurs arabes et des aspects de cette pittoresque contrée, et auxquels

un style coloré et vigoureux donne un puissant relief.

Eug. Asse.

Justice (_12 décembre 1880_).

Voici un nouveau livre de l'auteur de l'_Homme qui tue_, qui, lui, ne

nous présente pas un Arabe de convention parcourant sur son légendaire

coursier un désert brûlant décrit par le romancier, les pieds sur les

chenets. C'est en Algérie même, sous la tente, à cheval, que M. France a

jeté sur le papier les premières ébauches de son oeuvre.

Le lecteur sent, dès les premières lignes, qu'on ne lui offre pas des

esquisses faites de chic, mais bien de beaux tableaux que l'auteur a vus

et qu'il a reproduits avec une grande puissance d'observation et

d'originalité. A la vérité, l'_Amour au Pays Bleu_ est l'oeuvre d'un

poète plutôt que celle d'un romancier.

L'amour au pays bleu · 第 5 / 120 题