XXII

La bonne volonté des hommes est admirable. Ils sont prêts à renoncer à

tous les droits qu’ils croyaient spécifiques, à abandonner tous leurs

rêves et toutes leurs espérances de bonheur; comme beaucoup d’entre eux

ont déjà abandonné, sans se désespérer, toutes leurs espérances

d’outre-tombe. Ils sont d’avance résignés à voir leurs générations se

succéder, sans but, sans mission, sans horizon, sans avenir, si telle

est la volonté certaine de la vie. L’énergie et la fierté de notre

conscience se manifesteront une dernière fois dans cette acceptation et

dans cette adhésion. Mais avant d’en venir là, avant d’abdiquer aussi

lugubrement, il est juste que nous demandions des preuves; et jusqu’ici,

elles semblent se tourner contre ceux qui les apportent. En tout cas,

rien n’est décidé. Nous sommes encore en suspens. Ceux qui assurent que

l’ancien idéal moral doit disparaître parce que les religions

disparaissent, se trompent étrangement. Ce ne sont point les religions

qui ont formé cet idéal; mais bien celui-ci qui a donné naissance aux

religions. Ces dernières affaiblies ou disparues, leurs sources

subsistent qui cherchent un autre cours. Tout compte fait, à la réserve

de certaines vertus factices et parasites qu’on abandonne naturellement

au tournant de la plupart des cultes, il n’y a encore rien à changer à

notre vieil idéal aryen de justice, de conscience, de courage, de bonté

et d’honneur. Il n’y a qu’à s’en rapprocher davantage, à le serrer de

plus près, à le réaliser plus efficacement; et, avant de le dépasser,

nous avons encore une longue et noble route à parcourir sous les

étoiles.

L'intelligence des fleurs · 第 60 / 118 题