Partons loyalement de la grande vérité: il n’y a, pour ceux qui
possèdent, qu’un seul devoir certain: qui est de se dépouiller de ce
qu’ils ont, de façon à se mettre en l’état de la masse qui n’a rien. Il
est entendu, en toute conscience lucide, qu’il n’en existe pas de plus
impérieux, mais on y reconnaît en même temps, qu’il est, par manque de
courage, impossible de l’accomplir. Du reste, dans l’histoire héroïque
des devoirs, même aux époques les plus ardentes, même à l’origine du
christianisme et dans la plupart des ordres religieux qui cultivèrent
expressément la pauvreté, c’est peut-être le seul qui n’ait jamais été
entièrement rempli. Il importe donc, en s’occupant de nos devoirs
subsidiaires, de ne point oublier que l’essentiel est sciemment éludé.
Que cette vérité nous domine. Souvenons-nous que nous parlons dans son
ombre, et que nos pas les plus hardis, les plus extrêmes, ne nous
conduiront jamais au point où il faudrait que nous fussions d’abord.
* * * * *
Puisqu’il paraît qu’il s’agit là d’une impossibilité absolue autour de
laquelle il est oiseux de s’étonner encore, acceptons la nature humaine
telle qu’elle s’offre. Cherchons donc sur d’autres routes que la seule
directe,--n’ayant pas la force de la parcourir,--ce qui, en attendant
cette force, peut nourrir notre conscience. Il y a ainsi, pour ne plus
parler de la grande, deux ou trois questions que se posent sans cesse
les cœurs de bonne volonté. Que faire en l’état actuel de notre société?
Faut-il se ranger, _a priori_, systématiquement, du côté de ceux qui la
désorganisent ou dans le camp de ceux qui s’évertuent à en maintenir
l’économie?--Est-il plus sage de ne point lier son choix, de défendre
tour à tour ce qui semble raisonnable et opportun dans l’un et l’autre
parti? Il est certain qu’une conscience sincère peut trouver ici ou là
de quoi satisfaire son activité ou bercer ses reproches. C’est pourquoi,
devant ce choix qui s’impose aujourd’hui à toute intelligence honnête,
il n’est pas inutile de peser le pour et le contre plus simplement qu’on
ne le pratique d’habitude, et comme le pourrait faire l’habitant
désintéressé de quelque planète voisine.
* * * * *
Ne reprenons pas toutes les objections traditionnelles, mais seulement
celles qui peuvent être assez sérieusement défendues. Nous rencontrons
d’abord la plus ancienne qui soutient que l’inégalité est inévitable,
étant conforme aux lois de la nature. Il est vrai; mais l’espèce humaine
paraît assez vraisemblablement créée pour s’élever au-dessus de
certaines lois de la nature. Si elle renonçait à surmonter plusieurs de
ces lois, son existence même serait remise en péril. Il est conforme à
sa nature particulière d’obéir à d’autres lois que celle de sa nature
animale, etc. Du reste, l’objection est dès longtemps classée parmi
celles dont le principe est insoutenable et mènerait au massacre des
faibles, des malades, des vieillards, etc.
On dit ensuite qu’il est bon, pour hâter le triomphe de la justice, que
les meilleurs ne se dépouillent pas prématurément de leurs armes dont
les plus efficaces sont précisément la richesse et le loisir. On
reconnaît suffisamment ici la nécessité du grand sacrifice, et l’on ne
met en question que son opportunité. Soit; à condition qu’il demeure
bien convenu que ces richesses et ce loisir servent uniquement à hâter
les pas de la justice.
