I
En cette ère nouvelle où nous entrons et où les religions ne répondent
plus aux grandes questions de l’humanité, un des problèmes sur quoi l’on
s’interroge avec le plus d’inquiétude est celui de la vie d’outre-tombe.
Tout finit-il à la mort? Y a-t-il une survie imaginable? Où allons-nous,
que devenons-nous? Qu’est-ce qui nous attend de l’autre côté de
l’illusion fragile qu’on appelle l’existence? A la minute où s’arrête
notre cœur, est-ce la matière ou l’esprit qui triomphe, la lumière
éternelle ou les ténèbres sans fin qui commencent?
Comme tout ce qui existe, nous sommes impérissables. Nous ne pouvons
concevoir que quelque chose se perde dans l’univers. A côté de l’infini,
il est impossible d’imaginer un néant où un atome de matière puisse
tomber et s’anéantir. Tout ce qui est sera éternellement, tout est, et
il n’est rien qui ne soit point. Sinon, il faudrait croire que notre
cerveau n’a rien de commun avec l’univers qu’il s’efforce de concevoir.
Il faudrait même se dire qu’il fonctionne au rebours de celui-ci, ce qui
n’est guère probable, puisqu’après tout, il n’en peut être qu’une sorte
de reflet.
Ce qui semble périr ou du moins disparaître et se succéder, c’est les
formes et les modes sous lesquels nous percevons la matière
impérissable; mais nous ignorons à quelles réalités répondent ces
apparences. Elles sont le tissu du bandeau qui, posé sur nos yeux, donne
à ceux-ci, sous la pression qui les aveugle, toutes les images de notre
vie. Ce bandeau enlevé, que reste-t-il? Entrons-nous dans la réalité qui
existe indubitablement par delà; ou bien les apparences même
cessent-elles pour nous d’exister?...