Au fond, il nous faut si peu de préceptes!... Peut-être trois ou quatre,
tout au plus cinq ou six, qu’un enfant pourrait nous donner. Il faut
avant tout les comprendre; et «comprendre» tel que nous l’entendons,
c’est à peine, d’habitude, le commencement de la vie d’une idée. Si cela
suffisait, toutes les intelligences et tous les caractères seraient
égaux; car tout homme d’intelligence même très médiocre est apte à
comprendre, à ce premier degré, tout ce qu’on lui explique avec une
clarté suffisante. Il y a autant de degrés dans la façon de comprendre
une vérité, qu’il y a d’esprits qui la croient comprendre. Si je
démontre, par exemple, à tel vaniteux intelligent ce qu’il y a de puéril
dans sa vanité, à tel égoïste capable de conscience ce qu’il y a
d’excessif et d’odieux dans son égoïsme, ils en conviendront volontiers,
ils renchériront même sur ce que j’aurai dit. Il n’est donc pas douteux
qu’ils aient compris; mais il est à peu près certain qu’ils continueront
d’agir comme si l’extrémité de l’une des vérités qu’ils viennent de
reconnaître n’avait même pas effleuré leur cerveau. Au lieu que dans tel
autre elles entreront un soir, ces vérités, couvertes des mêmes mots, et
pénétrant soudain, par delà ses pensées, jusqu’au fond de son cœur,
bouleverseront son existence, déplaceront tous les axes, tous les
leviers, toutes les joies, toutes les tristesses, tous les buts de son
activité. Il a compris plus profondément, voilà tout; car nous ne
pouvons nous flatter d’avoir compris une vérité, que lorsqu’il nous est
impossible de n’y pas conformer notre vie.