Un autre argument conservateur, digne d’attention, affirme que le
premier devoir de l’homme étant d’éviter la violence et l’effusion du
sang, il est indispensable que l’évolution sociale ne soit pas trop
rapide, qu’elle mûrisse lentement, qu’il importe de la tempérer en
attendant que la masse s’éclaire et soit portée graduellement et sans
dangereuses secousses vers une liberté et une plénitude de biens qui, en
ce moment, ne déchaîneraient que ses pires instincts. Il est encore
vrai; néanmoins il serait intéressant de calculer,--puisqu’on n’arrive
au mieux que par le mal,--si les maux d’une révolution brusque, radicale
et sanglante l’emportent sur les maux qui se perpétuent dans l’évolution
lente. Il conviendrait de se demander s’il n’y a pas avantage à agir au
plus vite; si tout compte fait, les souffrances silencieuses de ceux
qui attendent dans l’injustice ne sont pas plus graves que celles que
subiront durant quelques semaines ou quelques mois les privilégiés
d’aujourd’hui. On oublie volontiers que les bourreaux de la misère sont
moins bruyants, moins scéniques, mais infiniment plus nombreux, plus
cruels, plus actifs que ceux des plus affreuses révolutions.
* * * * *
Enfin, dernier argument et peut-être le plus troublant: l’humanité,
déclare-t-on, depuis plus d’un siècle parcourt les années les plus
fécondes, les plus victorieuses, les années probablement climatériques
de sa destinée. Elle semble, à considérer le passé, dans la phase
décisive de son évolution. On croirait, à certains indices, qu’elle est
près d’atteindre son apogée. Elle traverse une période d’inspiration à
laquelle nulle autre ne se peut historiquement comparer. Un rien, un
dernier effort, un trait de lumière qui reliera ou soulignera les
découvertes, les intuitions éparses ou en suspens, la sépare seule
peut-être des grands mystères. Elle vient d’aborder des problèmes dont
la solution, aux dépens de l’ennemi héréditaire, c’est-à-dire du grand
inconnu de l’univers, rendrait vraisemblablement inutiles tous les
sacrifices que la justice exige des hommes. N’est-il pas dangereux
d’arrêter cet élan, de troubler cette minute précieuse, précaire et
suprême? En admettant même que ce qui est acquis ne se puisse plus
perdre comme dans les bouleversements antérieurs, il est néanmoins à
craindre que l’énorme désorganisation exigée par l’équité mette
brusquement fin à cette période heureuse; et il n’est pas indubitable
qu’elle renaisse de longtemps, les lois qui président à l’inspiration du
génie de l’espèce étant aussi capricieuses, aussi instables que celles
qui président à l’inspiration du génie de l’individu.
C’est peut-être, comme je l’ai dit, l’argument le plus inquiétant. Mais,
sans doute, attache-t-il trop d’importance à un danger assez incertain.
Au surplus, il y aura à cette brève interruption de la victoire humaine,
de prodigieuses compensations. Pouvons-nous prévoir ce qu’il adviendra
lorsque l’humanité entière prendra part au labeur intellectuel qui est
le labeur propre à notre espèce? Aujourd’hui, c’est à peine si un
cerveau sur cent mille se trouve dans des conditions pleinement
favorables à son activité. Il se fait en ce moment un monstrueux
gaspillage de forces spirituelles. L’oisiveté endort par en haut autant
d’énergies mentales que l’excès de travail manuel en éteint par en bas.
Incontestablement, quand il sera donné à tous de se mettre à la tâche à
présent réservée à quelques élus du hasard, l’humanité multipliera des
milliers de fois ses chances d’arriver au grand but mystérieux.
* * * * *
Voilà, je pense, le meilleur du pour et du contre, les raisons les plus
raisonnables que puissent invoquer ceux qui n’ont point hâte d’en finir.
Au milieu de ces raisons se dresse l’énorme monolithe de l’injustice. Il
est inutile de lui prêter une voix. Il oppresse les consciences, il
borne les intelligences. Aussi ne saurait-il être question de ne le
point détruire; on demande seulement à ceux qui le veulent renverser
quelques années de patience, afin qu’après avoir déblayé ses entours, sa
chute entraîne de moindres désastres. Faut-il accorder ces années et
parmi ces motifs de hâte ou d’attente, quel sera donc le choix de la
meilleure foi?
