La bonne volonté des hommes est admirable. Ils sont prêts à renoncer à
tous les droits qu’ils croyaient spécifiques, à abandonner tous leurs
rêves et toutes leurs espérances de bonheur; comme beaucoup d’entre eux
ont déjà abandonné, sans se désespérer, toutes leurs espérances
d’outre-tombe. Ils sont d’avance résignés à voir leurs générations se
succéder, sans but, sans mission, sans horizon, sans avenir, si telle
est la volonté certaine de la vie. L’énergie et la fierté de notre
conscience se manifesteront une dernière fois dans cette acceptation et
dans cette adhésion. Mais avant d’en venir là, avant d’abdiquer aussi
lugubrement, il est juste que nous demandions des preuves; et jusqu’ici,
elles semblent se tourner contre ceux qui les apportent. En tout cas,
rien n’est décidé. Nous sommes encore en suspens. Ceux qui assurent que
l’ancien idéal moral doit disparaître parce que les religions
disparaissent, se trompent étrangement. Ce ne sont point les religions
qui ont formé cet idéal; mais bien celui-ci qui a donné naissance aux
religions. Ces dernières affaiblies ou disparues, leurs sources
subsistent qui cherchent un autre cours. Tout compte fait, à la réserve
de certaines vertus factices et parasites qu’on abandonne naturellement
au tournant de la plupart des cultes, il n’y a encore rien à changer à
notre vieil idéal aryen de justice, de conscience, de courage, de bonté
et d’honneur. Il n’y a qu’à s’en rapprocher davantage, à le serrer de
plus près, à le réaliser plus efficacement; et, avant de le dépasser,
nous avons encore une longue et noble route à parcourir sous les
étoiles.