XIV

Du reste, si quelques pensées générales parviennent à émerger du chaos

de demi-découvertes, de demi-vérités qui hallucinent l’esprit de l’homme

moderne, l’une de ces pensées n’affirme-t-elle pas que la nature a mis

en chaque espèce d’êtres vivants tous les instincts nécessaires à

l’accomplissement de ses destinées? Et de tout temps, n’a-t-elle pas mis

en nous un idéal moral qui, chez le sauvage le plus primitif, comme chez

le civilisé le plus raffiné, garde, sur les conclusions du bon sens, une

avance proportionnelle sensiblement égale? Le sauvage, de même que le

civilisé dans une sphère plus élevée, n’est-il pas d’ordinaire

infiniment plus généreux, plus loyal, plus fidèle à sa parole que ne le

conseillent l’intérêt et l’expérience de sa misérable vie? N’est-ce pas

grâce à cet idéal instinctif que nous vivons dans un milieu où, malgré

la prépondérance pratique du mal, qu’excusent les dures nécessités de

l’existence, l’idée du bien et du juste règne de plus en plus

souverainement, où la conscience publique qui est la forme sensible et

générale de cette idée, devient de plus en plus puissante et sûre

d’elle-même? N’est-ce pas grâce au même idéal que la morale d’une foule

(au théâtre, par exemple) est infiniment supérieure à la morale des

unités qui la composent?

L'intelligence des fleurs · 第 52 / 118 题