* * * * *
Les arguments qui demandent quelques années de répit vous semblent-ils
suffisants? Ils sont assez précaires; mais encore ne serait-il pas
juste de les condamner sans considérer le problème d’un point plus élevé
que la raison pure. Ce point doit toujours être recherché dès qu’il
s’agit de questions qui débordent l’expérience humaine. On pourrait fort
bien soutenir, par exemple, que le choix ne saurait être le même pour
tous. L’espèce, qui a probablement de ses destinées une conscience
infinie qu’aucun individu ne peut saisir, aurait très sagement réparti
entre les hommes les rôles qui leur conviennent dans le haut drame de
son évolution. Pour des motifs que nous ne comprenons pas toujours, il
est sans doute nécessaire qu’elle progresse lentement; c’est pourquoi
l’énorme masse de son corps l’attache au passé et au présent, et de très
loyales intelligences peuvent se trouver dans cette masse, comme il est
possible à de très médiocres de s’en évader. Qu’il y ait satisfaction ou
mécontentement désintéressé du côté de l’ombre ou de la lumière, peu
importe: c’est souvent une question de prédestination et de
distribution de rôles plutôt que d’examen. Quoi qu’il en soit, ce serait
pour nous, dont la raison juge déjà la faiblesse des arguments du passé,
un motif nouveau d’impatience. Admettons-en, par surcroît, la force très
plausible. Il suffit donc qu’aujourd’hui ne nous satisfasse point, pour
que nous ayons le devoir, pour ainsi dire organique, de détruire tout ce
qui le soutient, afin de préparer l’arrivée de demain. Alors même que
nous verrions fort nettement les dangers et les inconvénients d’une trop
prompte évolution, il est requis, pour que nous remplissions fidèlement
la fonction assignée par le génie de l’espèce, que nous passions outre à
toute patience, à toute circonspection. Dans l’atmosphère sociale, nous
représentons l’oxygène, et si nous nous y conduisons comme l’azote
inerte, nous trahissons la mission que nous a confiée la nature, ce qui,
dans l’échelle des crimes qui nous restent, est la plus grave et la
plus impardonnable des forfaitures. Nous n’avons pas à nous préoccuper
des conséquences souvent fâcheuses de notre hâte; cela n’est pas écrit
dans notre rôle, et en tenir compte, serait ajouter à ce rôle des mots
infidèles qui ne se trouvent point dans le texte authentique dicté par
la nature. L’humanité nous a désignés pour accueillir ce qui s’élève à
l’horizon. Elle nous a donné une consigne qu’il ne nous appartient pas
de discuter. Elle répartit ses forces comme bon lui semble. A tous les
carrefours de la route qui mène à l’avenir, elle a mis, contre chacun de
nous, dix mille hommes qui gardent le passé; ne craignons donc point que
les plus belles tours d’autrefois ne soient pas suffisamment défendues.
Nous ne sommes que trop naturellement enclins à temporiser, à nous
attendrir sur des ruines inévitables; c’est notre plus grand tort. Le
moins que puissent faire les plus timorés d’entre nous,--et ils sont
déjà bien près de trahir,--c’est de ne point ajouter à l’immense poids
mort que traîne la nature. Mais que les autres suivent aveuglément
l’élan intime de la puissance qui les pousse plus outre. Quand bien même
leur raison n’approuverait aucune des mesures extrêmes auxquelles ils
prennent part, qu’ils agissent et espèrent par delà leur raison; car, en
toutes choses, à cause de l’appel de la terre, il faut viser plus haut
que le but qu’on aspire à atteindre.
* * * * *
Ne craignons pas d’être entraînés trop loin; et que nulle réflexion,
quelque juste qu’elle soit, ne brise ou tempère notre ardeur. Nos excès
d’avenir sont nécessaires à l’équilibre de la vie. Assez d’hommes autour
de nous ont le devoir exclusif, la mission très précise d’éteindre les
feux que nous allumons. Allons toujours aux lieux les plus extrêmes de
nos pensées, de nos espoirs et de notre justice. Ne nous persuadons pas
que ces efforts ne sont imposés qu’aux meilleurs; il n’en est rien, et
les plus humbles d’entre nous qui pressentent une aurore qu’ils ne
comprennent pas, doivent l’attendre tout au haut d’eux-mêmes. Leur
présence sur ces sommets intermédiaires remplira de substance vivante
l’intervalle dangereux des premiers aux derniers et maintiendra les
communications indispensables entre l’avant-garde et la masse.
