Il conviendrait de s’entendre une fois pour toutes sur les droits de nos
instincts. Nous n’admettons plus que l’on conteste ceux de n’importe
quels instincts inférieurs. Nous savons les légitimer et les ennoblir en
les rattachant à quelque grande loi de la nature; pourquoi certains
instincts plus élevés, aussi incontestables que ceux qui rampent tout
au bas de nos sens, n’auraient-ils pas les mêmes prérogatives?
Doivent-ils être niés, suspectés ou traités de chimères parce qu’ils ne
se rapportent pas à deux ou trois nécessités primitives de la vie
animale? Du moment qu’ils existent, n’est-il pas probable qu’ils sont
aussi indispensables que les autres à l’accomplissement d’une destinée
dont nous ignorons ce qui lui est utile ou inutile, puisque nous n’en
connaissons pas le but? Et, dès lors, n’est-il pas du devoir de notre
bon sens, leur ennemi inné, de les aider, de les encourager et d’enfin
s’avouer que certaines parties de notre vie échappent à sa compétence?