Songeons parfois au grand vaisseau invisible qui porte sur l’éternité
nos destinées humaines. Il a, comme les vaisseaux de nos océans limités,
ses voiles et son lest. Si l’on craint qu’il roule ou qu’il tangue au
sortir de la rade, ce n’est pas une raison pour augmenter le poids du
lest en descendant à fond de cale les belles voiles blanches. Elles ne
furent pas tissées pour moisir dans l’obscurité à côté des pierres du
chemin. Le lest, on en trouve partout; tous les cailloux du port, tout
le sable des plages y est propre. Mais les voiles sont rares et
précieuses; leur place n’est point dans les ténèbres des sentines, mais
parmi la lumière des hauts mâts où elles recueilleront les souffles de
l’espace.
* * * * *
Ne nous disons pas: c’est dans la mesure, dans l’honnête moyenne que se
trouve toujours la meilleure vérité. Cela serait peut-être vrai, si la
plupart des hommes ne pensaient, n’espéraient beaucoup plus bas qu’il ne
convient. C’est pourquoi il est nécessaire que les autres pensent et
espèrent plus haut qu’il ne paraît raisonnable. La moyenne, l’honnête
moyenne d’aujourd’hui sera prochainement ce qu’il y aura de moins
humain. Je trouve, au hasard d’une récente lecture, dans la vieille
chronique flamande de Marcus van Warnewyck, un curieux exemple de cette
excellente opinion du bon sens ou plutôt du sens commun et du juste
milieu. Marcus van Warnewyck était un riche bourgeois de Gand, lettré et
extrêmement sage. Il nous a laissé le journal minutieux de tous les
événements qui se déroulèrent dans sa ville natale, de 1566 à 1568,
c’est-à-dire du premier délire des iconoclastes, à la terrible
répression du duc d’Albe. Ce qu’il convient d’admirer dans ce récit
authentique et savoureux, ce n’est pas tant la vive couleur, la
précision pittoresque des moindres tableaux: pendaisons, scènes de
bûchers, tortures, émeutes, batailles, prêches, etc., pareils à des
Breughels, que la sereine et limpide impartialité du narrateur.
Catholique fervent, il blâme d’une plume égale et modérée les excès des
Réformés et des Espagnols. Il est le juge incorruptible, le juste par
excellence. Il représente vraiment la suprême sagesse pratique et
pondérée, la meilleure volonté, l’humanité la plus raisonnable, la plus
saine, l’indulgence, la pitié la mieux équilibrée, la plus éclairée de
son temps. Il se permet parfois de trouver regrettable que tant de
supplices soient nécessaires. Il semble estimer, sans oser ouvertement
soutenir une opinion aussi paradoxale, qu’il ne serait peut-être pas
indispensable de brûler un si grand nombre d’hérétiques. Mais il ne
paraît pas se douter un instant qu’il serait préférable de n’en point
brûler du tout. Cette opinion est si extravagante, se trouve à de telles
extrémités de la pensée humaine, qu’elle ne lui vient même pas à
l’esprit, qu’elle n’est pas encore visible à l’horizon ou aux sommets de
l’intelligence de son époque. C’est pourtant l’humble opinion moyenne
d’aujourd’hui. N’en va-t-il pas de même, en ce moment, dans nos
questions irrésolues du mariage, de l’amour, des religions, de
l’autorité, de la guerre, de la justice, etc.? L’humanité n’a-t-elle pas
encore assez vécu pour qu’elle se rende compte que c’est toujours l’idée
extrême, c’est-à-dire la plus haute, celle du sommet de la pensée qui a
raison? En ce moment, l’opinion la plus raisonnable au sujet de notre
question sociale, nous invite à faire tout le possible afin de diminuer
peu à peu les inégalités inévitables et répartir plus équitablement le
bonheur. L’opinion extrême exige sur l’heure le partage intégral, la
suppression de la propriété, le travail obligatoire, etc. Nous ne savons
pas encore comment se réaliseront ces exigences; mais il est d’ores et
déjà certain que de très simples circonstances les feront paraître un
jour aussi naturelles que la suppression du droit d’aînesse ou des
privilèges de la noblesse. Il importe, en ces questions d’une durée
d’espèce et non de peuple ou d’individu, de ne point se limiter à
l’expérience de l’histoire. Ce qu’elle confirme et ce qu’elle dément
s’agite dans un cercle insignifiant. La vérité ici se trouve bien moins
dans la raison, toujours tournée vers le passé, que dans l’imagination
qui voit plus loin que l’avenir.
* * * * *
Que notre raison s’efforce donc de monter plus haut que l’expérience.
C’est facile aux jeunes gens, mais il est salutaire que l’âge mûr et la
vieillesse apprennent à s’élever à l’ignorance lumineuse de la jeunesse.
Nous devons, à mesure que s’écoulent nos années, nous prémunir contre
les dangers que font courir à notre confiance, le grand nombre d’hommes
malfaisants que nous avons rencontrés. Continuons, malgré tout, d’agir,
d’aimer et d’espérer comme si nous avions affaire à une humanité idéale.
Cet idéal n’est qu’une réalité plus vaste que celle que nous voyons. Les
fautes des individus n’altèrent pas davantage la pureté et l’innocence
générales, que les vagues de la surface, vues d’une certaine hauteur, ne
troublent, au dire des aéronautes, la limpidité profonde de la mer.
* * * * *
N’écoutons que l’expérience qui nous pousse en avant; elle est toujours
plus haute que celle qui nous retient ou nous rejette en arrière.
Repoussons tous les conseils du passé qui ne nous tournent pas vers
l’avenir. C’est ce que comprirent admirablement, et pour la première
fois peut-être dans l’histoire, certains hommes de la Révolution; et
c’est pourquoi cette Révolution est celle qui fit les plus grandes
choses et les plus durables. Ici, cette expérience nous enseigne qu’au
rebours de ce qui a lieu dans les choses de vie journalière, il importe
avant tout de détruire. En tout progrès social, le grand travail, et le
seul difficile, c’est la destruction du passé. Nous n’avons pas à nous
soucier de ce que nous mettrons à la place des ruines. La force des
choses et de la vie se chargera de reconstruire. Elle n’a même que trop
de hâte à réédifier, et il ne serait pas bon de l’aider dans sa tâche
précipitée. N’hésitons donc point à user jusqu’à l’excès de nos forces
destructives: les neuf dixièmes de la violence de nos coups se perdent
parmi l’inertie de la masse; comme le choc du plus lourd marteau se
disperse dans une grosse pierre et devient pour ainsi dire insensible à
la main de l’enfant qui soutient celle-ci.
* * * * *
Et ne redoutons pas qu’on puisse aller trop vite. Si, à certaines
heures, on semble brûler dangereusement les étapes, c’est pour balancer
des retardements injustifiés et rattraper le temps perdu durant des
siècles inactifs. L’évolution de notre univers continue pendant ces
périodes d’inertie, et il est probablement nécessaire que l’humanité se
trouve à tel point déterminé de son ascension au moment de tel
phénomène sidéral, de telle crise obscure de la planète ou même de la
naissance de tel homme. C’est l’instinct de l’espèce qui décide de ces
choses, c’est son destin qui parle; et si cet instinct ou ce destin se
trompe, il ne nous appartient pas d’intervenir, car tout contrôle cesse;
nous sommes au bout et au sommet de nous-mêmes; et plus haut, il n’y a
plus rien qui puisse corriger notre erreur.